24.04.2008
Avis de teuf
Les hommes ont toujours aimé « faire la fête »… Certains prétendent que ce sont les femmes qui ont inventé la fête. Ils ont raison, car ce sont sûrement pour elles que la fête fut organisée par les hommes. Devant la grotte ou le campement, les individus réunis autour du feu se sont probablement mis à gesticuler autour du foyer pour manifester leurs sentiments et leurs différences.
Il s’agissait peut-être de la première mise en scène permettant de faire valoir ses attraits au sexe opposé. Certaines peuplades poursuivent cette tradition festive ancestrale pour affirmer l’existence de leur communauté. Dans d’autres points du globe, la fête, moment fort, ciment entre les hommes, a évolué au cours des temps. Son expression suit le cheminement du polissage social. La fête s’est ritualisée, sacralisée, puis démocratisée. Elle est actuellement, dans nos sociétés occidentales, banalisée.
Des crues du Nil où flottèrent les premiers rubans d’offrandes en l’honneur d’Isis et Pharaon, en passant par les fêtes grecques, romaines, druidiques, les hommes de ces époques ont su marquer leur temps. C’est vers l’an mil environ que le sens de la fête coïncida, dans l’emploi du mot, avec la célébration d’un jour consacré par un contexte religieux. Les réjouissances prévues ce jour là se doivent de rompre avec les obligations quotidiennes et toutes les activités sont tournées vers le saint honoré. Le compagnonnage, étroitement lié à l’univers spirituel, a valorisé ses patrons, au point que de nos jours on trouve encore de-ci, de-là des reliquats de ces traditions. Par exemple, en l’honneur de Saint Joseph, à la fois patron de la Sainte famille et des charpentiers. Le concept s’est laïcisé à la révolution et l’on garda l’esprit tout en se tournant vers l’événement. Ce fut la fête de la Fédération. La dernière décade du XXème siècle a multiplié les occasions et fit de la fête un sujet intemporel. La fête de la bière, de la courge, du cassoulet, de la musique etc… Simplifiée et banalisée, la fête n’est plus un événement exceptionnel. Elle appartient au quotidien. Tout en est prétexte.
Des corps qui se déhanchent et une musique de « ouf », ajoutez une rasade de whisky, de gin ou de tequila et vous êtes au cœur de la fête du quartier ou organisée à tout bout de champ, entre copains. Les ingrédients sont déterminants de l’ambiance au point que quelques pastilles ou sucre en poudre se substituent parfois aux canapés dans le subreptice espoir que les choses se passeront mieux sur les sofas. Peu importe les raisons, le lieu, ou la saison qui motivent ces rassemblements de toutes sortes. Ils sont empreints du même modèle social. « Faire la fête », c’est principalement se retrouver serrés les uns aux autres, dans une cave, au fond d’une cour ou sous une tente, éclairés par des lumières psychédéliques et assommés par une déferlante de décibels. C’est à un moment donné, l’endroit censé favoriser des contacts avec d’autres personnes, sans que rien ne puisse permettre la communication, puisque les individus se voient à peine et ne s’entendent pas. Un monde où la félicité conjugue l’heureux isolement de chacun dans un ensemble de joies mouvantes, car plus ça bouge, plus c’est bon, plus « on oublie ». On oublie, quoi ? Tout. Ce qui contrarie ou ce qui est cause de stress ou de peines dans la vie quotidienne. On peut même en oublier les raisons qui ont généré la présence ou l’organisation de « la fête ». Ainsi se justifient les « gay parades » ou les fêtes du divorce ! Que mon mariage se soit soldé par un échec me permet de réunir et de compter mes amis, ma famille, parfois mon ex, autour d’un pot festif où je pourrai enfin m’éclater ! Une manière, parait-il, de vivre plus intensément. Il y a même des entreprises spécialisées qui se spécialisent dans l’organisation des « fêtes du divorce » comme pour les mariages. On pourrait envisager des cartons d’invitations qui porteraient la mention « Prudence, la biche à chasser sera cachée, pour le plus grand plaisir des invités dans la grande forêt des turpitudes de la vie ». En texto cela donne « y a de la caille come to get ». Quel dommage que la fête en soit réduite à cette dernière extrémité ! Car, faire « n’importe quoi » de la fête c’est en quelque sorte la « tuer ». La fête doit retrouver sa splendeur. N’en faisons plus simplement un « avis de teuf ». La joie et le bonheur ne se commandent pas.
20:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fête, fiesta, soirée, bruit, bonheur, amusement
26.02.2008
Voler dans les plumes
Le décor : Il y a quelques jours, j’étais planté devant l’enclos de mon poulailler placé aux abords d’une route peu fréquentée par les automobiles. L’action : Les poules caquètent paisiblement. La révolution : Un magistral coup de klaxon qui a provoqué un énorme désordre chez les gallinacés.
Tout ce petit monde s’est subitement mis à courir en tous sens, à battre des ailes et à piailler à qui mieux mieux. Bref, mes poules venaient de subir ce qu’il faut bien appeler un choc émotionnel, un stress. Personnellement aguerri, je n’avais pas prêté attention à l’événement. Cela étant, l’exemple vous rappellera peut-être une situation connue : Vous êtes attablés, en famille, par une chaude soirée d’été. Tout est calme. L’atmosphère moite filtre les bruits. Subitement arrive par la fenêtre laissée ouverte pour la circonstance, ces monstrueux coups de boutoir – pardon de klaxon – suivis ou non d’une musique de Rap s’échappant d’une décapotable que vous avez juste aperçue depuis votre second étage en vous penchant sur la rambarde. Déçu, frustré de n’avoir pu faire entendre au fautif toutes les gentillesses que vous auriez aimées lui susurrer à l’oreille, vous fermez vivement la fenêtre par dépit, pour l’ouvrir à nouveau en contenant votre rage. Combien de fois par an dans des circonstances similaires, ce genre de nuisance nous est-il imposé ? Impossible de compter tant nous avons l’habitude de subir ce doux vacarme que certains dénomment pudiquement, « les bruits de la ville » bien que la situation soit identique à la campagne comme dans le plus petit bourg.
L’homo-automobiliste se doit d’être à la tête d’une panoplie rutilante dont savent jouer tous les constructeurs : Les jantes alu, les couleurs du tissu intérieur, le cuir et le bois s’il y a lieu, la clim etc… Toutes ces différences d’apparence flattent l’ego du client. Mais tout cela n’est rien sans l’appendice, la terminaison névralgique et sonore, le Klaxon. C’est la note suprême, la cerise sur la carrosserie. L’accessoire chéri qui métamorphose un conducteur en shérif. Ainsi, tout au long de son parcours journalier le chauffeur qui bénéficie seul de ce privilège - heureusement, - doit être en mesure de démontrer qu’il peut mettre de l’ordre dans la cohue routière. Grâce à son Klaxon il pourra faire respecter la loi du plus fort. Le conducteur est généralement fier du son de sa trompe qui agressera celle d’Eustache. La tonalité stridente ou grave, toujours impétueuse, émise à partir du simple effleurement du volant doit donner satisfaction au premier usage. Ainsi, le Klaxon est souvent « essayé » au moment de l’achat. Dés cet instant il est important de mesurer sa puissance, de le distinguer pour le reconnaître déjà parmi les autres, bien plus vulgaires. Le futur propriétaire qui déguste le vent bruyant de ses entrailles n’imagine même pas que le klaxon est fait pour prévenir ou se prémunir d’un danger imminent. Il ne l’entend pas comme un avertisseur, Il réveille en lui un effet à venir. Celui qu’il produira quand, au volant, il klaxonnera et sera remarqué au milieu de la multitude. Le Klaxon, fournisseur d’illusions, lui donne les moyens de se projeter hors de son véhicule sans sortir de l’habitacle. Ainsi, il sert à annoncer son arrivée à des amis, à transmettre des signes d’impatience lorsque l’attente des invités se poursuit anormalement. Il reste aussi le symbole imposant de la virilité auprès de la gente féminine. Il est chargé de communiquer la joie de fêtards en goguette, de commenter les résultats des élections et des matches en tous genres. Des utilités multiples qui ne font que déchaîner d’impétueux tintamarres. Tout cela bien sûr serait incomplet si j’omettais de rappeler qu’il est aussi l’instrument de la peur. Se faire craindre de cette personne âgée qui chemine sur le trottoir ou de la mère qui promène son enfant, se conjugue avec la peur du conducteur pressé qui préfère klaxonner plutôt que de ralentir quelque peu. Il est enfin le signe suprême de l’autorité. Il permet de demander, d’imposer, d’exiger le passage en force. A noter qu’en ce cas la « Klaxomanie » est un mal contagieux qui se transmet à toute une file de voiture coincée dans une rue par une livraison. Fantastique concert aussi dissonant qu’inutile quand on sait que le livreur accomplira sa tâche jusqu’au bout, sans coup férir de ces actions répétées qui assurent simplement l’exaspération de l’environnement. Reste encore un aspect non négligeable que celui de permettre à l’utilisateur de se « passer les nerfs » en abusant des nôtres. A tel point que le résultat final nous casse les oreilles et nuit à notre confort, sûrement même à notre santé morale, puisqu’il est des moments où l’on a envie de voler dans les plumes de ces malades du cor !
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