11.07.2008

La personnalité des anonymes

Du constructeur de cathédrales aux tisserands, en passant par les forgerons, les bijoutiers, ou les ébénistes, la multitude des hommes « à la tache » sur le fil des siècles restent anonymes. A travers l’histoire, ils demeurent dans l’ombre, sauf pour un cercle d’initiés.

Peu d’entre eux, quelques architectes, auteurs, maîtres ou compagnons concernés par la reconstitution historique qu’est la culture d’Etat vivent une résurrection médiatique tandis que la plupart des participants au labeur ont, pour toujours, enfoui leurs cendres dans l’œuvre accomplie. Peu importe que leurs signatures soient ou non gravées sur les pierres qu’ils ont polies. Globalement, ils restent tous des anonymes qui ont fait leur temps. Ils ont agi selon leurs moyens, subi leurs  rites, fait « œuvre de bien » selon qu’ils étaient talentueux, inspirés ou soucieux d’une participation à la perfection de la société.

Ces hommes d’hier qui accèdent post mortem à une certaine notoriété n’éprouvaient pas forcément,  à leur époque, cette ambition de reconnaissance sociale. Leurs actions étaient principalement tournées vers un monde intellectuellement riche mais géographiquement limité. La première révolution médiatique, l’imprimerie, développée à grande échelle, est venue modifier la donne : la connaissance se répand et n’a plus de frontières. Le tout début de la révolution mondialiste et Internet aidant, modifie de nouveau la situation et accentue le phénomène de  vedettariat créé par la radio et la télévision. Ce n’est plus la connaissance sans limite, mais « l’information » (dans son sens le moins neutre du terme) qui devient tout azimut. De plus, il semble bien qu’un petit groupe d’individus de par le monde veut, à tout prix,  laisser trace de son passage, sans attendre la  légitimation de leurs pairs. Ces gouverneurs de pensées, qui se prétendent artistes, intellectuels, philosophes, chercheurs, veulent être adulés par le plus grand nombre de leurs semblables. Rien ne semble assouvir leur soif d’être reconnus comme étant les plus grands hommes du siècle. Aveuglés par le péché d’orgueil, ils oublient leur condition précaire et leur pauvre existence, bornée par le présent.

Les anonymes d’aujourd’hui continuent  leur petit bonhomme de chemin et subissent le joug de ces « stars » qui, du haut de l’affiche conduisent « la masse ». Ce sont eux, par l’entremise de lobby puissants au service du dieu Money qui décident d’habiller, de faire travailler, ou d’amuser ce bon peuple. Pour ce faire ils font feu de tout bois. Ils utilisent même les hommes du passé pour « transmettre un message » sans hésiter parfois à nous culpabiliser. Ainsi, nous nous devons  de penser comme Rousseau, Voltaire ou Marx selon la météo du moment. Par ailleurs, les règles sont créées ou imposées sur « le modèle » de telle ou telle étoile de la mode, de la bêtise, de la chanson etc. Les forts en gueule, les chefs de file nous en donnent l’ordre. Bien entendu,  tout cela est formulé dans notre intérêt. De plus, les hommes, dont certains dans l’ombre,  qui disposent de ce pouvoir illusoire mettent en place des  mécanismes sophistiqués de vérification concernant tous nos agissements. Et ce, pour que nous soyons toujours plus près de leurs bottes. Bientôt, la puce de notre unique « carte de vie »  contiendra  toutes informations utiles qui permettront aux dirigeants, tant sur le plan économique que politique, de connaître nos choix, nos envies, nos besoins. Un monde segmenté nous attend. Tout sera réglé, organisé et planifié  par avance, non plus pour le bien des citoyens, mais pour le bonheur précaire « des unités de consommation ».

En réalité, cette spirale infernale peut prendre fin : Chacun d’entre nous a un rôle déterminant à jouer au sein des rouages sociaux. Ce sont nos gestes, nos actions quotidiennes, qui permettent la réussite des « déterministes ». C’est par notre personnalité, notre espérance et notre foi en l’existence que seront troublées les statistiques et les résultats des sondages. Les consommateurs et les électeurs demeureront des individus à part entière, s’ils ne perdent pas leur âme dans de simples  imitations ou singeries montées en épingle par ceux qui se croient « les grands de ce monde ». A ce stade, une prise de conscience, un respect de soi et de son environnement immédiat, seront à l’origine d’une profonde  « personnalité nouvelle» qui s’opposera à cette culture de la « dépersonnalisation » que l’on veut nous inculquer en force.

21.06.2008

Un vieux Pège

Que le danger soit imaginaire ou réel, le résultat est le même : Elle nous enveloppe, nous étreint, nous tétanise. Elle est présente dés notre plus jeune âge et prend des dénominations différentes selon l’événement concerné.

La peur, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est une réaction humaine ou animale légitime, face à une menace. Certes, elle peut servir d’alarme, mais reconnaissons que très souvent elle entraîne l’affolement voire dans certains cas la panique. Elle est la compagne de l’inquiétude et de l’angoisse. Lorsqu’une peur nous colle à la peau, nos réponses habituelles – ou logiques – sont guidées par une espèce de force intérieure qui se met en marche et que rien n’arrête puisqu’elle est irraisonnée. Plus exactement elle va chercher ses raisons, ses sources, ses motivations dans la partie invisible de l’iceberg que nous promenons tous sans y penser. C’est là, enfouies au plus profond de nous même, dans cet inconscient qui guide nos vieux réflexes amibiens que se retrouvent nos peurs, anxiétés et phobies. La peur du noir, dès notre plus tendre enfance et toutes les autres craintes rencontrées au long de notre vie, sans omettre celle qui concerne notre dernier soupir, sont blotties les unes contre les autres et restent en éveil pour immédiatement prendre le dessus à la moindre alerte Nous avons peur de ce que nous ne connaissons pas. Nous avons peur de ce qui est nouveau. Nous avons peur des conséquences qui suivront tel ou tel événement. Elle donne naissance à cette appréhension devant l’épreuve et peut aller au-delà de notre volonté. Elle demande d’être à tout moment surmontée pour permettre la réalisation de ces actions qui imposent notre hardiesse. C’est peut-être ce qui a fait dire à Victor Hugo : « Il fallait qu’il eût bien peur pour avoir tant de courage. ».

Très souvent – et heureusement – nous sommes envahis par une peur bleue qui nous rend vert et qui se résume par cette phrase populaire et significative « Plus de peur que de mal » Cela est tellement vrai qu’il il nous arrive de dire, l’événement passé « « mais pourquoi, diable ai-je agi ainsi ? » Rare sont ceux qui avoueront que c’est la peur qui a troublé le propos, l’action ou la décision. Parce qu’il faut bien admettre que, reconnaître avoir eu la trouille, les jetons ou les chocottes semble en parfaite discordance avec la notion de l’humain accompli, de l’adulte responsable, de l’individu socialement établi dans un système équilibré, stable et paisible. Certes, la peur permet d’éviter bien des attitudes agressives ou regrettables en société mais elle est intervient aussi en « mauvaise conseillère ». A cet égard, elle est un ingrédient fondamental de la « non communication » entre les Hommes. Elle est alors un obstacle à la réalisation d’un projet, d’une ambition, d’une modification ou d’un changement. Elle peut être à l’origine de ravages dans l’entreprise, en politique, et de toute façon dans les rapports entre les hommes. C’est parce que la peur est ancestrale et se perd dans la nuit des temps, qu’elle peut se transformer en un moteur social. C’est au mépris de la peur que les Hommes ont finalement vaincu, avec intelligence et raison, les lions et les ours. Au cours des temps, les hommes se sont dit que la peur n’empêchait pas le danger et qu’il fallait être le plus fort. Qu’en est-il aujourd’hui ? Un certain nombre d’individus de par le monde ont décidé – et ils semblent qu’ils aient réussis dans de multiples circonstances – de se servir de cet outil pour guider nos pas, en nous faisant peur. Les exemples sont légions et habitent nos média quotidiennement : La peur de manquer pour doper la consommation. N’avez-vous pas remarqué que, dans de nombreux domaines, la pénurie est à notre porte ? Vous l’avez entendu il n’y a pas longtemps, il faut absolument stocker du sucre… puisque dans d’autres pays cela se fait déjà ! Les matières premières sont au plus haut cours…On n’aura bientôt plus de blé. La catastrophe est pour demain. La crainte de l’apocalypse justifie la protection écologique, au point que l’on entend quelquefois dans les églises, en guise d’intention de prière : « Pardon pour la pollution des hommes ! » Et pourquoi pas, tant qu’on y est, pardon de vivre ? La peur ne pas être politiquement correct, c'est-à-dire la peur de penser et d’agir autrement que les autres qui eux sont conformes aux modèles entendus à la radio et vus à la télé… Et la peur d’être homophobe ? Cela va m’amener à consulter un psychothérapeute, puisqu’il peut m’arriver de plus savoir m’exprimer à ce sujet. Sans compter la peur d’être malade ou de ne pas être à la mode…

Une vraie machine de guerre est en place. Elle est au service de ceux qui dirigent les peurs avec l’ambition de nous prendre par la main pour nous amener dans le chemin de leur vérité et de leur profit. A chacun d’entre nous de réagir et d’éviter de répondre aux craintes déjà redoutées par Cro-Magnon : Ne pas tomber dans le piège dressé par des congénères. A ce moment là, ils se battaient, comme aujourd’hui, pour survivre. Les plus malins installaient des pièges pour faire peur aux uns et se débarrasser des autres…