19.07.2008

Emballé sans histoire

L’emballage demeure le fer de lance de la vente pour les uns et constitue un phénomène de société regrettable pour les autres. Il y a quelques années à peine, la question ne se posait pas. C’était l’époque « du papier journal », des cornets, des corbeilles en osier. Les bouteilles de vin ou d’eau minérale étaient « consignées »

A ce moment là, l’important se trouvait  dans le contenu. L’habillage était accessoire. Peu à peu « le carton standard » puis la  « matière plastique » ont tout balayé sur leur passage. Ces dernières décennies sont apparus des emballages nés du croisement des formes, des couleurs et des matières. Tout cela pour influer directement sur la consommation. Les fabricants ont de plus en plus fait preuve d’ingéniosité. Ils ont, par exemple,  imaginé des emballages translucides «en plastique dur » pour leurs objets afin des les présenter sur des suspentes dans les rayonnages des grandes surfaces. Les barquettes fabriquées dans des matières dérivées ont accueilli les produits alimentaires. Le  « papier cellophane »  est devenu le maître du royaume du rêve. Je vois, donc j’achète. Parallèlement, les citoyens ont appris à contester l’autorité de l’homme politique à partir de ses seules apparences.

L’aspect positif du « conditionnement » tient dans les règles d’hygiène qui, tout au long de la fabrication et jusqu’à l’emballage,  nous protégent indéniablement de bacilles, microbes et autres staphylocoques. Par contre, ces « emballages de vente » n’ont pas fait obstacle à la prolifération des « emballages de transport » d’où la diffusion en masse de ces fameux sacs actuellement décriés pour leurs nuisances écologiques. Reste que le cocasse tient dans la lutte sévère que le consommateur engage régulièrement avec l’objet acquis qui fait de la résistance au moment de son utilisation. Qui n’a pas croisé le fer, avec ongles, et dents, pour se débarrasser de ce fameux « film » qui entoure un CD, une brosse à dents, « un pack » de lames de rasoir ? Il est vrai que dans cette courte lutte c’est toujours l’utilisateur qui gagne. Cependant, il est parfois contraint d’y mettre les moyens s’il veut arriver à ses fins. Il lui faudra utiliser successivement une paire de ciseaux, un tournevis, ou ce fameux « cutter » qu’il aura eu déjà tant de mal, à déloger de son habitacle d’origine. Reconnaissons ainsi que la plupart du temps, rien n’est dit sur la manière d’arriver aisément à la saisie finale de l’objet convoité. Quelquefois,  des dessins et croquis cherchent à aider le possesseur de la boite de vis, du flacon de détachant ou de ce jouet acheté sous la pression du besoin ou d’un événement. Rendons hommage à ces fabricants illustrateurs bien que leur volonté explicative ne coïncide pas toujours avec la logique de l’utilisateur, sauf à ce que celui-ci ait fait de solides  études de signes, croquis et modèles en tout genre. Notons pour mémoire, que l’achat  se fait habituellement dans le brouhaha environnant, couvert par cette horrible musique de fond, emballage sonore de la galerie marchande. 

Sur le plan éducatif, le maillon faible du système tient dans le fait que « la chose emballée » est trop souvent détachée de son contexte, c'est-à-dire de son histoire. Si cela s’avère peu important pour les objets courants ou présentant un caractère technique, il peut être dommageable lorsqu’il s’agit de la chaîne alimentaire. Les explications relatives à la production sont totalement absentes. Comment faire le lien entre cette bouteille de lait achetée au rayon frais et une vache dans son étable  ou dans un pré ? Qui se préoccupe  d’indiquer que c’est l’allaitement des veaux qui est à l’origine de la diffusion du lait ? La même idée doit être avancée pour ces différents morceaux de viande étalés dans des barquettes molles recouvertes de cellophane où seule l’indication de « veau » ou « bœuf » les distingue de « porc » et « agneau ». Rien ne doit laisser imaginer l’abattoir. Généralement la présentation se fait sans sang ! Tout doit être propre et coquet. Dans ces conditions, comment imaginer que les poulets aient eu des plumes « avant » le frigo ?

En tous domaines, la plupart des citoyens sont souvent confrontés aux mêmes ignorances. Méconnaissant  « ce qui s’est passé dans le temps » quelques uns  réagissent de manière négative face à une situation qu’ils ne peuvent imaginer puisqu’ils ignorent tout - ou à peu près - des institutions qui les gouvernent et des mécanismes juridiques qui les lient à leurs obligations. Dés lors, ils adoptent une attitude comparable à celle de ces consommateurs confrontés  aux emballages. Ils emploient la violence. Souhaitons que pour l’avenir, il  soit tenu compte de la nécessité d’enseigner et d’éduquer en profondeur pour éviter les erreurs de jugement et les errements de certains. Dans l’intérêt général il convient que ce soit le fond qui prime et non l’emballage ou l’apparence médiatique.