27.07.2008
Du ton à l'ouïe
Le bâtisseur des relations humaines est le son de la voix. Grave ou aiguë, cassée ou chevrotante la voix peut être alarmiste, chaude ou glaciale. Elle peut séduire, envoûter ou troubler. Elle assure l’immédiat transport des émotions. Elle peut être triste, heureuse, trompeuse.
Du murmure au cri, la tessiture rassemble les couleurs de la vie. Elle donne un sens aux paroles. Dés lors, le son de la voix ne peut être séparé du ton. Le ton est doucereux, coléreux, ambiguë. Il est violent, modulé, adapté à l’environnement. Selon le lieu, l’interlocuteur, ou le message que l’on veut transmettre, le choix du ton doit être le bon. Nos propos quotidiens tiennent-ils compte des subtilités offertes par cette fabuleuse palette, don de la nature ? Les professionnels abusent-ils du ton pour faire passer leur message ? De façon générale, l’émetteur et le récepteur de sons échangent des sentiments.
Selon le ton employé dans une conversation entre deux individus assis à la même table, la suite des événements sera vécue différemment pour l’un, l’autre ou les deux ensembles, Si les mots ont leur importance, le ton, emballage des expressions est déterminant. A lui seul le timbre témoignera de la lassitude, laissera découvrir l’envie, l’amertume ou la joie. Un clignement de paupière, ou tout autre geste, volera peut-être au secours du mauvais ton. La situation est modifiée si cette même discussion se déroule par téléphone. Le ton utilisé ne peut plus envisager de se faire aider par la gestuelle. La voix seule sera le maître de l’échange téléphonique, pour aimer, convaincre, aider. Enfin, si la rencontre se déroule entre plusieurs personnes en un même lieu, le ton jouera sur un autre registre. La visite d’une Eglise se fait à voix basse, à la fois par habitude et par respect. Un repas au restaurant donne rapidement naissance à un brouhaha qui entérine une certitude : Personne n’écoute personne puisque la plupart des convives parlent en même temps. C’est, parait-il ce qui détermine aujourd’hui une rencontre festive. Ici, le ton de la voix apporte un autre témoignage : Il permet aux individus rassemblés d’exprimer leur personnalité. La timidité, l’aspect chaleureux, l’accent, la voie forte ou faible signeront l’existence de chacun à l’égard de tous.
Comment, en toutes circonstances, transmettre un message juste à son interlocuteur et par là même employer le bon ton ? Comment envoyer des sons qui ne seraient pas susceptibles d’une interprétation par celui qui les reçoit ? Répondre à cette demande impose une discipline à toute épreuve qui, incontestablement, passe par une écoute attentive qui ne déclencherait pas le besoin de répondre avant d’avoir fini d’entendre. Ce serait avoir pris conscience que celui qui émet ne se contente pas d’expulser l’air de ses poumons pour frapper son larynx, mais que le son de la voix est bien une suite de vibrations qui concerne l’individu dans son ensemble. Les professionnels, eux, ont bien compris le mécanisme sauf peut-être les artistes de variétés qui, depuis quelques décennies doivent à l’inventeur du micro la puissance d’un organe dont ils ne disposent pas souvent.
Au théâtre et à l’opéra les spectateurs sont à l’écoute des acteurs ou chanteurs chargés d’exprimer, avec précision, les sentiments de leur rôle. Par principe, les interprètes répondent aux attentes de ceux qui se sont déplacés pour les entendre. Les acteurs, les chanteurs et les spectateurs ont accompli une action volontaire avec un objectif commun : Découvrir, entendre, revoir une œuvre connue. Cette démarche ne peut être comparée à celle qui consiste à appuyer machinalement ou systématiquement sur le bouton de son auto-radio, généralement pré-réglé. Une habitude qui nous fait accéder à une chaîne de radio - certaines sont spécialisées - qui viendra déverser dans nos oreilles ses bonnes paroles, pré-machées, répétées avec force, appuyées par les consonnes. Le ton employé, les méthodes mises en œuvres, l’usage de la phonométrie, sont étudiés pour que l’auditeur soit automatiquement et uniquement récepteur. Tout doit rendre notre cerveau incapable de négocier, immédiatement, une discussion avec ce qu’il reçoit. Nous sommes emportés par le déversement du gobe-infos comme dans d’autres par le gobe-mouches.
Il est, je crois, grand temps d’être circonspects et attentifs à ce que ces organes – télé ou radio – veulent nous inculquer de manière constante. Y veiller, c’est prendre conscience de notre existence pour éviter que ce soient ces médias qui, à partir de leurs techniques de communication des sons, trompent notre ouïe pour nous tremper dans une huile qui n’est pas la nôtre.
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03.07.2008
Lutte d'influence
Ils viennent régulièrement visiter nos consciences. Ils appartiennent, à une imagerie simpliste. Ils sont deux. Ils sont frères ennemis depuis toujours ou tout au moins depuis longtemps. Ils sont rusés au point d’employer tous moyens pour nous convaincre. Il faut bien avouer qu’ils déploient, chacun à leur manière, une argumentation en béton. Bien entendu ils plaident chacun pour leur paroisse et ils ont des avis diamétralement opposés. Quand l’un fait appel à la logique, l’autre invoque le plaisir. Le premier est économe, l’autre est dépensier. L’un vous dit que c’est important, l’autre que c’est superflu. Ils font feu de tout bois, pour avoir raison. De qui s’agit-il ?
L’un est un petit diable tout habillé de rouge et l’autre cet ange tout de bleu vêtu. Pour la plupart d’entre nous ce sont eux qui sont consultés en premier, pour distinguer le bien du mal, l’important de l’accessoire. Ils ont un avis sur tout et pour tout. Est-ce qu’ils nous simplifient l’existence ? Pas sûr. A l’inverse, que ferions nous sans eux ? De plus il faut bien reconnaître que très souvent, nous ne leur simplifions pas la vie. Et par voie de conséquence nous compliquons la nôtre… Faut-il reconnaître pour autant que ceux qui n’ont pas affaire à eux sont plus heureux ? Pour eux, la vie doit être difficile puisqu’ils ne peuvent faire acte de discernement et choisir l’avis du rouge ou du bleu. C’est le discernement qui donne corps à toutes nos actions quotidiennes.
Le discernement est source de tolérance, de compréhension. Il fait obstacle à la flatterie, permet le pardon. Et contrairement aux bruits que certains font courir, discerner n’est pas privatif de liberté. Il favorise la liberté d’action. Sans contrainte. C’est à partir de ce discernement que l’on peut continuer à cohabiter avec l’être aimé, à se rendre à son bureau tous les matins, à accepter un emploi qui n’est pas tout à fait celui recherché, à aller visiter une parente éloignée, à ne pas adhérer à la première secte venue… Cela étant, l’avis du diablotin est très souvent séduisant. Demain tout sera peint en rose, c’est promis. Fieffé menteur ! Nous le savons pourtant que ses promesses doivent être combattues… Nous le savons pourtant que ses conseils sont nuisibles à terme… En acceptant son avis nous nous laissons aller à la facilité sans descendre au plus profond de notre âme pour démêler l’écheveau des possibilités offertes.
En réalité, ce n’est qu’après avoir fait le petit compte « des plus et des moins », que la décision doit être prise. Cela demande, incontestablement, une certaine formation culturelle et sociale. Il semble que la Société ne nous prépare pas vraiment aux questions que nous devons nous poser avant d’adhérer à une solution plutôt qu’à une autre. Il apparaît même que de l’extérieur nous soyons poussés vers cette solution facile qui, bien entendu, entraînera la réalisation du projet, de l’envie etc… Pour certains groupes de pressions, il n’y a pas de raison d’avoir des doutes sur la bonne voie à suivre. C’est la formule zéro effort qui doit être retenue, d’autant qu’elle est présentée par ceux qui pensent pour nous… et à la défense de leurs intérêts !
Partant du principe que le discernement fait aussi appel « au vécu » et plus exactement aux expériences vécues par chacun d’entre nous, ceux qui veulent influencer nos décisions anticipent sur l’avenir. Tous les statisticiens le savent, la décision prise aujourd’hui n’est pas celle qui aurait été prise hier… Dés lors, c’est bien connu, puisque que rien n’est simple en ce domaine, il suffit d’influencer chacune de nos consciences pour avoir un résultat collectif !
Et pourquoi diantre faut-il que l’on ne nous laisse pas en paix - et en toute liberté - décider et savoir ce qui est économiquement et politiquement bon pour nous ou pour notre pays. La plupart d’entre nous sait apprécier le meilleur et le pire, y compris dans le doute, et même si comme l’a dit Jean La bruyère « Après l’esprit de discernement, ce qu’il y a au monde de plus rare, ce sont les brillants et les perles »
18:30 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, politique, société, médias, presse, télévision
18.02.2008
Qui vous savez
Aujourd’hui chacun veut savoir. Il ne s’agit pas de la connaissance ou du savoir qui ferait de chacun d’entre nous un érudit ou un esthète. La recherche du savoir en question concerne ce qui pourrait être désigné comme « la sphère d’intimité de l’autre ».
Cet autre peut-être un coupable, une victime, un voisin, un chef de service, le patron, la cousine ou le Président de la République. L ’important est d’avoir connaissance d’un événement susceptible de créer une émotion, un ressenti, une réaction sentimentale. Ce que l’on doit savoir concerne les agissements des autres face à un épisode familial par exemple. Les habitudes sociales, les revenus et les loisirs sont les faits qui présentent le plus grand intérêt. Le niveau d’instruction, les inclinaisons artistiques ou culturelles ainsi que les pratiques religieuses sont considérées de moindre importance par ceux qui s’attachent à pénétrer au cœur des autres. En résumé, il semble même que plus l’information est sociologiquement malsaine plus elle est intéressante à diffuser au plus grand nombre. On est en droit de se demander quel intérêt peut avoir pour un certain nombre d’entre nous, de savoir que Monsieur Untel est en réalité, le fils d’un autre. Et pourtant, chaque jour la chasse à l’événement croustillant bat son plein. L’information collectée fera de celui qui est en sa possession un homme libre. Il aura la liberté de la qualifier comme étonnante, incroyable, déraisonnable etc… A moins qu’il s’agisse tout simplement d’un secret dont il serait le seul détenteur, oubliant que l’événement est déjà connu de bien des tiers. Quelle est la cause cet état de fait ?
Les intéressés répondent en chœur que c’est la presse, prise dans sa globalité qui, par ses mots se repaît des maux des autres. Certes la presse joue un rôle important. Mais qui en demande toujours plus ? La situation est d’autant plus ambigüe que le demandeur d’info est un zappeur professionnel qui changera de chaîne, de radio ou de journal sans crier gare. Or , tous les grands médias obéissent à une logique économique. L’information traitée ne changera pas le cours du monde. Elle se doit simplement de retenir l’haleine de celui qui la reçoit puisque cela répond à son besoin de merveilleux, de rêve ou de saisissement. L’idéal pour le média est faire croire au caractère exclusif de son propos pour que le client ait le sentiment de détenir un secret que les autres n’auront pas à leur disposition. Une gageure contenue dans le titre qui s’étale à la une. Remarquons que pour toutes ces raisons la presse est contrainte d’exiger de ses journalistes qu’ils soient aussi des investigateurs. Dés lors, elle ne fait plus complètement son métier sans forcément en faire un autre. Connaître les raisons du divorce, de l’accident, du drame deviennent les affaires de tous et de chacun. Certes, la presse peut se voir reprocher d’amplifier l’événement, de déformer la matière, de jeter de l’huile sur la grève. Mais pour agir de la sorte, il faut que le lecteur, l’auditeur ou le téléspectateur soit consentant. Pourquoi en est-il ainsi ?
« Jules a fait la même bronchite avant de partir pour l’autre monde » m’a dit l’autre jour ma voisine - qui pourrait être la vôtre - en me parlant de cet acteur américain dont j’ignorais jusqu’au nom avant qu’elle ne m’en parle en m’énumérant les détails de sa vie. Elle possédait tout de ses derniers instants et pouvait réciter le nom de ses maitresses. C’est parce qu’elle sait tout cela qu’elle peut s’identifier à ceux qui, à ses yeux, sont les grands de ce monde qu’elle estime et qu’elle hait tout à la fois. Dans tous les cas, elle rapproche les événements entre eux et conclut à une similitude de situation. Elle vit par mimétisme, par événement interposé. Par procuration de ce qui lui est servi par la presse. Parfois elle est perdue et se voit obligée de surfer sur la donne. C’est le cas lorsqu’elle ne s’explique pas l’attitude de sa belle fille. Celle-ci peut, par certains côtés se comparer à cette star de cinéma qui a eu le cran de dire publiquement ce que l’écran cachait de son triste quotidien : Il est normal qu’elle ait laissé choir son insupportable compagnon. Par contre, son merveilleux fils méritait mieux que cette garce épousée à la va-vite. Qu’à cela ne tienne, pour être d’équerre, il suffit de prendre le parti du mari ! Et à la limite, ne trouvant pas de justification suffisante pour l’une des ses proies du jour elle dira, avec agressivité, « Tant pis pour lui » ou « c’est normal, il en avait trop » lorsqu’elle évoque les difficultés de son maire, de son Directeur etc…N’y a- t-il pas un peu de jalousie ou de méchanceté dans ce colportage incessant de l’information à l’égard des uns ou des autres ? A moins que, mécontents de leur sort ces camelots de l’information ne se réjouissent tout simplement du malheur des autres.
Il est loin le temps où ceux qui détenaient une information sur un tiers, quand bien même s’agissait-il d’une personne qu’ils ne connaissaient pas, employaient une formule elliptique dans la conversation. C’était du genre « « qui vous savez » ou ce que « vous savez ». L’interlocuteur comprenait tout de suite, à demi-mot, le sens du propos. C’était à l’époque où l’on respectait encore la vie privée.
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