25.11.2008
Le pied, c’est le pied
A la différence du bambin qui découvre progressivement que pour avancer il faut mettre un pied devant l’autre, nous adultes, nous ne prêtons plus attention à cette démarche qui est pourtant fondamentale. Certes, me direz-vous la tête est aussi importante et il vaut mieux, à première vue, perdre pied que perdre la tête. En réalité tout est lié. L’une ne peut aller nulle part sans que l’autre suive. Et pourtant on garde la tête sur les épaules sans toujours trop savoir où l’on met les pieds. A cet égard le pied prend toute son importance. On peut mettre les pieds un peu partout en ayant la tête ailleurs. Ainsi, nos pieds marquent la différence puisqu’ils laissent une empreinte, la trace de notre passage, y compris quand on la tête dans les étoiles. C’est un pied devant l’autre que l’on avance dans le long cheminement de la vie. Sauf pour ceux qui marchent en mettant les deux pieds dans le même sabot. C’est semble-t-il, ce qu’ont fait un grand nombre d’électeurs, lors des dernières élections municipales. Sans vouloir mettre les pieds dans le plat, ils ont laissé sécher sur pied des édiles qui durant leur mandat, avaient souvent fait des pieds et des mains pour valoriser leur ville. C’est dommage de les avoir ainsi remerciés par un simple « c’est bien fait pour leurs pieds » voire par un « ça leur fera les pieds ». Attitude d’autant plus regrettable qu’un certains nombre de sortants avaient encore bon pied, bon œil pour continuer leurs missions. Certes, un certain nombre de ces élus avaient les pieds au chaud. Mais était-ce une raison suffisante pour avoir organisé cette grande mise à pieds ?
Il faut dire que les candidats-maires des grandes villes, aujourd’hui élus, se sont engagés d’un même pas ou si vous préférez sont partis d’un même pied – le gauche –en battant la campagne pied à pied. Ils nous ont montré qu’avant d’être des hommes de tête, ils étaient avant tout des hommes de pieds. Elus, ces maires, tout comme leurs prédécesseurs, s’enfermeront dans leurs bureaux sans que l’on ne les voit plus jamais déambuler comme ils l’ont fait sur les marchés et autres lieux publics. Ils se sont tapés moult marches à pied avant de rouler en voiture – avec chauffeur – tout le reste de leur mandat. Remarquons que lors de leurs randonnées pédestres ils ont pratiqué le croche-pied, une grande spécialité des pieds nickelés. Certains n’ont pas hésité – en tous cas on a vu des candidats verts le faire – à couper l’herbe sous le pied de ceux qui, sans vergogne étaient prêts à lever le pied avec des partisans qui, au pied levé, se disaient de leur côté. Dans le même, esprit d’autres marchaient sur les pieds de ceux qui étaient perchés sur un pied, ou qui faisaient le pied de grue.
Est-ce à dire que les autres candidats, ceux qui n’ont pas pu retomber sur leurs pieds, étaient tous des candidats aux petits pieds ? Sûrement pas. Peut-on imaginer que ces candidats malheureux n’étaient pas sur un pied d’égalité avec leurs rivaux ? Les battus, on le sait maintenant, n’ont pas toujours su sur quel pied danser face à leurs électeurs. Parmi eux ils y avaient ceux qu’ils connaissaient bien comme les gens de pieds, les pieds noirs ou les pieds plats et les pieds bauds mais, ils ne se sont pas assez méfiés des pieds de biche. Pire encore, ils n’ont pas vu que d’autres candidats étaient habillés de pied en cap, en pied de poule.
Quoi qu’il en soit ceux d’hier sont descendus de leur piédestal pour toucher du pied le fond et laisser ainsi les nouveaux élus prendre leurs pieds. Car c’est bien de cela qu’il s’agit finalement. Mais, les réjouissances d’adoubement achevées les nouveaux élus seront bien obligés de se jeter aux pieds de ces électeurs versatiles qui ne manqueront pas de leur casser les pieds avec leurs demandes répétées. Ces quémandeurs de tous ordres qui estimeront avoir mis le pied à l’étrier de leurs élus formuleront des exigences de plus en plus contraignantes.. C’est à ce moment que « ceux d’avant » leur diront que c’est au pied de l’arbre que l’on juge la cognée et que malgré leurs efforts de rester pieds et poings liés à leur fauteuil, ils se verront, un jour ou l’autre, mettre un coup pied aux fesses. Ils le savent eux les battus d’hier, que pour un élu ce n’est pas toujours le pied.
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19.11.2008
Je le sais, puisqu'on me l'a dit...
Dans les années 70, à la fac de droit de Toulouse, « Marcel » venait régulièrement suivre les explications de quelques professeurs qui toléraient sa présence, à condition qu’il ne s’ébruite pas trop durant les cours.
Ce qu’il faut ajouter à cette anecdote est déterminant de la suite : cet homme était un vieux professeur de droit qui avait mal tourné, au point de sombrer progressivement dans la déchéance. Une histoire triste qui avait son beau revers, puisque c’est cette ancienne fonction qui justifiait sa présence dans les jardins de la fac. Le récit était vrai puisque certains apercevaient, parfois, Marcel en pleine discussion avec quelques étudiants ou des professeurs en toge. Inutile de vous dire que j’ai quitté la fac sans savoir si ce bruit de couloir était fondé sur une once de vérité. Il y avait ceux qui en étaient convaincus et d’autres, dont j’étais, qui en doutaient en se demandant si tout cela ne contenait pas un petit fond de véracité. De génération en génération, chacun se passait le mot. Le bruit courait sur les bancs, au point que certains étudiants connaissaient même la matière enseignée jadis par Marcel. Vrai ou faux ? C’est le principe même de la rumeur. Il peut s’agir d’un canular ou d’une vérité. Comment savoir ? Difficile à détecter au premier abord, d’autant que de nos jours les informations s’emmêlent au point que l’on peut croire ou douter de tout.
Ce qui est extraordinaire dans les potins et ragots – les peoples nous tiennent en haleine à ce sujet – relève à la fois de la manière dont on prend connaissance de l’événement, à la force de conviction de la personne qui transmet l’information, à l’approbation de ceux qui sont présents autour de la table ou dans une soirée. A ce moment là, il y a toujours quelqu’un qui est prêt à délivrer une information exclusive et secrète ou, en tous cas connue d’un petit nombre. Un club de quelques initiés, composé d’éminents savants vient de faire savoir, de manière certaine, que les Américains n’ont pas débarqué sur la lune mais réalisé un montage en papier mâché, mis en scène par les studios d’Hollywood, ou que c’est un missile qui a écrasé les tours jumelles le 11 Septembre 2001. Dans le même ordre d’idée : Les égouts sont infestés de crocodiles, l’ADN, scientifiquement ne sert à rien et, Pijami Maya, le grand équilibriste indien est atteint du SIDA. A noter que plus la nouvelle est éloignée géographiquement, ou dans le temps, plus vous rencontrez des gens qui vous narrent par le menu des événements invraisemblables par des raisonnements. Invérifiables. Votre interlocuteur est tellement affirmatif que votre incrédulité vous fait passer rapidement pour un ringard : les certitudes énoncées reposent sur des sources sûres. Pour se justifier votre interlocuteur en rajoutera une couche en vous disant que les propos entendus à la radio ou que les événements vus à la télé doivent s’interpréter comme ceci ou comme cela, qu’il a lu l’information dans tel journal ou, pire encore, que tout se trouve dans un ouvrage publié chez un grand éditeur. Fin du fin, l’info est déjà sur Internet. Dans ces conditions, comment ne pas y croire. ? D’ailleurs, vous reconnaissez dans votre for intérieur que tout cela est peut-être vrai, ou en tous cas que tout n’est pas complètement faux. Vous êtes d’accord avec votre interlocuteur sur un point clé : On nous cache trop de choses. On ne nous dit pas tout. Maintenant, vous avez la réponse à ce que vous attendiez, ou ce dont vous doutiez, depuis longtemps. Ca y est : vous êtes mur pour colporter la rumeur à votre tour en ignorant, bien sûr, que vous êtes l’instrument d’un groupe de pressions qui veut faire passer un message, obtenir un marché, faire basculer une tendance politique, nuire aux uns ou profiter aux autres. A une certaine époque, les rumeurs étaient qualifiées d’instruments de propagande… Les ingrédients d’une bonne rumeur doivent être choisis avec cette attention particulière qui en font un plat délicieux et dont tout le monde se régale pendant longtemps car les rumeurs ont la vie dure. Certaines mêmes meurent et reviennent, un jour, sur le devant la scène avec force et vigueur alors qu’on les croyait oubliées dans les tréfonds de l’histoire.
Ceci étant, la rumeur économique et politique, bien présente dans notre quotidien, semble contrainte d’employer des chemins de plus en plus sophistiqués : Les acteurs se voient obligés de mettre en œuvre des associations, la justice et bien d’autres moyens pour arriver à leurs fins. Parmi les outils utilisés on trouve ces sondages qui sont dits d’opinion. Ils attestent de rumeurs qui mériteraient, en réalité, l’analyse de spécialistes. Jetés en pâture au bon peuple, les sondages nuisent à la démocratie.
10:59 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rumeur, ragot, potin, sarkozy, politique, média
27.07.2008
Du ton à l'ouïe
Le bâtisseur des relations humaines est le son de la voix. Grave ou aiguë, cassée ou chevrotante la voix peut être alarmiste, chaude ou glaciale. Elle peut séduire, envoûter ou troubler. Elle assure l’immédiat transport des émotions. Elle peut être triste, heureuse, trompeuse.
Du murmure au cri, la tessiture rassemble les couleurs de la vie. Elle donne un sens aux paroles. Dés lors, le son de la voix ne peut être séparé du ton. Le ton est doucereux, coléreux, ambiguë. Il est violent, modulé, adapté à l’environnement. Selon le lieu, l’interlocuteur, ou le message que l’on veut transmettre, le choix du ton doit être le bon. Nos propos quotidiens tiennent-ils compte des subtilités offertes par cette fabuleuse palette, don de la nature ? Les professionnels abusent-ils du ton pour faire passer leur message ? De façon générale, l’émetteur et le récepteur de sons échangent des sentiments.
Selon le ton employé dans une conversation entre deux individus assis à la même table, la suite des événements sera vécue différemment pour l’un, l’autre ou les deux ensembles, Si les mots ont leur importance, le ton, emballage des expressions est déterminant. A lui seul le timbre témoignera de la lassitude, laissera découvrir l’envie, l’amertume ou la joie. Un clignement de paupière, ou tout autre geste, volera peut-être au secours du mauvais ton. La situation est modifiée si cette même discussion se déroule par téléphone. Le ton utilisé ne peut plus envisager de se faire aider par la gestuelle. La voix seule sera le maître de l’échange téléphonique, pour aimer, convaincre, aider. Enfin, si la rencontre se déroule entre plusieurs personnes en un même lieu, le ton jouera sur un autre registre. La visite d’une Eglise se fait à voix basse, à la fois par habitude et par respect. Un repas au restaurant donne rapidement naissance à un brouhaha qui entérine une certitude : Personne n’écoute personne puisque la plupart des convives parlent en même temps. C’est, parait-il ce qui détermine aujourd’hui une rencontre festive. Ici, le ton de la voix apporte un autre témoignage : Il permet aux individus rassemblés d’exprimer leur personnalité. La timidité, l’aspect chaleureux, l’accent, la voie forte ou faible signeront l’existence de chacun à l’égard de tous.
Comment, en toutes circonstances, transmettre un message juste à son interlocuteur et par là même employer le bon ton ? Comment envoyer des sons qui ne seraient pas susceptibles d’une interprétation par celui qui les reçoit ? Répondre à cette demande impose une discipline à toute épreuve qui, incontestablement, passe par une écoute attentive qui ne déclencherait pas le besoin de répondre avant d’avoir fini d’entendre. Ce serait avoir pris conscience que celui qui émet ne se contente pas d’expulser l’air de ses poumons pour frapper son larynx, mais que le son de la voix est bien une suite de vibrations qui concerne l’individu dans son ensemble. Les professionnels, eux, ont bien compris le mécanisme sauf peut-être les artistes de variétés qui, depuis quelques décennies doivent à l’inventeur du micro la puissance d’un organe dont ils ne disposent pas souvent.
Au théâtre et à l’opéra les spectateurs sont à l’écoute des acteurs ou chanteurs chargés d’exprimer, avec précision, les sentiments de leur rôle. Par principe, les interprètes répondent aux attentes de ceux qui se sont déplacés pour les entendre. Les acteurs, les chanteurs et les spectateurs ont accompli une action volontaire avec un objectif commun : Découvrir, entendre, revoir une œuvre connue. Cette démarche ne peut être comparée à celle qui consiste à appuyer machinalement ou systématiquement sur le bouton de son auto-radio, généralement pré-réglé. Une habitude qui nous fait accéder à une chaîne de radio - certaines sont spécialisées - qui viendra déverser dans nos oreilles ses bonnes paroles, pré-machées, répétées avec force, appuyées par les consonnes. Le ton employé, les méthodes mises en œuvres, l’usage de la phonométrie, sont étudiés pour que l’auditeur soit automatiquement et uniquement récepteur. Tout doit rendre notre cerveau incapable de négocier, immédiatement, une discussion avec ce qu’il reçoit. Nous sommes emportés par le déversement du gobe-infos comme dans d’autres par le gobe-mouches.
Il est, je crois, grand temps d’être circonspects et attentifs à ce que ces organes – télé ou radio – veulent nous inculquer de manière constante. Y veiller, c’est prendre conscience de notre existence pour éviter que ce soient ces médias qui, à partir de leurs techniques de communication des sons, trompent notre ouïe pour nous tremper dans une huile qui n’est pas la nôtre.
18:27 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, politique, médias, presse, télévision
17.07.2008
Les Mains chaudes
Il y a une communication non verbale qui s’installe tous les jours un peu plus dans notre société sans que l’on y prête attention. Ce n’est pas grave mais significatif d’un état d’esprit qui témoigne d’une certaine inconséquence face aux événements. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais aujourd’hui, on applaudit partout et pour n’importe quoi. Les bravos sont à la mode. On les emploie pour tous. Pour le taureau qui déboule dans l’arène ou le chien qui fait le beau lors d’un concours animalier. Quelles raisons motivent ces démonstrations de claques à tout va ?
A chaque coin de rue, il faut battre des mains. Cela est désormais intégré au rituel des baptêmes et communions. Ils assurent peut-être la fusion entre le paganisme et l’acclamation. Idem à l’issue de la visite d’un monument ou d’un château. Le guide a droit à une petite rasade de clap-clap. C’est moins coûteux qu’un pourboire. Le cinéma n’échappe pas toujours au ridicule. La télé fait partie de la distribution. Il y a d’abord celui qui, seul ou en famille, applaudit son récepteur imaginant que son interlocuteur est concerné par sa réaction. A noter que le téléspectateur accompagne fréquemment son geste d’une expression verbale qui va du « C’est bien dit » au « Pauvre type ». Parfois les formules visent la gueule ou une partie plus charnue du concerné à l’écran.
Il faut dire, aussi, que la télévision donne l’exemple de la soumission au rite. On peut même se demander si, insidieusement, ce ne sont pas les images répétées des applaudissements télévisés qui gouvernent de plus en plus nos réactions quotidiennes en ce domaine. Car les applaudissements télévisés sont habituellement organisés comme à la à la belle époque. A ce moment là, on embauchait des spectateurs « bidons » destinés à applaudir. Rien n’a changé à l’heure des jeux, débats et autres réalisations débiles. Tous ceux qui ont participé à une émission de ce genre savent qu’au moment où ils sont filmés – ce qui leur permettra d’être vus par Papa-Maman et Tati – un homme de la régie lève un grand panneau devant l’estrade, sur lequel est écrit un énorme « Applaudissements ». Les conditionnés - pardon les participants - « réagissent » aux instructions du régisseur qui prendra soin d’expliquer la règle du jeu avant le début de l’émission. De la vraie spontanéité garantie sur commande !
Les hommes politiques ou les grands leaders publics n’envisagent pas une réunion sans applaudissements. Leur profession de foi, se doit d’être interrompue, ponctuée, poussée par des salves continues et répétées d’applaudissements qui selon l’expression qu’ils emploient régulièrement « signent une victoire historique ». En ce sens, les applaudissements prennent une couleur « citoyenne ». Ils sont le leurre d’une démocratie active qui est véritablement participative au point qu’il y a un échange de bonheur entre l’orateur et les participants. Du haut de sa tribune, il « chauffe la salle » emploie les mots justes, recherchent les effets pour se faire applaudir et les citoyens applaudissent à tout rompre chaque souffle. Lui et eux sont venus pour cela. C’est la fête à neu-neu, tout le monde est content.
Les applaudissements se font remarquer également par leur qualification spécifique. Ainsi ils sont encourageants, nourris, chaleureux et parfois même à la fin de certains concerts pop ou rap, « frénétiques ». Les plus beaux quand même restent ceux qui actuellement nous viennent d’Amérique. Dans ce cas l’acteur ou le chanteur a fait « un standing ovation ». Applaudir debout, cela change tout pour la circulation du sang, quand on est resté assis trop longtemps. Une mode stupide, qui nous ferait presque oublier que les applaudissements se confondent sûrement avec l’aube de l’humanité. Pendant longtemps, ils ont servi à encourager, remercier, féliciter une prestation publique. Aujourd’hui ils sont galvaudés, employés à tous bouts de champ, incongrus, incohérents. Quel dommage, qu’ils ne permettent plus de distinguer le vrai du faux puisque tout est applaudi de manière identique. Les génies comme les nuls. Une égalité reptilienne qui permet de s’exprimer en groupe. Nos cousins les gorilles communiquent, parait-il, en tapant dans les mains. Tout comme nous, ils se font plaisir en ayant, pour un moment, les mains chaudes.
18:00 Publié dans politique, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : applaudissement, spectacle, politique, sarkozy, royal
03.07.2008
Lutte d'influence
Ils viennent régulièrement visiter nos consciences. Ils appartiennent, à une imagerie simpliste. Ils sont deux. Ils sont frères ennemis depuis toujours ou tout au moins depuis longtemps. Ils sont rusés au point d’employer tous moyens pour nous convaincre. Il faut bien avouer qu’ils déploient, chacun à leur manière, une argumentation en béton. Bien entendu ils plaident chacun pour leur paroisse et ils ont des avis diamétralement opposés. Quand l’un fait appel à la logique, l’autre invoque le plaisir. Le premier est économe, l’autre est dépensier. L’un vous dit que c’est important, l’autre que c’est superflu. Ils font feu de tout bois, pour avoir raison. De qui s’agit-il ?
L’un est un petit diable tout habillé de rouge et l’autre cet ange tout de bleu vêtu. Pour la plupart d’entre nous ce sont eux qui sont consultés en premier, pour distinguer le bien du mal, l’important de l’accessoire. Ils ont un avis sur tout et pour tout. Est-ce qu’ils nous simplifient l’existence ? Pas sûr. A l’inverse, que ferions nous sans eux ? De plus il faut bien reconnaître que très souvent, nous ne leur simplifions pas la vie. Et par voie de conséquence nous compliquons la nôtre… Faut-il reconnaître pour autant que ceux qui n’ont pas affaire à eux sont plus heureux ? Pour eux, la vie doit être difficile puisqu’ils ne peuvent faire acte de discernement et choisir l’avis du rouge ou du bleu. C’est le discernement qui donne corps à toutes nos actions quotidiennes.
Le discernement est source de tolérance, de compréhension. Il fait obstacle à la flatterie, permet le pardon. Et contrairement aux bruits que certains font courir, discerner n’est pas privatif de liberté. Il favorise la liberté d’action. Sans contrainte. C’est à partir de ce discernement que l’on peut continuer à cohabiter avec l’être aimé, à se rendre à son bureau tous les matins, à accepter un emploi qui n’est pas tout à fait celui recherché, à aller visiter une parente éloignée, à ne pas adhérer à la première secte venue… Cela étant, l’avis du diablotin est très souvent séduisant. Demain tout sera peint en rose, c’est promis. Fieffé menteur ! Nous le savons pourtant que ses promesses doivent être combattues… Nous le savons pourtant que ses conseils sont nuisibles à terme… En acceptant son avis nous nous laissons aller à la facilité sans descendre au plus profond de notre âme pour démêler l’écheveau des possibilités offertes.
En réalité, ce n’est qu’après avoir fait le petit compte « des plus et des moins », que la décision doit être prise. Cela demande, incontestablement, une certaine formation culturelle et sociale. Il semble que la Société ne nous prépare pas vraiment aux questions que nous devons nous poser avant d’adhérer à une solution plutôt qu’à une autre. Il apparaît même que de l’extérieur nous soyons poussés vers cette solution facile qui, bien entendu, entraînera la réalisation du projet, de l’envie etc… Pour certains groupes de pressions, il n’y a pas de raison d’avoir des doutes sur la bonne voie à suivre. C’est la formule zéro effort qui doit être retenue, d’autant qu’elle est présentée par ceux qui pensent pour nous… et à la défense de leurs intérêts !
Partant du principe que le discernement fait aussi appel « au vécu » et plus exactement aux expériences vécues par chacun d’entre nous, ceux qui veulent influencer nos décisions anticipent sur l’avenir. Tous les statisticiens le savent, la décision prise aujourd’hui n’est pas celle qui aurait été prise hier… Dés lors, c’est bien connu, puisque que rien n’est simple en ce domaine, il suffit d’influencer chacune de nos consciences pour avoir un résultat collectif !
Et pourquoi diantre faut-il que l’on ne nous laisse pas en paix - et en toute liberté - décider et savoir ce qui est économiquement et politiquement bon pour nous ou pour notre pays. La plupart d’entre nous sait apprécier le meilleur et le pire, y compris dans le doute, et même si comme l’a dit Jean La bruyère « Après l’esprit de discernement, ce qu’il y a au monde de plus rare, ce sont les brillants et les perles »
18:30 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, politique, société, médias, presse, télévision
27.03.2008
Et tu verras Montmartre
Comme l’information est de taille je ne résiste pas à vous la communiquer : Le pouvoir d’achat est l’objet d’une baisse sans précédent. Il m’a paru important de vous le dire, craignant que vous ne le sachiez pas encore ! Et si la cause tenait à la guerre qui gronde entre les fabricants alimentaires et les grandes chaines de distribution ?
Chacun des prétendants a, pendant longtemps, campé sur ses positions. Puis, quelques escarmouches, émaillées par la publication de pleines pages de publicité, sont venues nous avertir que les uns et les autres étaient en train de fourbir leurs armes. Subitement, la situation est apparue dans toute sa gravité : « Rien ne va plus » se sont mis à brailler les adversaires. Analyser les raisons de ce coup de chaud dans les cuisines et déterminer si l’augmentation des prix du pétrole ou du blé, une future intervention du gouvernement, le redéploiement des grandes surfaces sont les causes réelles ou des excuses d’opérettes relève d’une mission délicate pour un citoyen non averti. Cela exigerait aussi de connaître la stratégie de ces groupes de pression. Or, nous ne disposons pas de toutes les données qui nous permettraient d’accéder à une juste appréciation.
En tous cas, ce conflit qui oppose les grosses légumes industrielles - qui essaient dans le même temps de faire sortir du jeu les fabricants de faibles tailles - et les marchands, ont mis en scène un grand barnum avec prise d’otages. Ce sont les consommateurs pris entre leurs feux croisés qui doivent arbitrer, combattre à leurs côtés, bref se sentir concernés. Une prise en otage-spectacle qui politiquement arrive au bon moment. Une manipulation simple à utiliser puisqu’ils savent bien que le pouvoir d’achat est à la fois complexe et magique. Leurs salades sont de nature à rendre malade, à coup sûr, l’opinion. On touche au portefeuille de chacun en nous faisant savoir de manière répétitive que maintenant « on n’en a moins qu’avant » parce que « ça coûte plus cher ». Un procédé qui, l’Euro invectivé en sus, est garanti dans ses effets. Quelles sont les raisons de cette affirmation ? Parce que le pouvoir d’achat est une notion difficile à mesurer précisément puisqu’il fait entrer de nombreux critères et biens de consommation dans sa considération et qu’il dépend des habitudes, voire de l’éducation et des réels besoins de chacun. Parce que ce pouvoir d’achat, est sans aucun doute en baisse en matière de dépenses alimentaires et exclusivement en ce domaine. Et ce depuis plusieurs décennies. C’est bien ce qui chagrine nos belligérants. Ils aimeraient bien que les consommateurs pensent continuellement à leur panse plutôt que de se préoccuper de plus en plus souvent de leur santé, de leur confort, ou de leurs loisirs.
Les frères ennemis de la grande bouffe font monter la mayonnaise et nous mettent sous le nez la première conséquence de l’histoire : les pauvres auront de moins en moins dans leurs assiettes et les riches vont continuer de s’empiffrer. Il est à craindre que bientôt, peut-être, les maigres ou mal nourris vont s’en prendre aux gros ou aux ventrus. On approche de la disette. Les boulangers ne vont plus pouvoir fournir. Rappelez-vous, en 1789, c’était déjà comme ça ! Tous les moyens sont utilisés en ce sens. On multiplie les communiqués de toutes sortes ou on laisse se déployer des mouvements qui in fine servent la bonne cause et la soupe chaude. Récemment on a pu en voir, l’illustration : Etalés un peu partout on pouvait trouver l’analyse du contenu d’une poubelle émanant d’une famille aux revenus modestes et la poubelle d’une famille aisée ! Décor de bas étage destiné à engendrer la jalousie comme gouvernail. De mémoire, il y a longtemps que les consommateurs n’avaient pas été ainsi pris à partie. Sérieusement, qui peut croire que les uns comme les autres sont préoccupés à ce point par notre pouvoir d’achat ? En voilà une grande révélation. Tout d’un coup, ces gens là font appel à nous et veulent nous démontrer qu’ils pensent à notre portefeuille. Pourquoi ne pas imaginer aussi que demain ils viendront nous remercier de les avoir aidés à retrouver leur marge bénéficiaire ? Car au final, c’est bien cela qui concerne cette fameuse augmentation des prix pour laquelle les groupes en présence sont peu diserts. Dans quelle poche est allée la faramineuse augmentation ?
On peut toujours rêver et imaginer que les multinationales de l’industrie alimentaire et les distributeurs décideront prochainement d’une réelle éthique à notre égard. Ils nous cajoleront et nous feront « des prix imbattables » par respect envers nous et pour donner bonne suite aux beaux principes déployés actuellement envers ce pouvoir d’achat pour lequel ils aimeraient bien que nous les aidions encore et toujours plus. « Monte la dessus, et tu verras Montmartre » dit l’expression populaire à ceux qui par trop, sont naïfs.
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18.02.2008
Qui vous savez
Aujourd’hui chacun veut savoir. Il ne s’agit pas de la connaissance ou du savoir qui ferait de chacun d’entre nous un érudit ou un esthète. La recherche du savoir en question concerne ce qui pourrait être désigné comme « la sphère d’intimité de l’autre ».
Cet autre peut-être un coupable, une victime, un voisin, un chef de service, le patron, la cousine ou le Président de la République. L ’important est d’avoir connaissance d’un événement susceptible de créer une émotion, un ressenti, une réaction sentimentale. Ce que l’on doit savoir concerne les agissements des autres face à un épisode familial par exemple. Les habitudes sociales, les revenus et les loisirs sont les faits qui présentent le plus grand intérêt. Le niveau d’instruction, les inclinaisons artistiques ou culturelles ainsi que les pratiques religieuses sont considérées de moindre importance par ceux qui s’attachent à pénétrer au cœur des autres. En résumé, il semble même que plus l’information est sociologiquement malsaine plus elle est intéressante à diffuser au plus grand nombre. On est en droit de se demander quel intérêt peut avoir pour un certain nombre d’entre nous, de savoir que Monsieur Untel est en réalité, le fils d’un autre. Et pourtant, chaque jour la chasse à l’événement croustillant bat son plein. L’information collectée fera de celui qui est en sa possession un homme libre. Il aura la liberté de la qualifier comme étonnante, incroyable, déraisonnable etc… A moins qu’il s’agisse tout simplement d’un secret dont il serait le seul détenteur, oubliant que l’événement est déjà connu de bien des tiers. Quelle est la cause cet état de fait ?
Les intéressés répondent en chœur que c’est la presse, prise dans sa globalité qui, par ses mots se repaît des maux des autres. Certes la presse joue un rôle important. Mais qui en demande toujours plus ? La situation est d’autant plus ambigüe que le demandeur d’info est un zappeur professionnel qui changera de chaîne, de radio ou de journal sans crier gare. Or , tous les grands médias obéissent à une logique économique. L’information traitée ne changera pas le cours du monde. Elle se doit simplement de retenir l’haleine de celui qui la reçoit puisque cela répond à son besoin de merveilleux, de rêve ou de saisissement. L’idéal pour le média est faire croire au caractère exclusif de son propos pour que le client ait le sentiment de détenir un secret que les autres n’auront pas à leur disposition. Une gageure contenue dans le titre qui s’étale à la une. Remarquons que pour toutes ces raisons la presse est contrainte d’exiger de ses journalistes qu’ils soient aussi des investigateurs. Dés lors, elle ne fait plus complètement son métier sans forcément en faire un autre. Connaître les raisons du divorce, de l’accident, du drame deviennent les affaires de tous et de chacun. Certes, la presse peut se voir reprocher d’amplifier l’événement, de déformer la matière, de jeter de l’huile sur la grève. Mais pour agir de la sorte, il faut que le lecteur, l’auditeur ou le téléspectateur soit consentant. Pourquoi en est-il ainsi ?
« Jules a fait la même bronchite avant de partir pour l’autre monde » m’a dit l’autre jour ma voisine - qui pourrait être la vôtre - en me parlant de cet acteur américain dont j’ignorais jusqu’au nom avant qu’elle ne m’en parle en m’énumérant les détails de sa vie. Elle possédait tout de ses derniers instants et pouvait réciter le nom de ses maitresses. C’est parce qu’elle sait tout cela qu’elle peut s’identifier à ceux qui, à ses yeux, sont les grands de ce monde qu’elle estime et qu’elle hait tout à la fois. Dans tous les cas, elle rapproche les événements entre eux et conclut à une similitude de situation. Elle vit par mimétisme, par événement interposé. Par procuration de ce qui lui est servi par la presse. Parfois elle est perdue et se voit obligée de surfer sur la donne. C’est le cas lorsqu’elle ne s’explique pas l’attitude de sa belle fille. Celle-ci peut, par certains côtés se comparer à cette star de cinéma qui a eu le cran de dire publiquement ce que l’écran cachait de son triste quotidien : Il est normal qu’elle ait laissé choir son insupportable compagnon. Par contre, son merveilleux fils méritait mieux que cette garce épousée à la va-vite. Qu’à cela ne tienne, pour être d’équerre, il suffit de prendre le parti du mari ! Et à la limite, ne trouvant pas de justification suffisante pour l’une des ses proies du jour elle dira, avec agressivité, « Tant pis pour lui » ou « c’est normal, il en avait trop » lorsqu’elle évoque les difficultés de son maire, de son Directeur etc…N’y a- t-il pas un peu de jalousie ou de méchanceté dans ce colportage incessant de l’information à l’égard des uns ou des autres ? A moins que, mécontents de leur sort ces camelots de l’information ne se réjouissent tout simplement du malheur des autres.
Il est loin le temps où ceux qui détenaient une information sur un tiers, quand bien même s’agissait-il d’une personne qu’ils ne connaissaient pas, employaient une formule elliptique dans la conversation. C’était du genre « « qui vous savez » ou ce que « vous savez ». L’interlocuteur comprenait tout de suite, à demi-mot, le sens du propos. C’était à l’époque où l’on respectait encore la vie privée.
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