13.05.2009

Alarmistes et manipulés

De longue date, les grands déballages judicaires exaltent, les foules et les médias.

De l’affaire « Calas » au « j’accuse » de Zola les témoins jalonnent l’histoire des pamphlétaires et des journaux. Mais c’est depuis l’affaire de Bruay en Artois et la révélation des méandres de l’instruction du juge Pascal, que les gazetiers s’en donnent à cœur joie. Ils retiennent en haleine un public de plus en plus demandeur de détails, d’élucubrations ou de prédictions journalistiques. Certaines affaires s’étiolent dans le temps et les plus friands des affionados en perdent le fil. Il en fut ainsi dans l’affaire Elf par exemple. Plus tard, Papon a redonné un grand coup de brillantine aux thèmes vengeurs, historiques et à rebondissements. Récemment l’affaire dite «d’Outreau » a également revitalisé la matière. A noter que, par principe, le sujet ne doit pas être trop technique. Par ailleurs il est impératif que parallèlement un suspens malsain participe à la fête. Les récents procès de Toulouse viennent d’apporter la preuve de ces exigences. Tandis que le procès AZF s’est enlisé dans des batailles d’experts qui n’intéressent plus grand monde, la mise en accusation de Jacques Viguier a rameuté la foule des grands jours. Du pain béni pour les chroniqueurs que de pouvoir gloser sur un professeur de droit accusé sans preuve du meurtre de son épouse, Tout cela sans préjudice du malheur des victimes d’AZF, de la pudeur et de la douleur d’un père de famille ou de la souffrance d’enfants qui prendront fait et cause pour celui qui en définitive, sera acquitté. Heureusement que pour répondre aux nécessités du spectacle de nouveaux procès se profilent en appel. Cela étant, le fait judiciaire a ses limites et ne peut intéresser au mieux que ceux que l’on peut, par des écritures partisanes, rendre intentionnellement méchants, avides de vengeance ou de sang selon les circonstances ou des prises de positions nébuleuses. Finalement, pour la grande presse, le thème reste local.

Or les « grands reporters » souhaitent toucher affectivement le plus grand nombre d’entre nous : Un gros lot est attribué aux champions « des nouvelles » qui déchaîneront le monde entier. Les sports, apportent de l’eau au moulin des compétiteurs Cela étant, mis à part quelques incidents majeurs, une fraude cycliste, un mort de temps en temps, un peu de cocaïne par ci par là, les sports ne passionnent que les passionnés. Finalement les disciplines du sport apparaissent bien insuffisantes aux broyeurs de dépêches.

En dehors de quelques opportunités, tels les attentats du 11 septembre 2001 ou le tsunami de décembre 2005, il est nécessaire de trouver, entre temps, les solutions les mieux adaptées au marché quotidien des « bulletins d’informations ». Le sang contaminé par exemple avait, à l’époque, fait l’affaire. Mais cela ne dure qu’un temps. Certes on avait eu de quoi faire pleurer dans les chaumières - plaindre les victimes, aujourd’hui en pleine désuétude - mais cela n’est rien en comparaison de l’émotion que peuvent faire naître des dossiers à résonance mondiale. La vache folle, la tremblante du mouton, la grippe aviaire, voilà de l’info et utile au bon peuple qui a besoin de savoir. Tant pis pour les milliers de petits éleveurs qui à l’occasion de cette grande flambée médiatique perdaient tout leur capital sur l’autel des gros tirages ou de l’audimat. Tous ces événements sont régulièrement entrecoupés de mini cataclysmes ou de constats désastreux. Très à la mode actuellement les patrons voyous (pourquoi parler des bons puisque seuls les pourris sont intéressants) La disparition prochaine des abeilles ou l’introduction des OGM sont des sujets directement liés à l’écologie qui, comme tout le monde le sait, est un thème porteur. Du solaire à l’éolienne en passant par le tri sélectif des déchets, tout ce qui est vert nourrit les oiseaux de mauvais augures qui ne manquent pas de nous rappeler que la Planète est en danger. Finalement, et c’est là l’essentiel, leurs contraintes et mises en garde sont proférées à grands coups de peurs mondiales.

Il semble que certains journalistes ne se contentent plus de leur statut et se croient obligés de se transformer en « alarmistes professionnels ». Et comme les pouvoirs publics de la plupart des pays ne veulent pas être en reste et craignent de ne pas être suffisamment prévoyants, bonne suite est donnée à un certain nombre de prophéties vaseuses : Une pandémie nous guette, c’est demain, vous verrez… Dés lors, des machines de guerre démesurées sont mises en place pour le plus grand profit de quelques grandes industries ou services qui se frottent les mains. Ceux là, agitent assidûment des pantins craintifs qui en rajoutent une couche tous les jours sans se préoccuper de la réalité. Combien de millions de masques et de vaccins anti-grippe fabriqués et vendus depuis quelques semaines grâce aux chevaliers de l’Apocalypse ? Quel Etat envisagerait aujourd’hui de laisser des passagers prendre l’avion sans passer par les filtres anti-terroristes, qui occupent de plus en plus de salariés spécialisés ? Quel Directeur de musée prendrait le risque de laisser des visiteurs entrer dans les lieux avec des parapluies, des objets pointus ou des bouteilles ? Finalement, à quelque chose près, malheur est bon.

Cela étant à force de crier « au loup » les pourfendeurs du catastrophisme imminent pourraient voir rapidement le piège se refermer sur eux-mêmes : le paysage médiatique est déjà en cours de mutation. Finalement, c’est – peut-être – une bonne chose.

13.04.2009

L'illusion

Actuellement, la saison aidant, toute femme se doit de porter des bottes.

Celles-ci fleurissent dans les vitrines des chausseurs où, « en bottes serrées » elles attendent, posées sur leur tige, un prochain pied à enfermer et un mollet à séquestrer. Hautes, basses, montantes, avec ou sans lacet, telle l’écume sans cesse renouvelée, une vague déverse dans nos rues des bottillons, des bottines, brodequins, voire même des cuissardes. A la sortie d’une bouche de métro, en remontant un escalier, en baissant votre regard, vous apercevez tel un long ruban noir, une horde gainée, dont seuls des bouts pointus ou quelques boucles perdues tentent de créer une différence dans l’uniforme. Elles s’adaptent à toutes les tenues, jeans, jupes, voire même en soirée. Et, pour « faire très tendance », elles se portent avec des shorts ou des « pantacourts ». Il faut dire, comme me l’a signalé ma voisine, que « vu le prix que j‘y ai mis, il faut absolument qu’on les voit ! ». Le phénomène est symptomatique. La mode ne peut être seule en cause. Et, s’il s’agissait d’un symbole ? Ce n’est là qu’une suggestion « un coup de pied à la lune » proposé bien sûr, au débotté.

Pour les besoins de la cause il conviendra de chausser « des bottes de sept lieues » celles-là même qui permettent de traverser l’histoire à grandes enjambées en partant des Romains qui ne connaissaient pas ce type de chaussure - telle que nous le voyons aujourd’hui - pour nous retrouver sur les champs d’honneur, à l’endroit même où « y laisser ses bottes » voulait dire - à la fin du XVl ème siècle - « y être tué ». Tout comme un siècle plus tard, l’expression « graisser ses bottes » visait à se préparer à partir ou à mourir. C’est finalement au vocabulaire du manège que nous devons le fameux « serrer la botte » ou « aller à la botte » qui dériva rapidement vers la formule triviale qui, au figuré, consiste à « lécher les bottes » d’un tiers. Une position qui, quelque part, place l’intervenant « sous la botte ou à la botte » du dominateur. On comprend très bien que l’oppressé ait jugé rapidement la situation intenable et qu’il en ait eu rapidement « plein les bottes ». Il n’est pas question de fermer ce petit glossaire sans évoquer « la botte secrète » du duelliste, attaque imparable qui laisse à terre l’adversaire pris au dépourvu par une manière particulière de porter un coup d’épée. Militaire, cavalier, bretteur ou ferrailleur, ce chaussant était avant tout l’apanage de l’homme, qui devait par principe et par éducation « se tenir droit dans ses bottes ».

Depuis quelques décennies - et plus spécialement cette année - les femmes se sont emparées de l’accessoire laissant tomber « le chapeau melon pour les bottes de cuir » ! Femmes conquérantes ? Sans doute et tant mieux. Quels hommes se plaindraient de nos jours - en nos contrées surtout - de ce partage des tâches, des plus subalternes ou plus hautes fonctions, entre les hommes et les femmes ? Non, la question n’est pas là. Elle se résume dans l’illusion que peut donner une apparence. L’illusion tient de la fausse croyance, d’une opinion erronée. C’est elle qui abuse l’esprit par son caractère séduisant. Les chimères, les mirages et les visions sont attachés à l’illusion. Ce ne sont pas les bottes qui permettent aux femmes de se comporter comme des hommes.

Ce ne sont pas les promesses désabusées, les mots inutiles, les formules banales ou standardisées qui déterminent les qualités d’un individu ou qui lui donnent le droit d’être pris en considération. L’illusion se confond avec l’art de la prestidigitation qui navigue de conserve avec les artifices et les trucages. La compétence, l’aptitude, la connaissance d’une matière ne relèvent pas du sexe. Ainsi, celle qui s’égare sur des chemins de traverses illusoires pour le pays, ne doit pas être mieux appréciée sous le simple prétexte de son appartenance à la gente féminine.

« L’habit ne fait pas le moine », disaient avec sagesse, les anciens qui ne s’attachaient pas plus aux chausses qu’aux corsages sauf à « proposer la botte » à une coquette. Mais cela est une autre histoire qui se conjugue aujourd’hui par un simple « elle me botte bien ». Un sujet bien éloigné de la politique, n’est-ce pas ?

06.04.2009

Ca commence par la tête

Le sujet pourrait sembler arriver comme un cheveu sur la soupe.

En réalité il est directement lié à ce mal qui répand la terreur : la crise est dans la rue. Un marqueur social en témoigne quotidiennement. Il concerne le haut qui semble actuellement, au plus bas, tant à Paris qu’en régions. La moto et son casque, les autres deux roues, et la vie au grand air en sont la cause. Quelles que soient les raisons, la coiffure de nos contemporains laisse à désirer. N’allez pas croire pour autant que je veux absolument couper les cheveux en quatre ou que pour me justifier j’irais tirer une histoire par les cheveux.

N’en déplaise aux égalitaristes outranciers, il faudra pour faire le point sur les têtes, distinguer selon l’âge, l’origine ethnique, le sexe. Les africains ou les afro-américains ont une implantation de chevelure et une façon de se coiffer qui est propre à leurs pays et sur laquelle nous ne prendrons pas position, sauf à constater que la jeune génération de nos contrées cherche régulièrement et, sans que le résultat soit concluant, à les imiter. A la gente féminine européenne on devrait pouvoir attribuer une prime de coquetterie, d’autant que, les jeunes filles en sont gardiennes. , par nature. Elles sont sensées savoir harmoniser leur coiffure et leur habillement. Au final, cela donne une superposition de tricots de différentes couleurs qui se termine souvent par un invraisemblable imbroglio de vrilles qui leur sert de chevelure. A ce niveau, Il y a du pétard dans l’air. Une incroyable bataille se déroule entre les courts et les longs qui veulent avoir le dessus tandis que les moins bien lotis finissent dans le cou.

Les femmes plus âgées font des efforts particuliers mais dés que le chignon est mal formé, pour des raisons de commodité ou de rapidité, le spectacle ne mérite pas un détour. Surtout, si pour se faire remarquer ou répondre à une envie, une blonde par exemple vient enserrer ce qui voudrait être un chignon par un chouchou ou un élastique sur le dessus de la tête. En fonction de l’âge cela ressemble, pour les jeunes, à un petit balai et plus tard - à partir de la quarantaine - cela fait penser à un ananas mal formé. Il est aussi les brunes, qui se voudraient amazones, aux cheveux longs ou mi-longs, qui vous servent le tout, en vrac, les cheveux épais et mal coupés pour lesquels, au moindre zéphyr, la crinière s’embrouille par devant le visage et laisse le reste de la chevelure dans le flou tandis qu’à l’arrière se remarquent des pointes qui rebiquent en fourche.

Et puis bien sûr, il y a tout ce qui concerne la couleur, le clou, le sujet clé, la préoccupation de toutes celles qui veulent être différentes de ce qu’elles sont. Celles qui, pour effacer les affres du temps préfèrent le platine au blanc, seront citées pour mémoire. C’est uniforme, sobre et chic parait-il. A l’opposé, et cela varie encore avec l’âge, certaines sont tombées dans la palette du coloriste. La mèche blondasse ou bleue côtoie la rouge et la mauve sur fond noir. Il y a aussi la chevelure baguette de tambour, la « gravure de mode » et les cheveux en brosse pour se donner un air mâle. Dans certains cas, c’est vrai on est très mal même en regardant de loin. Mais pourquoi donc ne pas faire plus simple ?

Pour les mâles il y a à la fois la touffe en désordre, le soixantehuitard attardé et son catogan justifié par une queue de cheval qui ne peut cacher une calvitie galopante sur le haut du crâne. Et puis, bien sûr l’inexplicable boule à zéro, résultat des championnats mondiaux de la tondeuse. Est-ce par jalousie de la romantique beauté des chauves que le crane dégarni emporte à ce point la préférence ? Parce que ça coûte moins cher ou pour mieux se chercher des poux ? Il y a aussi l’iroqua dont la tignasse en pointe, bien collée est assortie d’un très joli cloutage nasal et d’un pendentif à l’oreille. Parmi les accessoires du coiffage masculin, impossible d’oublier la casquette qui, dés vingt ans, est vissée à vie sur la tête du type qui dort et se sustente sans la quitter. Certains prétendent qu’il copule avec, d’où, pour des raisons pratiques, la visière en arrière. Signe de d’appartenance sociale, la dernière publicité d’une grande encyclopédie présente Georges Washington tout emperruqué, sur laquelle est symboliquement apposée la casquette du nouveau président des Etats Unis. Complètement loufoque. Ce couvre Chef utilitaire, présent la nuit dans les restaurants et les églises, permet de simplifier la coiffure. Ce qui est illusoire puisque dépasse sur la nuque une série de boucles qui appellent un shampoing. A noter que le jeunisme aidant la casquette prolifère désormais à tous âges pour la plus grande joie des fabricants chinois.

En d’autres temps on aurait pu dire : les gens ne « s’arrangent plus » ou il y a du « laisser aller » dans l’air. C’est un état d’esprit qui concerne notre moral, c'est-à-dire celui qui chaque jour fait que nous nous sommes « bien dans notre tête » même et surtout… en temps de crise. Faut-il rappeler que tout commence par le respect de soi-même et des autres ? Tout commence « dans la tête et « par la tête qu’on se fait » et… qu’on présente aux autres.

27.03.2009

L'engagement

Convaincus que certains d’entre vous vont grincer des dents – voire plus – je serai, pour une fois, prudent dans la façon d’aborder mon propos.

Le sujet est, il est vrai, délicat et pourrait dissimuler de mauvaises intentions. C’est « l’engagement », dans ce qu’il a de plus noble qui est en cause.

Nous laisserons de côté tout ce qui concerne « l’engagement en nombre » qui a laissé dans l’histoire des traces sombres et rouges. Ces « engagés » de tout poil et de toutes les époques, y compris les fomenteurs de révolution, sont simplement agités par des illusionnistes. Au mieux il s’agit de « révoltés » contre les systèmes en place. Ils sont, selon les événements, qualifiés d’insurgés, de rebelles ou d’insoumis. Trop d’entre eux s’en sortent aujourd’hui avec des honneurs injustifiés tant pour leur vaillance que pour leur valeur et l’on parle même, à tort, de leur « engagement ». Il s’agit d’une imposture car l’engagement, l’exemplarité, les agissements louables sont confondus avec une prise de position politique. Suivez mon regard et vous apercevrez un homme anormalement vénéré avec une étoile sur un béret. Au point que les fanatiques - et ceux qui portent son tee-shirt sans connaître le sens de ses actes – oublient ou font fi des milliers de morts qui se trouvent dans son sillage. Pour que la situation soit claire, sachez que je vise tous ceux qui imaginent que pour agir « juste » il faut « penser autrement » c'est-à-dire épouser les promesses de « révoltés » qui abusent de leurs engagements pour berner le plus grand nombre d’individus.

L’engagement qui peut être assimilé à un embrigadement doit également être considéré dans son contexte. C’est un engagement qui obéit à des règles qui visent à respecter un ordre établi. Les militaires par exemple sont engagés dans ce processus et se doivent de respecter les engagements prévus par l’armée. Leurs motivations sont spécifiques. Il en est ainsi de tous ordres et, de manière générale, de ceux qui acceptent de respecter une organisation qui édicte ses préceptes. Ces engagements sont à la fois individuels et collectifs.

Il appartient à la communauté, extérieure aux engagements de ces groupes sociaux, d’éviter leurs prépondérances. L’histoire, et plus particulièrement la première moitié du XXième siècle, a montré à l’humanité toute entière la nocivité et les déviances de ces groupes trop forts, imbus de leurs engagements.

L’engagement qui nous intéresse est celui qui est ancré au plus profond de chacun d’entre nous. Il est associé au respect, de soi et des autres. Il n’y a pas d’engagement plus important que celui qui fait de nous un individu sociabilisé, c'est-à-dire conscient de son rôle, de sa mission et j’oserais dire - l’expression était compréhensible et usitée il y a peu de temps – de son devoir. L’engagement est corrélatif aux obligations que nous nous devons les uns aux autres. Les parents aux enfants, les élèves aux maîtres – pardon aux professeurs des écoles – les valides aux malades, les plus aisés aux plus démunis. J’ai entendu dire que les élèves recommençaient à se lever à l’entrée du professeur dans la classe…

Du bluff, un rêve, de la démagogie que ces affirmations ? Pas du tout. Je crois vraiment que les hommes de nos régions sont encore pétris de cette pâte, qui fait d’eux des individus respectés et respectueux de leurs engagements. Pas assez, selon les plus pessimistes ou les plus exigeants. N’exagérons rien à l’égard du désordre des engagements. Le plus grand nombre d’entre nous, même si individuellement chacun n’en a pas complètement conscience, fait « vivre » ses engagements. « Ce n’est pas facile tous les jours » vous diront la plupart des hommes et des femmes de bonne volonté, « mais on tient bon ». L’exemplarité de l’engagement joue à plein. C'est-à-dire que les enfants ne font pas n’importe quoi, n’ont pas droit à tout et que le comportement des parents reste bien souvent exemplaire. Bien sûr, il y a des tiraillements et parfois des déraillements dans les engagements mais tout finit par rentrer dans l’ordre. Et puis « que celui n’a jamais péché lui jette la première pierre » disent les écritures sacrées.

Cela étant, reconnaissons, avec humilité, que nos engagements personnels ne sont pas toujours faciles à tenir dans une société qui donne le sentiment de la permissivité la plus totale. Comment tenir ses engagements alors que le voisin semble heureux, mordre dans la vie à pleine dents, tout en ayant un comportement à l’égard de sa femme et de ses enfants qui laisse à désirer ? Ce sont les serments intérieurs qui « font vivre » les sarments de tout un chacun, arbre de vie.

Un de mes amis, espiègle c’est vrai, m’a demandé si j’étais vraiment sérieux ou s’il s’agissait d’une plaisanterie que d’évoquer encore le serment fait à soi-même comme étant le ciment de ses engagements.

C’est vieux comme le monde lui ai-je dit, puisque le premier homme qui a eu la volonté d’aller jusqu’au bout de son observation personnelle a pu faire profiter de son expérience ceux qui lui ont succédé en société. D’accord me dit-il mais qu’est-il arrivé à ceux qui ne se sont pas comportés de la sorte ? Ils subirent – et subiront dans le temps – la destinée réservée aux mauvais sarments, ils seront émondés.

16.03.2009

Apprendre les modes d’emploi

Prendre conscience du temps qui s’écoule pour réaliser un acte, quel qu’il soit, tout comme savoir que la vie est bornée par la naissance et la mort, distingue l’homme de l’animal. Après une longue période dédiée à l’observation des astres et des étoiles, les individus se sont évertués à mesurer le temps.

De la pendule à eau, aux montres électroniques, en passant par les cadrans solaires, l’objectif est resté le même : Dater l’événement puis attribuer une valeur virtuelle aux agissements des uns ou des autres dans des circonstances déterminées. Dans cet esprit le temps accordé au travail, aux loisirs ou à la pratique de sa religion, fut évalué depuis quelques siècles. Nous sommes amenés à constater l’accélération du phénomène depuis ces dernières décennies. C’est fou ce que l’on peut faire en quelques secondes. Que dis-je, en quelques dizaines, centaines ou millièmes de secondes. On peut désormais être le plus fort, le meilleur, le plus grand de tous les temps. Jusqu’au meilleur temps suivant ! L’Américan cup qui se déroule sur plusieurs  semaines a été gagnée à une seconde près par l’équipe Suisse. Bravo ! Cela étant, l’écart en question donne le vertige. C’est le temps qui donne toute sa valeur aux faits. De même le temps de travail suivi d’un temps de repos à été aménagé, contracté, adapté à la nécessité de gagner contre la montre. La machine industrielle compte la sortie des pièces à la seconde. Le coût est traité à la minute. Le temps du travail humain se doit d’être le plus court possible pour permettre d’accéder rapidement à un temps de loisirs qui doit être de plus en plus long. Force est de constater que ce temps là est également découpé en plages courtes pour accéder au maximum d’activités. La messe du dimanche n’échappe pas au mécanisme. Une heure d’horloge fait l’affaire dans toutes les églises du monde. Nous sommes loin des envolées de Bossuet qui ne comptait pas son temps, ni celui de ses ouailles ! Toute l’organisation sociale tend à donner plus d’importance au temps plutôt qu’à l’événement. Les constructeurs de matériels et ceux qui mettent en place des mécanismes de communication semblent constamment motivés par une volonté d’optimisation du temps. Est-ce que cela  rend  la vie quotidienne plus agréable, plus simple ou plus facile ?

Prenons des exemples au hasard : Il fut un temps où pour téléphoner il suffisait de savoir se servir du combiné. Aujourd’hui, il faut d’abord apprendre à « monter » le poste présenté dans son coffret. Ouvrir la boîte demande déjà l’usage d’un mode d’emploi ! Il faut ensuite comprendre les différentes fonctionnalités offertes. Grâce au mémento (qui est parfois en anglais) vous saurez écouter les messages laissés en votre absence, les lire à distance, rappeler un interlocuteur occupé au moment où il est appelé, connaître ou non le numéro de l’appelant, mettre en mémoire votre répertoire. (A cet endroit là vous devrez lire au moins deux fois le fameux guide de l’utilisateur). Tous les différents choix proposés visent à favoriser l’utilisation de « temps morts ». C'est-à-dire qu’ils vous  incitent  à un gain de temps afin de faire autre chose que de « perdre du temps ». A noter que ce schéma classique de téléphonie est déjà obsolète. Le téléphone portable accomplit bien plus d’opérations que ce combiné de domicile et, outre la communication il est possible d’accéder aux e-mails, à la télévision et de manière banale à la photographie. A condition d’avoir une notion de fonctionnement du « matos ». Bien sûr les photos ne seront  pas de la qualité que vous pourriez obtenir avec un numérique. Sauf que pour le numérique en question il faudra bientôt suivre plusieurs jours de cours intensifs.  Il est vrai qu’à l’issue de la formation vous aurez la possibilité de modifier vos prises de vues sur votre ordinateur. Ce dernier vous permet d’ailleurs d’être en relation avec le monde entier.  A condition que vous ayez un minimum de connaissances pour relever le défi d’un plantage ! Tout peut y passer. L’écoute de la musique sur un CD, la zapette de la télévision, l’automobile etc…  Nous sommes bien forcés d’observer que, très souvent, nous ne  pouvons plus faire face à des exigences techniques contraignantes et multiples qui, à l’origine, sont destinées à nous simplifier la vie voire même à nous faire profiter du temps qui passe… Est-ce une question de génération ? Pas sûr, car les jeunes qui sont nés et qui baignent apparemment avec l’évolution d’une certaine technologie sont vite dépassés puisque l’objectif constant est de gagner du  temps sur le temps. Pour qui ? Pourquoi ? Pour avoir le temps d’apprendre les modes d’emploi qui demain, seront démodés puisque la technologie aura encore « avancé » !

16.02.2009

Changer de lunettes

Il faut que je change mes yeux disent encore certaines grand-mères au moment de changer de lunettes pour voir, selon le besoin, de près ou de loin.

Nous venons de faire de même et finalement il y a lieu de remercier ces financiers de nous avoir ouvert les yeux. Depuis des années ils faisaient sous notre regard complice un commerce parait-il, virtuel. Ils vendaient et revendaient ce qu’ils avaient acquis la veille ou, même ce dont ils ne seraient acquéreurs que le lendemain. Tout cela sur du papier ou des lignes de code informatique. Ils n’avaient pas froid aux yeux et n’ont jamais hésité à nous en mettre plein la vue jusqu’au moment où ils se sont mis le doigt dans l’œil, à moins qu’ils n’aient eu les yeux plus gros que le ventre. Et nous pendant ce temps là, nous avions les yeux dans le dos, peut-être même les yeux bandés. Aujourd’hui, nous sommes dans l’œil du cyclone et il est à craindre qu’il ne nous reste plus, bientôt, que les yeux pour pleurer disent les pessimistes. A ceux là nous répondons par la négative, car nous avons en réserve cette vitalité qui forge notre existence depuis la nuit des temps.

Nos contraintes, nos obligations quotidiennes n’ont jamais vraiment intéressé certains banquiers qui préféraient la spéculation. Ils jetaient un regard compatissant sur ces milliers de petites entreprises qui faisaient tourner la machine. Ces petites entreprises qui, avec leurs obligations quotidiennes, leurs fins de mois difficiles, étaient selon eux, plutôt sources de soucis que de profits. Je m’en bats l’œil disaient, hier encore, ces financiers de la tourmente, qui ne nous ont jamais fait de l’œil. Toutes les multinationales de la finance ont laissé tourner de l’œil un grand nombre de ces petites « boites » qui ne les intéressaient pas. Et pourtant il y a fort à parier que ce sont les petites entreprises qui demain, de par le monde, vont relever le défi.

Cette fois, elles le feront sous les yeux neufs de ceux qui devront récompenser le mérite. Les banques de demain financeront une économie du solide et à ce titre soutiendront, n’en déplaise à certains, un monde capitaliste formé par des hommes et des femmes salariés ou entrepreneurs dont le travail quotidien sera pris en considération. L’avenir se doit d’être bâti sur du concret. C’est en cela que nous devons nous réjouir de voir sous nos yeux un monde artificiel se transformer en un monde réaliste. Car il y aura une « après crise » c'est-à-dire une ère neuve. C’est l’avenir qu’il faut envisager et arrêter de pleurer sur ces milliards en papier chiffon qui, sans aucun doute, auront couté les yeux de la tête à ceux qui ont joué et finalement laissé un œil dans une bataille où l’âme humaine était perdue de vue.

Ce sont ces entreprises à « taille humaine » qui feront naître une confiance nouvelle et ce d’autant que les gérants de ces sociétés, tout comme les travailleurs qui les composent, tiennent à leur outil de travail comme à la prunelle de leurs yeux. Ils savent qu’ils ne peuvent compter que sur eux et que le regard des autres est indispensable à la réussite de leurs ambitions. Ils ne se contentent pas d’hypothèses, de projets fumeux. Ils n’envisagent pas la vie en société autrement que par l’intelligence de leurs actions. Ils ne vivent pas sur la prévision de leurs avantages. C’est sur eux que repose une nouvelle société qui tiendra compte de cette mondialisation que découvre l’homme du XXI ème qui prend conscience à la fois de la concurrence et du nécessaire commerce qui doit exister entre tous les peuples de la Terre.

Au milieu de tout cela qu’en est-il du rôle des Etats ? C’est là, une grande inconnue. Il faut imaginer que les dirigeants seront tous, ou tout au moins pour la plupart arrivés à un âge de compréhension accompli pour agir en bon père de famille, à l’exemple de la France d’aujourd’hui ou rien n’échappe à la vigilance de nos gouvernants et plus particulièrement au premier d’entre eux qui, sans disposer d’une boule de cristal, fait tout pour prévoir un avenir plus serein en ne fermant les yeux sur rien. L’objectif à atteindre concerne les grands et les petits. Ils doivent se tenir à leur place, pour le bien de tous et ce sera très bien ainsi. Imaginer que nous revenons en arrière sur le rôle de l’Etat parce que celui-ci est plus participatif que prévu est incohérent. Le moins que l’on puisse dire c’est que dans l’intérêt collectif il doit disposer d’un droit de regard sur ce qui se fait. Les maux d’aujourd’hui sont ceux du présent et à ce titre sont traités comme tels et non comme ceux d’hier. Savoir si l’Etat se retirera plus tard des engagements qu’il prend actuellement, sous la pression des événements, relève de nouveau d’une spéculation intellectuelle.

Indéniablement – et c’est en cela aussi que nous allons vers une ère nouvelle – plus rien ne devrait se passer sans que l’Europe soit concernée en sa qualité de gardienne des bonnes mœurs économiques et financières. A tous ceux qui se demandent si c’est la bonne solution, il y a lieu de répondre : Avons-nous le choix ?

Reste que tout ne se passera pas sans accrocs. Peut-il en être autrement ? Toutes les grands-mères savent que pour repriser des déchirures il faut changer de lunettes si l’on veut voir de près. Changer de lunettes présente toujours des inconvénients.

27.11.2008

Le tu, bas de gamme

Le « tutoiement » se développe intensément entre les individus de toutes sortes. Quelles sont les raisons qui déterminent cet usage ? Quelles sont les conséquences psychologiques et sociales de son emploi ? Comment organiser de saines relations avec le « vous » et le « tu » sans tomber dans le piège de l’excessivité ?

C’est à partir du modèle de vie anglo-saxon que nous calquons la plupart de nos habitudes alimentaires, sociales et culturelles en faisant fi de nos coutumes. Dans cet esprit la langue d’outre manche ne prévoyant pas de vouvoiement, il n’est pas question de faire désuet ou ringard et de se fourvoyer par l’emploi d’un « vous » d’un autre âge. Parallèlement, la plupart des utilisateurs « mode in States » refusent l’existence de subtiles nuances linguistiques qui en disent autant, si ce n’est plus, que notre « vous ». Par ailleurs, certains se croient obligés d’adhérer à l’énorme acquis social né à la révolution, mère de toutes les égalités. C’est cette époque qui a autorisé de dire « tu » à tous citoyens, quelle que soit son origine sociale, ses titres ou distinctions, Balivernes que tout cela. Mais comment l’expliquer à tous ceux qui croient encore que le « tu » est synonyme d’égalité ? Reste que parmi les causes de ce tutoiement à tous les étages de la société, il y a cette apparente simplicité semble procurer son usage à ses adeptes. C’est plus rapide, plus frais, plus jeune.

Mis à part ceux qui font coïncider « milieu social » et « vouvoiement » constatons que le développement intensif du « tutoiement » est lié à la génération de 68. Celle là même qui était sur les barricades et qui aujourd’hui emploie « le vouvoiement » comme pour se distinguer de ces jeunes blancs becs aux ambitions politiques insatiables ? Dés lors, « le vouvoiement » est-il une histoire de génération ou de vieux ? Notre exemple est là pour témoigner qu’il faut bien, selon la formule consacrée, que « jeunesse se passe » pour remarquer corrélativement que le temps aide au développement d’un certain respect envers ceux qui nous entourent. Celui-ci passe par l’usage du vouvoiement. Prendre un tel recul sur la situation éviterait à cette jeune stagiaire de se sentir « gauche » parce qu’elle vouvoie tous ses collègues de bureau en arrivant dans l’entreprise. Attitude qui ferait également obstacle à ce chef de service au jugement quelque peu expéditif envers cette jeune stagiaire , qui n’est pas « intégrée » puisqu’elle ne tutoie personne ! Ainsi, on ne peut que donner raison aux tenants du vouvoiement, comme principe d’éducation et de formation. Particulièrement sur le plan scolaire. Comment prévoir, comme l’a promis le candidat à la Présidence de la République , que les élèves se lèvent, lorsque le professeur entre dans la classe si la distinction n’est pas clairement établie entre le « tu » qui appartient au cercle d’intimité et le « vous » qui marque l’autorité et la considération mutuelle ? Il est indéniable que les nuances de notre langue permettent d’envoyer immédiatement le signe de l’attention respective et de l’estime que se doivent ceux qui évoluent dans un même univers. La déférence née du vouvoiement ne peut se confondre avec un signe d’inégalité entre les individus. Bien au contraire : Réserver l’emploi du « vouvoiement » à une caste, c’est reconnaître l’autorité de ce groupe d’individus sur les autres. Les tenants du « vous » dit avec condescendance le savent bien et vous le font sentir en insistant sur l’emploi du pronom. N’est-ce pas également le cas de ces enfants dans les familles recomposées ou le vouvoiement est volontairement employé à l’égard de la belle-mère ou du beau père ? Cela permet à l’enfant de « marquer ses repères » dit à ce sujet, le sociologue J. Le Goff.

Laissons le tutoiement à la promiscuité ou tout au moins à ceux qui se sont mutuellement autorisés à employer cette forme de communication. Est-ce toujours le cas du policier vis-à-vis du délinquant présumé ? Que penser également de l’attitude de certains médecins en milieu hospitalier qui tutoient leurs patients ? Que dire de ce tutoiement employé sans vergogne envers les étrangers ? La nocivité tient dans la systématisation du tutoiement. Il doit être « réservé » et « adapté » aux circonstances et ne pas être banalisé. Il faut en finir avec le tu, « bas de gamme » et le valoriser au contraire, en l’employant à bon escient, chaque fois que de besoin ou que les circonstances l’imposent dans une fréquentation. Avec Dieu, par exemple.

25.11.2008

Le pied, c’est le pied

A la différence du bambin qui découvre progressivement que pour avancer il faut mettre un pied devant l’autre, nous adultes, nous ne prêtons plus attention à cette démarche qui est pourtant fondamentale. Certes, me direz-vous la tête est aussi importante et il vaut mieux, à première vue, perdre pied que perdre la tête. En réalité tout est lié. L’une ne peut  aller nulle part sans que l’autre suive. Et pourtant on garde la tête sur les épaules sans toujours trop savoir où l’on met les pieds. A cet égard le pied prend toute son importance. On peut mettre les pieds un peu partout en ayant la tête ailleurs. Ainsi, nos pieds marquent la différence puisqu’ils laissent une empreinte, la trace de notre passage, y compris quand on la tête dans les étoiles. C’est un pied devant l’autre que l’on avance dans le long cheminement de la vie. Sauf pour ceux qui marchent en mettant les deux pieds dans le même sabot. C’est semble-t-il, ce qu’ont fait un grand nombre d’électeurs, lors des dernières élections municipales. Sans vouloir mettre les pieds dans le plat, ils ont laissé sécher sur pied des édiles qui durant leur mandat, avaient souvent fait des pieds et des mains pour valoriser leur ville. C’est dommage de les avoir ainsi remerciés par un simple « c’est bien fait pour leurs pieds » voire par un « ça leur fera les pieds ». Attitude d’autant plus regrettable qu’un certains nombre de sortants avaient encore bon pied, bon œil pour continuer leurs missions. Certes, un certain nombre de ces élus avaient les pieds au chaud. Mais était-ce une raison suffisante pour avoir organisé cette grande mise à pieds ?

Il faut dire que les candidats-maires des grandes villes, aujourd’hui élus, se sont engagés d’un même pas ou si vous préférez sont partis d’un même pied – le gauche –en battant la campagne pied à pied. Ils nous ont montré qu’avant d’être des hommes de tête, ils étaient avant tout des hommes de pieds. Elus, ces maires, tout comme leurs prédécesseurs, s’enfermeront dans leurs bureaux sans que l’on ne les voit plus jamais déambuler comme ils l’ont fait sur les marchés et autres lieux publics. Ils se sont tapés moult marches à pied avant de rouler en voiture – avec chauffeur –  tout le reste de leur mandat. Remarquons que lors de leurs randonnées pédestres ils ont pratiqué le croche-pied, une grande spécialité des pieds nickelés. Certains n’ont pas hésité – en tous cas on a vu des candidats verts le faire – à couper l’herbe sous le pied de ceux qui, sans vergogne étaient prêts à lever le pied avec  des partisans qui, au pied levé,  se  disaient de leur côté. Dans le même, esprit d’autres marchaient sur les pieds de ceux qui étaient perchés sur un pied,  ou qui  faisaient le pied  de grue.

Est-ce à dire que les autres candidats, ceux qui n’ont pas pu retomber sur leurs pieds, étaient tous des candidats aux petits pieds ? Sûrement pas. Peut-on imaginer que ces candidats malheureux n’étaient pas sur  un pied d’égalité avec leurs rivaux ?  Les battus, on le sait maintenant, n’ont pas toujours su sur quel pied  danser face à leurs électeurs. Parmi eux ils y avaient ceux qu’ils connaissaient bien comme les gens de pieds, les pieds noirs ou les pieds plats et les pieds bauds mais, ils ne se sont pas assez méfiés des pieds de biche. Pire encore, ils n’ont pas vu que d’autres candidats étaient habillés de pied en cap, en pied de poule.

Quoi qu’il en soit ceux d’hier sont descendus de leur piédestal pour toucher du pied le fond et laisser ainsi les nouveaux élus prendre leurs pieds. Car c’est bien de cela qu’il s’agit finalement. Mais, les réjouissances d’adoubement achevées les nouveaux élus seront bien obligés de se jeter aux pieds de ces électeurs versatiles qui ne manqueront pas de leur casser les pieds avec leurs demandes répétées. Ces quémandeurs de tous ordres qui estimeront avoir mis le pied à l’étrier de leurs élus formuleront des exigences de plus en plus contraignantes.. C’est à ce moment que « ceux d’avant »  leur diront que c’est au pied de l’arbre que l’on juge la cognée et que malgré leurs efforts de rester pieds et poings liés à leur fauteuil, ils se verront, un jour ou l’autre, mettre un coup pied aux fesses. Ils le savent eux les battus d’hier, que pour un élu ce n’est pas toujours le pied.

21.11.2008

Un grand chapeau

La nouveauté de la saison à venir tient dans un chapeau. Celui-ci semble revenir en force, si l’on en juge par les récents défilés de mode qui lui donnent une place prépondérante.

Les modistes peuvent se réjouir tout comme les marchands de petits papiers. Il y a en effet une parfaite corrélation entre le renouveau du couvre-chef et le tirage au sort. Désormais la vérité, l’égalité, la paix entre les hommes sortiront d’un chapeau. Pourquoi ne pas imaginer que prochainement sur la place de nos bourgades un groupe d’individus s’arrêtera subitement tandis que l’un se décoiffant, offrira telle une aumônière, son chapeau pour recueillir les votes favorables à une décision juste ? Qu’il sera beau, ce temps de la démocratie représentative, en tout, pour tous et partout ! Cette idée généreuse repose, semble-t-il, sur une spécialité française où se mêlent délicieusement le fait de « tirer » et « la destinée ».

Notre vie quotidienne, dés l’enfance, tout comme notre vocabulaire et notre histoire nous rappelle qu’il y a lieu de poursuivre dans cette voie à la fois pour choisir, décider voire contraindre son prochain. Ainsi, qui n’a pas « tiré à la courte paille », bu à « tire-larigot » ou ignore ce fameux « Messieurs les Anglais tirez, les premiers » ? Ce ne sont là que quelques exemples car, sans que nous n’en ayons pleinement conscience, notre environnement est empli de ce « tire-quelque chose » qui consiste principalement à extraire ou à déplacer un objet ou un liquide d’un endroit précis. Le plus usité étant, après le tire-lait, le tire bouchon qui, en saison est concurrencé par le tire-fesses, sans préjudice pour le tire-botte, le tire jus, et surtout le tire-au-cul que le dictionnaire confond judicieusement avec le tire au flanc.

Le sort n’est pas plus mal loti, car ici aussi la référence est ancienne et culturelle. Un certain nombre d’entre nous vivent leurs décisions quotidiennes selon l’acception de Jules César. Alea jacta est, les dés sont jetés ! Hormis l’exception au terme de laquelle « on vous jette un mauvais sort », tout ce qui arrive à quelqu’un du fait du hasard donne ses lettres de noblesses voire son aspect royal au sort. C’est le cas lorsqu’il est associé au tirage de la fève à l’Epiphanie ! Chemin faisant, pour peu que chacun y mette du sien, on arrivera à tout gérer comme « le jeu de l’amour et du hasard » ! Cependant, pour « tirer l’affaire au clair » il faut simplement avoir en mémoire que le sort reste, une désignation, c'est-à-dire tout ce qui est opposé au choix ou à une élection. Institutionnellement ce n’est plus de la démocratie mais concerne tout ce qui relève de la chance.».

Il n’est pas question de revenir ici sur une proposition pré-électorale formulée pour plaire à ceux qui, mécontents de leur sort, imaginent que leur bonne étoile sera mieux servie par le hasard que par leur vote. Voyons plutôt ce que le tirage au sort pourrait proposer de véritablement nouveau dans notre société et plus particulièrement ce qui permettrait de valoriser l’ambition de ces hommes politiques qui, finalement, s’oublient dans la distribution de la destinée. Ainsi par exemples, les salaires - pardon les défraiements - les voyages, les voitures et tous autres petits avantages tirés des fonctions électives, et surtout pour la première d’entre elles, ne pourraient-ils pas, désormais, être tirés au sort ? Ne voyez rien de malicieux dans cette proposition. Elle est formulée dans l’esprit de ce grand jeu du « n’importe quoi » ou chacun semble de plus en plus « tirer la couverture à soi » en feignant de se préoccuper du sort des autres !

D’ailleurs le tirage au sort permettrait à y bien réfléchir de résoudre la plupart des problèmes pour la saine gestion de l’Etat. Y compris pour les retraites et les remboursements de soins. Et s’il était décidé de redistribuer de cette manière les profits de la Française des jeux à tous les demandeurs d’emploi, les jeunes ou les plus âgés, à tous les démunis ? Chacun d’entre nous aurait droit à une « chance en plus » ? Par la distribution gratuite d’un billet qui organiserait « une super-cagnote » pour tout et pour tous. Elle serait belle cette vie où chacun pourrait bénéficier d’une distribution guidée par la bonne fortune. Les citoyens se diviseraient alors en deux catégories. Ceux qui se contenteraient de leurs sorts et les autres qui n’auraient jamais la chance de gagner. Ces derniers diront « Coquin de sort ». En quelque sorte, rien n’aurait changé en ce monde nouveau !

19.11.2008

Je le sais, puisqu'on me l'a dit...

Dans les années 70, à la fac de droit de Toulouse, « Marcel » venait régulièrement suivre les explications de quelques professeurs qui toléraient sa présence, à condition qu’il ne s’ébruite pas trop durant les cours.

Ce qu’il faut ajouter à cette anecdote est déterminant de la suite : cet homme était un vieux professeur de droit qui avait mal tourné, au point de sombrer progressivement dans la déchéance. Une histoire triste qui avait son beau revers, puisque c’est cette ancienne fonction qui justifiait sa présence dans les jardins de la fac. Le récit était vrai puisque certains apercevaient, parfois, Marcel en pleine discussion avec quelques étudiants ou des professeurs en toge. Inutile de vous dire que j’ai quitté la fac sans savoir si ce bruit de couloir était fondé sur une once de vérité. Il y avait ceux qui en étaient convaincus et d’autres, dont j’étais, qui en doutaient en se demandant si tout cela ne contenait pas un petit fond de véracité. De génération en génération, chacun se passait le mot. Le bruit courait sur les bancs, au point que certains étudiants connaissaient même la matière enseignée jadis par Marcel. Vrai ou faux ? C’est le principe même de la rumeur. Il peut s’agir d’un canular ou d’une vérité. Comment savoir ? Difficile à détecter au premier abord, d’autant que de nos jours les informations s’emmêlent au point que l’on peut croire ou douter de tout.

Ce qui est extraordinaire dans les potins et ragots – les peoples nous tiennent en haleine à ce sujet – relève à la fois de la manière dont on prend connaissance de l’événement, à la force de conviction de la personne qui transmet l’information, à l’approbation de ceux qui sont présents autour de la table ou dans une soirée. A ce moment là, il y a toujours quelqu’un qui est prêt à délivrer une information exclusive et secrète ou, en tous cas connue d’un petit nombre. Un club de quelques initiés, composé d’éminents savants vient de faire savoir, de manière certaine, que les Américains n’ont pas débarqué sur la lune mais réalisé un montage en papier mâché, mis en scène par les studios d’Hollywood, ou que c’est un missile qui a écrasé les tours jumelles le 11 Septembre 2001. Dans le même ordre d’idée : Les égouts sont infestés de crocodiles, l’ADN, scientifiquement ne sert à rien et, Pijami Maya, le grand équilibriste indien est atteint du SIDA. A noter que plus la nouvelle est éloignée géographiquement, ou dans le temps, plus vous rencontrez des gens qui vous narrent par le menu des événements invraisemblables par des raisonnements. Invérifiables. Votre interlocuteur est tellement affirmatif que votre incrédulité vous fait passer rapidement pour un ringard : les certitudes énoncées reposent sur des sources sûres. Pour se justifier votre interlocuteur en rajoutera une couche en vous disant que les propos entendus à la radio ou que les événements vus à la télé doivent s’interpréter comme ceci ou comme cela, qu’il a lu l’information dans tel journal ou, pire encore, que tout se trouve dans un ouvrage publié chez un grand éditeur. Fin du fin, l’info est déjà sur Internet. Dans ces conditions, comment ne pas y croire. ? D’ailleurs, vous reconnaissez dans votre for intérieur que tout cela est peut-être vrai, ou en tous cas que tout n’est pas complètement faux. Vous êtes d’accord avec votre interlocuteur sur un point clé : On nous cache trop de choses. On ne nous dit pas tout. Maintenant, vous avez la réponse à ce que vous attendiez, ou ce dont vous doutiez, depuis longtemps. Ca y est : vous êtes mur pour colporter la rumeur à votre tour en ignorant, bien sûr, que vous êtes l’instrument d’un groupe de pressions qui veut faire passer un message, obtenir un marché, faire basculer une tendance politique, nuire aux uns ou profiter aux autres. A une certaine époque, les rumeurs étaient qualifiées d’instruments de propagande… Les ingrédients d’une bonne rumeur doivent être choisis avec cette attention particulière qui en font un plat délicieux et dont tout le monde se régale pendant longtemps car les rumeurs ont la vie dure. Certaines mêmes meurent et reviennent, un jour, sur le devant la scène avec force et vigueur alors qu’on les croyait oubliées dans les tréfonds de l’histoire.

Ceci étant, la rumeur économique et politique, bien présente dans notre quotidien, semble contrainte d’employer des chemins de plus en plus sophistiqués : Les acteurs se voient obligés de mettre en œuvre des associations, la justice et bien d’autres moyens pour arriver à leurs fins. Parmi les outils utilisés on trouve ces sondages qui sont dits d’opinion. Ils attestent de rumeurs qui mériteraient, en réalité, l’analyse de spécialistes. Jetés en pâture au bon peuple, les sondages nuisent à la démocratie.

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