21.04.2008

Du ton à l'ouïe

Le bâtisseur des relations humaines est le son de la voix. Grave ou aiguë, cassée  ou chevrotante la voix peut être alarmiste, chaude ou glaciale. Elle peut séduire, envoûter ou troubler. Elle assure l’immédiat transport des émotions. Elle peut être triste,  heureuse, trompeuse.

 

Du murmure au cri, la  tessiture rassemble les couleurs de la vie. Elle donne un sens aux paroles. Dés lors, le son de la voix ne peut être séparé du ton. Le ton est doucereux, coléreux, ambiguë. Il est violent, modulé, adapté à l’environnement. Selon le lieu, l’interlocuteur, ou  le message que l’on veut transmettre, le choix du ton doit être le bon. Nos propos quotidiens tiennent-ils compte des subtilités offertes par cette fabuleuse palette, don de la nature ? Les professionnels abusent-ils du ton pour faire passer leur message ? De façon générale, l’émetteur et le récepteur de sons échangent des sentiments.

 

Selon le ton employé dans une conversation entre deux individus assis à la même table, la suite des événements sera vécue différemment pour l’un, l’autre ou les deux ensembles, Si les mots ont leur importance, le ton, emballage des expressions est déterminant. A lui seul le timbre témoignera de la lassitude, laissera découvrir l’envie, l’amertume ou  la joie. Un clignement de paupière, ou tout autre geste, volera peut-être au secours du mauvais ton. La situation est modifiée si cette même discussion se déroule par téléphone. Le ton utilisé ne peut plus envisager de se faire aider par la gestuelle. La voix seule sera le maître de l’échange téléphonique, pour aimer, convaincre, aider. Enfin, si la rencontre se déroule entre plusieurs personnes en un même lieu, le ton jouera sur un autre registre. La visite d’une Eglise se fait à voix basse, à la fois par habitude et par respect. Un repas au restaurant donne rapidement naissance à un brouhaha qui entérine une certitude : Personne n’écoute personne puisque la plupart des convives parlent en même temps. C’est, parait-il ce qui détermine aujourd’hui une rencontre festive. Ici, le ton de la voix apporte un autre témoignage : Il permet aux individus rassemblés d’exprimer leur personnalité. La timidité, l’aspect chaleureux, l’accent, la voie forte ou faible signeront l’existence de chacun à l’égard de tous.

 

Comment, en toutes circonstances, transmettre un message juste à son interlocuteur et par là même employer le bon ton ? Comment envoyer des sons qui ne seraient pas susceptibles d’une interprétation par celui qui les reçoit ? Répondre à cette demande impose une discipline à toute épreuve qui,  incontestablement,  passe par une écoute attentive qui ne déclencherait pas le besoin de répondre avant d’avoir fini d’entendre. Ce serait avoir pris conscience que celui qui émet ne se contente pas d’expulser l’air de ses poumons pour frapper son larynx, mais que le son de la voix est bien une suite de vibrations qui concerne l’individu dans son ensemble. Les professionnels, eux, ont bien compris le mécanisme sauf peut-être  les artistes de variétés qui, depuis quelques décennies doivent à l’inventeur du micro la puissance d’un organe dont ils ne disposent pas souvent.

 

Au théâtre et à l’opéra les spectateurs sont à l’écoute des acteurs ou chanteurs chargés d’exprimer, avec précision,  les sentiments de leur rôle. Par principe,  les interprètes répondent  aux attentes de ceux qui se sont déplacés pour les entendre. Les acteurs, les chanteurs et les spectateurs ont accompli une action volontaire avec un objectif commun : Découvrir, entendre, revoir une œuvre connue. Cette démarche ne peut être comparée à celle qui consiste à appuyer machinalement ou systématiquement sur le bouton de son auto-radio, généralement pré-réglé.  Une habitude qui nous fait accéder à une chaîne de radio - certaines sont spécialisées -  qui viendra déverser dans nos oreilles ses bonnes paroles, pré-machées, répétées avec force, appuyées par les consonnes. Le ton employé, les méthodes mises en œuvres, l’usage de la phonométrie,  sont étudiés pour que l’auditeur soit automatiquement et uniquement récepteur. Tout doit rendre notre cerveau incapable de négocier, immédiatement, une discussion avec ce qu’il reçoit. Nous sommes emportés par le déversement du gobe-infos comme dans d’autres par le gobe-mouches.

 

Il est, je crois, grand temps d’être circonspects et attentifs à ce que ces organes – télé ou radio – veulent nous inculquer de manière constante. Y veiller, c’est prendre conscience de notre existence pour éviter que ce soient ces médias qui, à partir de leurs techniques de communication des sons, trompent notre ouïe pour nous tremper dans  une huile qui n’est pas la nôtre.

18.04.2008

Prête moi ta plume...

Il y a quelque temps, j’ai côtoyé une autre époque par la découverte de lettres et de livres de comptes qui comportaient des « écritures à la main ». Fines ou grasses, serrées ou lâches toutes concernaient la récente histoire d’une famille. Les derniers plis dataient des années 1950 et certains étaient vieux de deux siècles. A un moment donné, j’ai renoncé au contenu de ces récits qui insistaient sur la gravité d’événements passés, laissaient percer une situation cocasse, adoucissaient les peines d’un frère ou d’un ami.

 

Je me suis contenté de caresser du regard la calligraphie. Dieu, que ces écritures étaient belles et difficiles à déchiffrer pour des yeux habitués aux caractères imposés par les machines !

 

J’ai imaginé que nos écrits d’aujourd’hui seraient décryptés à leur tour et, qu’ainsi ce qui était actuel serait, demain, des textes « anciens ». Avec quelle aisance pourront-ils se lire ? Quelques vaniteux n’hésiteront pas à répondre que l’ordinateur ayant définitivement fixé les règles de la communication écrite d’un bout à l’autre de la planète, tout est organisé à jamais. En admettant que des outils finissent par équiper le monde entier, les signes eux seront différents de ce qu’ils sont maintenant. La forme de l’écriture est obligatoirement adaptée au présent. « Les smileys », « binettes » ou « émoticons » ces réducteurs d’écriture employés par les ordinateurs, sont là pour signifier cette évolution. Dés lors, l’homme qui découvre les signes tracés avant lui sera toujours contraint de retrouver le sens des conventions du moment et devra tenir compte des dispositifs et supports qui ont servi à coucher par écrit des épopées, des faits quotidiens ou des sentiments.

 

Nos écoliers n’ont aucune idée de ce qui a été vécu par leurs aînés, il y a peu, durant leur scolarité. C’était l’époque – vers 1960 – où l’usage de « la pointe bic » en plein essor commercial, était interdit. Se servir d’un « stylo à bille » valait une sanction. L’encre « violette » était reine. On la puisait avec « un porte plume » dans cet encrier de faïence blanche, incrusté sur le pupitre. A ce moment là les buvards – ceux qui comportaient de « la réclame » se collectionnaient – étaient indispensables pour limiter la catastrophe, « le pâté ». Les gommes au double corps étaient tolérées : le côté rose servait à effacer le « crayon à papier » tandis que le bleu était censé faire disparaître les traces d’encre. Quelquefois, on finissait par faire un trou à l’endroit qui devait être corrigé ! L’effaceur n’était pas encore né et si l’on voulait que « le cahier soit propre » il fallait avoir recours au fameux « Corrector » qui imposait de déposer délicatement une goutte de liquide rouge et d’ajouter ensuite une larme de liquide blanc sur la tâche ou la rature, pour qu’un miracle se produise éventuellement. Régulièrement, les lignes et carreaux imprimés en avaient pris un coup. Les « stylos à encre » qui se rempliront avec une pompe arriveront plus tard, tandis que « les cartouches » n’étaient pas encore nées. Certains se souviennent de ces premières cartouches, qui furent d’abord en verre avant d’être en plastiques : On s’en mettait plein les doigts et l’on maculait ses poches…Et puis, il y avait ce débat institutionnel - et sans intérêt - qui est finalement resté dans l’encrier : Fallait-il écrire droit ou penché ? Evoquer cette période ne peut se faire sans référence à la « Sergent Major » dont l’imagerie des boites a fait rêver des générations qui, dans le même temps, « suçaient la plume » lors des premiers usages pour « la faire » et lui permettre de courir sur la feuille.

 

On pourrait ainsi remonter aux peintures rupestres, aux rouleaux de la Mésopotamie , à l’Egypte ancienne, aux Chinois et aux arabes, rendre hommage aux copistes et à la plume d’oie, saluer l’imprimerie - cette complice de la Liberté - pour constater que dans différentes régions du monde, depuis un peu moins de 6000 ans, en écrivant de gauche à droite ou à l’inverse ou de haut en bas, les hommes ont mis en place des codes de reconnaissance destinés à sceller ensemble la parole et l’âme en une multitude de signes de vie. Une façon pour ceux qui accèdent à cet art de la pensée, d’affirmer leur existence ou de donner une consistance à leurs actes. Est-ce le sens de ces « tags » qui salissent nos murs ? Peut-être.

 

En tous cas, l’ère de l’ordinateur et du texto ne peuvent qu’intensifier le processus scriptural et favoriser, hélas, sa standardisation. Désormais les hommes sont à la merci d’une écriture dépersonnalisée et banalisée. A chacun d’entre nous d’éviter le piège de la normalisation et de continuer à chanter et à écrire comme le poète, « Au clair de la lune, Mon ami Pierrot, prête moi ta plume pour écrire un mot… »

 

09.04.2008

Emballé sans histoire

L’emballage demeure le fer de lance de la vente pour les uns et constitue un phénomène de société regrettable pour les autres. Il y a quelques années à peine, la question ne se posait pas. C’était l’époque « du papier journal », des cornets, des corbeilles en osier. Les bouteilles de vin ou d’eau minérale étaient « consignées »

 

A ce moment là, l’important se trouvait  dans le contenu. L’habillage était accessoire. Peu à peu « le carton standard » puis la  « matière plastique » ont tout balayé sur leur passage. Ces dernières décennies sont apparus des emballages nés du croisement des formes, des couleurs et des matières. Tout cela pour influer directement sur la consommation. Les fabricants ont de plus en plus fait preuve d’ingéniosité. Ils ont, par exemple,  imaginé des emballages translucides «en plastique dur » pour leurs objets afin des les présenter sur des suspentes dans les rayonnages des grandes surfaces. Les barquettes fabriquées dans des matières dérivées ont accueilli les produits alimentaires. Le  « papier cellophane »  est devenu le maître du royaume du rêve. Je vois, donc j’achète. Parallèlement, les citoyens ont appris à contester l’autorité de l’homme politique à partir de ses seules apparences.

 

L’aspect positif du « conditionnement » tient dans les règles d’hygiène qui, tout au long de la fabrication et jusqu’à l’emballage,  nous protégent indéniablement de bacilles, microbes et autres staphylocoques. Par contre, ces « emballages de vente » n’ont pas fait obstacle à la prolifération des « emballages de transport » d’où la diffusion en masse de ces fameux sacs actuellement décriés pour leurs nuisances écologiques. Reste que le cocasse tient dans la lutte sévère que le consommateur engage régulièrement avec l’objet acquis qui fait de la résistance au moment de son utilisation. Qui n’a pas croisé le fer, avec ongles, et dents, pour se débarrasser de ce fameux « film » qui entoure un CD, une brosse à dents, « un pack » de lames de rasoir ? Il est vrai que dans cette courte lutte c’est toujours l’utilisateur qui gagne. Cependant, il est parfois contraint d’y mettre les moyens s’il veut arriver à ses fins. Il lui faudra utiliser successivement une paire de ciseaux, un tournevis, ou ce fameux « cutter » qu’il aura eu déjà tant de mal, à déloger de son habitacle d’origine. Reconnaissons ainsi que la plupart du temps, rien n’est dit sur la manière d’arriver aisément à la saisie finale de l’objet convoité. Quelquefois,  des dessins et croquis cherchent à aider le possesseur de la boite de vis, du flacon de détachant ou de ce jouet acheté sous la pression du besoin ou d’un événement. Rendons hommage à ces fabricants illustrateurs bien que leur volonté explicative ne coïncide pas toujours avec la logique de l’utilisateur, sauf à ce que celui-ci ait fait de solides  études de signes, croquis et modèles en tout genre. Notons pour mémoire, que l’achat  se fait habituellement dans le brouhaha environnant, couvert par cette horrible musique de fond, emballage sonore de la galerie marchande. 

 

Sur le plan éducatif, le maillon faible du système tient dans le fait que « la chose emballée » est trop souvent détachée de son contexte, c'est-à-dire de son histoire. Si cela s’avère peu important pour les objets courants ou présentant un caractère technique, il peut être dommageable lorsqu’il s’agit de la chaîne alimentaire. Les explications relatives à la production sont totalement absentes. Comment faire le lien entre cette bouteille de lait achetée au rayon frais et une vache dans son étable  ou dans un pré ? Qui se préoccupe  d’indiquer que c’est l’allaitement des veaux qui est à l’origine de la diffusion du lait ? La même idée doit être avancée pour ces différents morceaux de viande étalés dans des barquettes molles recouvertes de cellophane où seule l’indication de « veau » ou « bœuf » les distingue de « porc » et « agneau ». Rien ne doit laisser imaginer l’abattoir. Généralement la présentation se fait sans sang ! Tout doit être propre et coquet. Dans ces conditions, comment imaginer que les poulets aient eu des plumes « avant » le frigo ?

 

En tous domaines, la plupart des citoyens sont souvent confrontés aux mêmes ignorances. Méconnaissant  « ce qui s’est passé dans le temps » quelques uns  réagissent de manière négative face à une situation qu’ils ne peuvent imaginer puisqu’ils ignorent tout - ou à peu près - des institutions qui les gouvernent et des mécanismes juridiques qui les lient à leurs obligations. Dés lors, ils adoptent une attitude comparable à celle de ces consommateurs confrontés  aux emballages. Ils emploient la violence. Souhaitons que pour l’avenir, il  soit tenu compte de la nécessité d’enseigner et d’éduquer en profondeur pour éviter les erreurs de jugement et les errements de certains. Dans l’intérêt général il convient que ce soit le fond qui prime et non l’emballage ou l’apparence médiatique.

 

03.04.2008

Les Mains chaudes

Il y a une communication non verbale qui s’installe tous les jours un peu plus dans notre société sans que l’on y prête attention. Ce n’est pas grave mais significatif d’un état d’esprit  qui témoigne d’une certaine inconséquence face aux événements. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais aujourd’hui, on applaudit partout et pour n’importe quoi. Les bravos sont à la mode.

 

On les emploie pour tous. Pour  le taureau qui déboule dans l’arène ou le chien qui fait le beau lors d’un concours animalier. Quelles raisons motivent ces démonstrations de claques à tout va ?
 
A chaque coin de rue, il faut battre des mains. Cela est désormais intégré au rituel des baptêmes et communions. Ils assurent peut-être la fusion entre le paganisme et l’acclamation. Idem à l’issue de la visite d’un monument ou d’un château. Le guide a droit à une petite rasade de clap-clap. C’est moins coûteux qu’un pourboire. Le cinéma n’échappe pas toujours au ridicule. La télé fait partie de la distribution. Il y a d’abord celui qui, seul ou en famille, applaudit son récepteur imaginant que son interlocuteur est concerné par sa réaction. A noter que le téléspectateur accompagne fréquemment son geste d’une expression verbale qui va du « C’est bien dit » au « Pauvre type ». Parfois les formules visent la gueule ou une partie plus charnue du concerné à l’écran.

 

Il faut dire, aussi, que la télévision donne l’exemple de la soumission au rite. On peut même se demander si, insidieusement, ce ne sont pas les images répétées des applaudissements télévisés qui gouvernent de plus en plus nos réactions quotidiennes en ce domaine. Car les applaudissements télévisés sont habituellement organisés comme à la à la belle époque. A ce moment là, on embauchait des spectateurs « bidons » destinés à applaudir. Rien n’a changé à l’heure des jeux, débats et autres réalisations débiles. Tous ceux qui ont participé à une émission de ce genre savent qu’au moment où ils sont filmés – ce qui leur permettra d’être vus par Papa-Maman et Tati – un homme de la régie lève un grand panneau devant l’estrade, sur lequel est écrit un énorme « Applaudissements ». Les conditionnés - pardon les participants - « réagissent » aux instructions du régisseur qui prendra soin d’expliquer la règle du jeu avant le début de l’émission. De la vraie spontanéité garantie sur commande !

 

Les hommes politiques ou les grands leaders publics n’envisagent pas une réunion sans applaudissements. Leur profession de foi, se doit d’être interrompue, ponctuée, poussée  par des salves continues et répétées d’applaudissements qui selon l’expression qu’ils emploient régulièrement « signent une victoire historique ». En ce sens, les applaudissements prennent une couleur « citoyenne ». Ils sont le leurre d’une  démocratie active qui est véritablement participative au point qu’il y a un échange de bonheur entre l’orateur et les participants. Du haut de sa tribune, il « chauffe la salle »  emploie les mots justes, recherchent les effets  pour se faire applaudir et les citoyens applaudissent à tout rompre chaque souffle. Lui et eux sont venus pour cela. C’est la fête à neu-neu, tout le monde est content.

 

Les applaudissements se font remarquer également par leur qualification spécifique. Ainsi ils sont encourageants, nourris, chaleureux et parfois même à la fin de certains concerts pop ou rap, « frénétiques ». Les plus beaux quand même restent ceux qui actuellement nous viennent d’Amérique. Dans ce cas l’acteur ou le chanteur a fait « un standing ovation ». Applaudir debout, cela change tout pour la circulation du sang, quand on est resté assis trop longtemps. Une mode stupide, qui nous ferait presque oublier que les applaudissements se confondent sûrement avec l’aube de l’humanité. Pendant longtemps, ils ont servi à encourager, remercier, féliciter une prestation publique. Aujourd’hui ils sont galvaudés, employés à tous bouts de champ, incongrus, incohérents. Quel dommage, qu’ils ne permettent plus de distinguer le vrai du faux puisque tout est applaudi de manière identique. Les génies comme les nuls. Une égalité reptilienne qui permet de s’exprimer en groupe. Nos cousins les gorilles communiquent, parait-il, en tapant dans les mains. Tout comme nous, ils se font plaisir en ayant, pour un moment, les mains chaudes.

27.03.2008

Et tu verras Montmartre

Comme l’information est de taille je ne résiste pas à vous la communiquer : Le pouvoir d’achat est l’objet d’une baisse sans précédent. Il m’a paru important de vous le dire, craignant que vous ne le sachiez pas encore ! Et si la cause tenait à la guerre qui gronde entre les fabricants alimentaires et les grandes chaines de  distribution ?

Chacun des prétendants a, pendant longtemps, campé sur ses positions. Puis, quelques escarmouches, émaillées par la publication de pleines pages de publicité, sont venues nous avertir que les uns et les autres étaient en train de fourbir leurs armes. Subitement, la situation est apparue dans toute sa gravité : « Rien ne va plus » se sont mis à brailler les adversaires. Analyser les raisons de ce coup de chaud dans les cuisines et déterminer si l’augmentation des prix du pétrole ou du blé, une future intervention du gouvernement,  le redéploiement des grandes surfaces sont les causes réelles ou des excuses d’opérettes relève d’une mission délicate pour un citoyen non averti. Cela exigerait aussi de connaître la stratégie de ces groupes de pression. Or, nous ne disposons pas de toutes les données qui nous permettraient d’accéder à une juste appréciation.

 

En tous cas,  ce conflit qui oppose les grosses légumes industrielles - qui essaient dans le même temps de  faire  sortir du jeu les fabricants de faibles tailles - et les marchands, ont mis en scène un grand barnum avec prise d’otages. Ce sont les consommateurs pris entre leurs feux croisés qui doivent arbitrer, combattre à leurs côtés, bref se sentir concernés. Une prise  en otage-spectacle qui politiquement arrive au bon moment. Une manipulation simple à utiliser puisqu’ils savent bien que le pouvoir d’achat est à la fois complexe et magique. Leurs salades sont de nature à rendre malade, à coup sûr, l’opinion. On touche au portefeuille de chacun en nous faisant savoir de manière répétitive que maintenant «  on n’en a moins qu’avant » parce que « ça coûte plus cher ». Un procédé qui, l’Euro invectivé en sus, est garanti dans ses effets. Quelles sont les raisons de cette affirmation ? Parce que le pouvoir d’achat est une notion difficile à mesurer précisément puisqu’il fait entrer de nombreux critères et biens de consommation dans sa considération et qu’il dépend des habitudes, voire de l’éducation et des réels besoins de chacun. Parce que ce pouvoir d’achat, est sans aucun doute en baisse en matière de dépenses alimentaires et exclusivement en ce domaine. Et ce depuis plusieurs décennies. C’est bien ce qui chagrine nos belligérants. Ils aimeraient bien que les consommateurs pensent continuellement à leur panse plutôt que de se préoccuper de plus en plus souvent de leur santé, de leur  confort, ou de leurs loisirs.

Les frères ennemis de la grande bouffe font monter la mayonnaise et nous mettent sous le nez la première conséquence de l’histoire : les pauvres auront de moins en moins dans leurs assiettes et les riches vont continuer de s’empiffrer. Il est à craindre que bientôt, peut-être, les maigres ou mal nourris vont s’en prendre aux gros ou aux ventrus. On approche de la disette. Les boulangers ne vont plus pouvoir fournir. Rappelez-vous, en 1789, c’était déjà comme ça ! Tous les moyens sont utilisés en ce sens. On multiplie les communiqués de toutes sortes ou on laisse se déployer des mouvements qui in fine  servent la bonne cause et la soupe chaude. Récemment on a pu en voir, l’illustration : Etalés un peu partout on pouvait trouver l’analyse du  contenu d’une poubelle émanant d’une famille aux revenus modestes et la poubelle d’une famille aisée !  Décor de bas étage destiné à engendrer la jalousie comme gouvernail. De mémoire, il y a longtemps que les consommateurs n’avaient pas été ainsi pris à partie. Sérieusement, qui peut croire que les uns comme les autres sont préoccupés à ce point par notre pouvoir d’achat ? En voilà une grande révélation. Tout d’un coup, ces gens là font appel à nous et veulent nous démontrer qu’ils pensent à notre portefeuille. Pourquoi ne pas imaginer aussi que demain ils viendront nous remercier de les avoir aidés à retrouver leur marge bénéficiaire ? Car au final, c’est bien cela qui concerne cette fameuse augmentation des prix pour laquelle les groupes en présence sont peu diserts. Dans quelle poche est allée la faramineuse augmentation ?

 

On peut toujours rêver et imaginer que les multinationales de l’industrie alimentaire et les distributeurs décideront prochainement d’une réelle éthique à notre égard. Ils nous cajoleront et nous feront « des prix imbattables » par respect envers nous et pour donner bonne suite aux beaux  principes déployés actuellement envers ce pouvoir  d’achat pour lequel ils aimeraient bien que nous les aidions encore et toujours plus. « Monte la dessus, et tu verras Montmartre » dit l’expression populaire à ceux qui par trop, sont naïfs.

26.03.2008

Le pied, c’est le pied

A la différence du bambin qui découvre progressivement que pour avancer il faut mettre un pied devant l’autre, nous adultes, nous ne prêtons plus attention à cette démarche qui est pourtant fondamentale. Certes, me direz-vous la tête est aussi importante et il vaut mieux, à première vue, perdre pied que perdre la tête. En réalité tout est lié. L’une ne peut  aller nulle part sans que l’autre suive. Et pourtant on garde la tête sur les épaules sans toujours trop savoir où l’on met les pieds. A cet égard le pied prend toute son importance. On peut mettre les pieds un peu partout en ayant la tête ailleurs. Ainsi, nos pieds marquent la différence puisqu’ils laissent une empreinte, la trace de notre passage, y compris quand on la tête dans les étoiles. C’est un pied devant l’autre que l’on avance dans le long cheminement de la vie. Sauf pour ceux qui marchent en mettant les deux pieds dans le même sabot. C’est semble-t-il, ce qu’ont fait un grand nombre d’électeurs, lors des dernières élections municipales. Sans vouloir mettre les pieds dans le plat, ils ont laissé sécher sur pied des édiles qui durant leur mandat, avaient souvent fait des pieds et des mains pour valoriser leur ville. C’est dommage de les avoir ainsi remerciés par un simple « c’est bien fait pour leurs pieds » voire par un « ça leur fera les pieds ». Attitude d’autant plus regrettable qu’un certains nombre de sortants avaient encore bon pied, bon œil pour continuer leurs missions. Certes, un certain nombre de ces élus avaient les pieds au chaud. Mais était-ce une raison suffisante pour avoir organisé cette grande mise à pieds ?

 

Il faut dire que les candidats-maires des grandes villes, aujourd’hui élus, se sont engagés d’un même pas ou si vous préférez sont partis d’un même pied – le gauche –en battant la campagne pied à pied. Ils nous ont montré qu’avant d’être des hommes de tête, ils étaient avant tout des hommes de pieds. Elus, ces maires, tout comme leurs prédécesseurs, s’enfermeront dans leurs bureaux sans que l’on ne les voit plus jamais déambuler comme ils l’ont fait sur les marchés et autres lieux publics. Ils se sont tapés moult marches à pied avant de rouler en voiture – avec chauffeur –  tout le reste de leur mandat. Remarquons que lors de leurs randonnées pédestres ils ont pratiqué le croche-pied, une grande spécialité des pieds nickelés. Certains n’ont pas hésité – en tous cas on a vu des candidats verts le faire – à couper l’herbe sous le pied de ceux qui, sans vergogne étaient prêts à lever le pied avec  des partisans qui, au pied levé,  se  disaient de leur côté. Dans le même, esprit d’autres marchaient sur les pieds de ceux qui étaient perchés sur un pied,  ou qui  faisaient le pied  de grue.

 

Est-ce à dire que les autres candidats, ceux qui n’ont pas pu retomber sur leurs pieds, étaient tous des candidats aux petits pieds ? Sûrement pas. Peut-on imaginer que ces candidats malheureux n’étaient pas sur  un pied d’égalité avec leurs rivaux ?  Les battus, on le sait maintenant, n’ont pas toujours su sur quel pied  danser face à leurs électeurs. Parmi eux ils y avaient ceux qu’ils connaissaient bien comme les gens de pieds, les pieds noirs ou les pieds plats et les pieds bauds mais, ils ne se sont pas assez méfiés des pieds de biche. Pire encore, ils n’ont pas vu que d’autres candidats étaient habillés de pied en cap, en pied de poule.

 

Quoi qu’il en soit ceux d’hier sont descendus de leur piédestal pour toucher du pied le fond et laisser ainsi les nouveaux élus prendre leurs pieds. Car c’est bien de cela qu’il s’agit finalement. Mais, les réjouissances d’adoubement achevées les nouveaux élus seront bien obligés de se jeter aux pieds de ces électeurs versatiles qui ne manqueront pas de leur casser les pieds avec leurs demandes répétées. Ces quémandeurs de tous ordres qui estimeront avoir mis le pied à l’étrier de leurs élus formuleront des exigences de plus en plus contraignantes.. C’est à ce moment que « ceux d’avant »  leur diront que c’est au pied de l’arbre que l’on juge la cognée et que malgré leurs efforts de rester pieds et poings liés à leur fauteuil, ils se verront, un jour ou l’autre, mettre un coup pied aux fesses. Ils le savent eux les battus d’hier, que pour un élu ce n’est pas toujours le pied.

23.03.2008

La couche du bonheur

Il y a très longtemps que je voulais vous parler de la couche. Que la votre et la mienne soient différentes c’est possible. Mais d’une manière ou d’une autre, nous en avons tous une, au plus près de nous. On vit avec et je dirai même que l’on ne peut pas vivre sans elle, aujourd’hui et sous nos latitudes.

 

A y bien réfléchir l’histoire est très ancienne. C’était déjà comme ça il y des lustres et quel que soit l’endroit. Chacun a connu sa couche. La différence entre les couches peut paraître insignifiante pour certains. Elle est pourtant déterminante de la vie à deux. Au risque de vous choquer je vous dirai que l’air de la couche change tout. Cela peut être source de polémique car la couche laisse finalement peu de possibilité, dans la forme, aux hommes et aux femmes qui veulent vivre ensemble. Une couche sous le même toit implique un choix.

 

Laissons de côté le luxe offert par les temps anciens qui permettaient d’envisager des chambres séparées et cet usage « très tendance » qui envisage la vie en couple à condition de vivre chacun chez soi, pour constater que seuls sont à notre disposition le lit double ou les lits jumeaux. Pour dormir, se reposer ou faire des galipettes nous sommes condamnés à passer un peu plus de deux jours par semaine - le tiers de notre vie - sous la même couette, ou en couette isolée. Certes il faudrait aussi envisager les lits superposés mais cette hypothèse reste simplement une présentation étagée de la séparation des corps, sans autre fantaisie qu’un « bonsoir chérie » dit du haut d’une échelle. Je ne l’ai jamais vécu mais j’imagine que c’est à cet endroit que le sport et la poésie se mettent en ménage. De même ne seront pas évoqués ici le lit qui permet la guérison du malade ou autour duquel se tient la dernière réunion de famille.

 

Les professionnelles qui se penchent régulièrement sur la chose – je veux dire toutes les bonnes maisons hôtelières – ont un représentant qui vous pose rituellement cette question qui conditionne l’aménagement de la chambre : C’est la fameuse demande connue sous le nom de, « Avec un grand lit ? » Parfois l’interlocuteur est gêné et susurre la phrase les yeux baissés. Dans d’autres cas, les sous-entendus contenus dans son chuchotement méritent d’inscrire la formule au panthéon de l’hypocrisie ou de la convoitise. Généralement sa religion est faite sur votre avenir. Selon l’âge, les charmes ou la volonté de l’accompagnant(e), le sourire en coin de l’hôtelier est significatif d’une situation qu’il imagine riche de chaudes aventures. A tort ou à raison, car il ne sait pas quels drames peuvent se nouer à partir d’une indisponibilité dans une forme ou dans une autre.

 

Imaginez un peu ceux qui, par habitude, sont séparés et qui pour cette nuit là se retrouvent réunis sous les mêmes voiles. On peut craindre le pire. Dés le début, cela tire de tous côtés. Aucun des deux ne veut abandonner une once de son territoire. Chacun s’installe comme il le fait ordinairement dans « son lit à une personne ». Chacun tire la couverture à soi. La lutte peut être rude et durer toute la nuit. Elle peut être ponctuée par des « j’ai chaud, j’ai froid » ou des « donne m’en un peu » et « arrête de bouger comme ça ». Il peut y avoir aussi des « tu prends toute la place ». A tel point qu’au matin chaque belligérant désireux de rester maître de son bout de drap se sente moulu, coincé dos à dos ou au bas du dos de l’autre, sans avoir fermé l’œil alors que l’autre ronflait comme un sonneur. Ce qui est, parait-il, insupportable. Bref, une histoire à dormir debout. De tout cela l’hôtelier ne saura rien.

 

Ce ne sera pas le cas de ceux qui communément dorment ensembles et qui cette nuit là sont esseulés. Ceux là, laissent souvent des traces derrière eux. Car, la première chose qu’ils font en arrivant dans la chambre est de rapprocher les deux lits ! Mais, ils sont loin d’être au bout de leurs peines. Les lits joints sont rapidement considérés comme une démarche insuffisante pour eux qui, selon leurs usages quotidiens, vivent du deux en un. Dés lors, l’un occupe le lit de l’autre au point qu’ils finissent par dormir à deux dans un lit à une place. Sans compter qu’ils ont essayé de faire la chose dans l’espace imparti et que cela a imposé des figures qui n’étaient pas loin de faire penser au radeau de la méduse. L’un était en haut quand l’autre était en bas. Les habitudes ont la vie dure et l’on ne change pas de couche comme de chemise.

 

Le dicton a raison quand il nous dit « comme on fait son lit on se couche » et finalement c’est à bon droit que l’on doit rechercher ce qui nous convient le mieux pour aménager sa niche et s’attribuer ainsi une couche de bonheur.

 

19.03.2008

Lutte d'influence

Ils viennent régulièrement visiter nos consciences. Ils appartiennent, à une imagerie simpliste. Ils sont deux. Ils sont frères ennemis depuis toujours ou tout au moins depuis longtemps. Ils sont rusés au point d’employer tous moyens pour nous convaincre. Il faut bien avouer qu’ils déploient, chacun à leur manière, une argumentation en béton. Bien entendu ils plaident chacun pour leur paroisse et ils ont des avis diamétralement opposés. Quand l’un fait appel à la logique, l’autre invoque le plaisir. Le premier est économe, l’autre est dépensier. L’un vous dit que c’est important, l’autre que c’est superflu. Ils font feu de tout bois, pour avoir raison. De qui s’agit-il ?

L’un est un petit diable tout habillé de rouge et l’autre cet ange tout de bleu vêtu. Pour la plupart d’entre nous ce sont eux qui sont consultés en premier, pour distinguer le bien du mal, l’important de l’accessoire. Ils ont un avis sur tout et pour tout. Est-ce qu’ils nous simplifient l’existence ? Pas sûr. A l’inverse, que ferions nous sans eux ? De plus il faut bien reconnaître que très souvent, nous ne leur simplifions pas la vie. Et par voie de conséquence nous compliquons la nôtre… Faut-il reconnaître pour autant que ceux qui n’ont  pas affaire à eux sont plus heureux ? Pour eux, la vie doit être difficile puisqu’ils ne peuvent faire acte de discernement et choisir l’avis du  rouge ou du bleu. C’est le discernement qui donne corps à toutes nos actions quotidiennes.

 

Le discernement est source de tolérance, de compréhension. Il fait obstacle à la flatterie, permet le pardon. Et contrairement aux bruits que certains font courir, discerner n’est pas privatif de liberté. Il favorise la liberté d’action. Sans contrainte. C’est à partir de ce discernement que l’on peut continuer à cohabiter avec l’être aimé, à se rendre à son bureau tous les matins, à accepter un emploi qui n’est pas tout à fait celui recherché, à aller visiter une parente éloignée, à ne pas adhérer à la première secte venue… Cela étant, l’avis du diablotin est très souvent séduisant. Demain tout sera peint en rose, c’est promis. Fieffé menteur ! Nous le savons pourtant que ses promesses doivent être combattues…  Nous le savons pourtant que ses conseils sont nuisibles à terme… En acceptant son avis nous nous laissons aller à la facilité  sans descendre au plus profond de notre âme pour démêler l’écheveau des possibilités offertes.

 

En réalité, ce n’est qu’après avoir fait le petit compte « des plus et des moins », que la décision doit être prise. Cela demande, incontestablement, une certaine formation culturelle et sociale. Il semble que la Société ne nous prépare pas vraiment aux questions que nous devons nous poser avant d’adhérer à une solution plutôt qu’à une autre. Il apparaît même que de l’extérieur nous soyons poussés vers cette solution facile qui, bien entendu, entraînera la réalisation du projet, de l’envie etc… Pour certains groupes de pressions, il n’y a pas de raison d’avoir des doutes sur la bonne voie à suivre. C’est la formule zéro effort qui doit être retenue, d’autant qu’elle est présentée par ceux qui pensent pour nous… et à la défense de leurs intérêts !

Partant du principe que le discernement fait aussi appel « au vécu » et plus exactement aux expériences vécues par chacun d’entre nous, ceux qui veulent influencer nos décisions anticipent sur l’avenir. Tous les statisticiens  le savent, la décision prise aujourd’hui n’est pas celle qui aurait été prise hier… Dés lors, c’est bien connu, puisque que rien n’est simple en ce domaine, il suffit d’influencer chacune de nos consciences pour avoir un résultat collectif !

 

Et pourquoi diantre faut-il que l’on ne nous laisse pas en paix  - et en toute liberté - décider et savoir ce qui est économiquement et politiquement bon pour nous ou pour notre pays. La plupart d’entre nous sait apprécier le meilleur et le pire, y compris dans le doute, et  même si comme l’a dit Jean La bruyère « Après l’esprit de discernement, ce qu’il y a au monde de plus rare, ce sont les brillants et les perles »