15.07.2008

Les règles du trop

J’espère ne pas m’attirer les foudres des associations protectrices des animaux et plus particulièrement des colombophiles si, en traitant d’un sujet délicat, dans toute l’acception du terme, j’en viens à évoquer cette vérité que certains jugent opportun de chuchoter alors qu’il conviendrait , au contraire, de l’alléguer au grand jour : Les pigeons, nuisent à la beauté de nos monuments et finissent par déparer nos villes.

La situation concerne d’ailleurs la plupart des pays d’Europe. La France et l’Espagne, dont on parle beaucoup en ce moment pour d’autres raisons, à la fois historiques et religieuses,  sont aux premières loges. Sur les côtes de la Méditerranée , en péninsule Ibérique comme dans nos régions, des populations entières vivent en colonies dans les moindres anfractuosités du littoral. Ce qui nous amène à voir apparaître en nombre et, de plus en plus souvent, le pigeon domestique dit « biset », puisque c’est de lui qu’il s’agit, dans le plus petit village côtier. Réflexe normal de ce migrant qui, depuis quelques années s’est vu chassé des villes, que de se réfugier dans les bourgs alentours. Poussé par les événements ou les contraintes du développement, il habite à l’endroit où le vent le mène. Dans les Alpes, le Massif Central ou la côte Normande. Que la situation soit claire : Je n’ai rien contre le pigeon, animal domestique. Je ne suis pas colombophobe. De même, je me refuse à le qualifier, comme certains,  de  « nuisible » ou de « rat volant ». Cela est injuste. Il semble plus judicieux de vivre en bonne intelligence tout en  limitant d’une manière ou d’une autre,  la prolifération de l’espèce. Proscrire son existence reviendrait à refuser une partie de notre histoire. Ce serait oublier qu’il a intégré notre vocabulaire et notre vie quotidienne.

Le roucoulement par exemple, fait partie des bruissements de nos balcons et terrasses et il n’est pas rare que quelques uns d’entre nous, profitent  pleinement de la rondeur de ses sons sourds et graves, leur sérénade,  offerte sous nos fenêtres. A noter que c’est le mâle qui « caracoule  ou jabote »  manifestant ainsi ses velléités face à une femelle. Je ne sais si vous avez eu l’occasion de le voir à l’œuvre, mais  son manège est vraiment ensorcelant, Il ne se contente pas de se faire entendre, il insiste par bien des aspects. Il  dandine du chef, s’appuie d’une patte sur l’autre, avance à petits pas et surtout, il met sa queue en éventail. C’est, chez lui, déterminant de sa volonté, sa réputation de reproducteur faisant le reste. Il faut dire qu’à raison de deux ou trois portées par an, il a de quoi pavoiser notre ramier et ne veut, en aucun cas, se faire « pigeonner » par la concurrence. Il a en tête l’air de ses camarades de jeu et, voulant arriver à ses fins, il est décidé à aller jusqu’au bout : « Alouette,  je te plumerai, Alouette ». (Air connu dans les années 60) Il est d’autant plus pressé d’agir ici aujourd’hui, qu’il sera demain ailleurs. Il est un peu « pigeon voyageur ». Chez lui, c’est génétique. De plus,  il se sait combattu par ceux là mêmes qui disposent de ces machineries et armements qui font obstacle à ses projets dans le temps. Notons que si « un pigeon se lève tous les matins »  les nôtres sont de plus en plus aguerris contre les moyens mis en œuvre pour les faire «déménager » de site à coup de canon. Il est bien connu que les bombardements ne les inquiètent plus. Ils nous signifient ainsi qu’on s’habitue à tout, aux bruits et aux pollutions des villes. Ils craignent encore le « tir au pigeon ». Mais en  réalité, ils savent qu’il s’agit de calembredaines réservées aux fanatiques de la gâchette, catégorie bien particulière d’individus qui, depuis longtemps,  préfère tirer sur un pigeon d’argile, une assiette. Les chasseurs pourraient également nourrir leurs angoisses. Mais, ceux-là aussi  obéissent à des règles définies d’avance. Par  surcroit, ils ne s’intéressent pas vraiment à leur plumage gris, piètre trophée, maigre pitance. Tout ceci intéresse à peine quelques gazetiers de colombiers qui se gaussent souvent du fameux  « pigeon vole », jeu  qui retient encore l’attention, mais pas pour longtemps,  de quelques enfants d’un autre monde.

Il n’en demeure pas moins que le pigeon « commun » salit notre environnement et que la société standardisée vers laquelle nous nous dirigeons vit mal cette cohabitation obligée avec celui là même qui, pour l’heure, habite sans retenue nos clochers, nos places et édifices. Je suis même étonné que les écologistes demeurent silencieux à son  égard, car il est un pur produit de croisements qui l’ont éloigné de la typologie et de la morphologie de sa noble race d’origine : le biset n’est plus qu’un lointain cousin qui veut encore nous faire croire qu’il s’agit d’un pigeon. Pour autant, cela ne mérite pas de le faire disparaître de notre paysage habituel car on peut se demander si certaines de nos rues et quartiers pourraient se passer de leurs battements d’ailes. Dés lors, le problème n’est pas simple à résoudre car il faut garder la raison entre notre monde et le leur, veiller à l’équilibre. Rude tâche que celle qui consiste à énoncer avec tolérance les règles du « Trop de pigeons nuit à la santé ».  Je parle des pigeons posés sur leurs  pattes, pas des pigeons rôtis.

27.06.2008

Traces d'avenir

Choyées, connues et admirées, elles nous donnent le sentiment d’être seules à constituer le patrimoine national. Elles, ce sont les cathédrales aux flèches éblouissantes, les abbayes et les abbatiales aux chevets ventrus. Toutes sont signalées par des panneaux indicateurs, des guides touristiques, des brochures enluminées qui permettent de les visiter et de les aimer toujours et encore plus. Elles valorisent les grandes métropoles par leur majestueuse présence et sont considérées, à juste titre, comme les joyaux de notre pays. Incontestablement elles ont un rôle spirituel, historique et culturel.. Parallèlement, leurs retables ouvragés, les trésors de leurs  sacristies et leurs reliques saintes mettent l’accent sur l’aspect de leur religiosité ; un bienfait qui permet de rappeler leur première destination en qualité de lieux cultuels.

Nous, les petits clochers, les sans grade du domaine étatique, que nous reste-t-il ? Nous, les obscures églises de campagne, nous qui sommes plantées sur la place du village, nous qui sommes si souvent fermées pour nous protéger de visiteurs indélicats, devons-nous continuer à nous taire ? Nous constituons la France profonde, celle des régions. Nous avons nos particularismes et d’ici ou là, aucune ne se ressemble vraiment d’une province à l’autre. Nous aussi, nous avons nos lettres de noblesse. Nous n’avons rien à envier du style roman, gothique ou baroque. Et le fait d’être sorties de terre au XIXième  siècle, pour certaines d’entre nous,  n’autorise personne à nous traiter comme quantité négligeable. Nous ne sommes pas jalouses mais nous voulons simplement que l’on reconnaisse, maintenant plus que jamais, notre place. Envieuses de nos sœurs de marbre ? Comment le pourrions-nous alors que nous sommes reléguées, oubliées, souvent isolées  dans ces villages qui ne seraient rien sans nous ?  Le cachet, la réputation, de ces villes de quelques centaines ou milliers d’âmes suffisent à notre gloire. Nous sommes attachées au cœur de ces bourgades comme à celui de leurs habitants. Nous ne comptons plus les naissances, les mariages, les enterrements, que nos cloches ont salués. Depuis quelques temps, nous sommes inquiètes, de gros nuages s’amoncellent sur nos flèches et les coqs rouillés de nos girouettes ne donnent plus la direction du vent.

Simples bâtiments publics, « non classés » nous sommes, parait-il, dépensières : Depuis 1905 nous appartenons à l’Etat et par voie de conséquence ce sont les collectivités locales qui sont chargées de notre entretien, donc des réparations qu’exigent les vieilles pierres de nos tours et  clochetons. Or, il apparaît qu’après en avoir accepté la charge, les dépenses imposées par nos remises en état pèsent lourd dans les budgets. Une récente étude prévoit que 2800 d’entre nous – sur 15000 environ – nécessitent la restauration d’un clocher, des renforts et des soutiens qui assureraient encore longtemps notre existence. Pour se défausser, différents subterfuges sont mis en place. Bien sûr la décision de « déconstruction »  n’est pas prise de manière abrupte. La démolition pure et dure n’est pas envisagée de manière systématique. On a des égards envers nous. La méthode du pourrissement semble préférable pour se débarrasser de nos encombrantes et couteuses présences : Ne rien faire pendant des années et laisser nos vieux matériaux s’abimer dans le temps de telle sorte que nous devenions menaçantes. C’est simple, facile et cela emporte l’agrément de toute une communauté qui préfère nous voir mis à bas plutôt que d’accepter le danger que présentent nos ossements décharnés et envahis par les herbes folles. Un processus insidieux qui est déjà en marche. Sans que vous en preniez réellement conscience quelques unes d’entre nous sont régulièrement offertes aux dents assassines des tracto-pelles qui viennent mordre nos façades au prétexte que nous ne valons plus que « la casse ». Plus souvent qu’à notre tour nous nous éloignons ainsi, silencieusement,  pour disparaître un jour complètement de cette image où l’une d’entre nous célébrait la force tranquille, toile de fond de l’affiche d’un feu candidat à la Présidence de la République. Plutôt que de sortir du paysage d’autres choix heureux  nous sont proposés pour finir nos jours : Abriter dans nos murs des supermarchés ou des boîtes de nuit… Reste aussi la possibilité de servir plusieurs cultes. Dans ces conditions, pourquoi nos plaintes ?

Quelques  ouailles, avec l’approbation des membres du clergé local sont prêts à laisser la situation en l’état à et à convenir qu’il vaut mieux se préoccuper des « pierres vivantes ».  Pourquoi s’apitoyer sur ces vieilleries disent-ils ?  Ceux qui tiennent ce discours ont tort de prôner cette politique au moment ou notre Etat qui se veut laïc est confronté au déploiement d’autres religions. Celles-ci disposent de fidèles qui n’hésitent pas à mettre la main à la poche  ou à se faire aider par différents pays de leur monde. Tout est bon pour construire à la gloire de Dieu. Ils n’hésitent pas. Vous qui devriez prendre notre défense vous tergiversez, préférant vous mettre la tête dans le sable. Vous pensez aussi que nous serons toujours assez nombreuses pour vous représenter avec force. Vous êtes dans l’erreur : Si vous n’y prenez garde, l’effondrement de nos pierres coïncidera avec la disparition de votre univers religieux, culturel voire  politique. Nos pierres ne sont pas uniquement les traces du passé. Elles constituent un rempart pour l’avenir.