11.12.2009

Un certain état d’esprit

Une coupure ou un rétablissement d’électricité, en plein Paris, exige trois intervenants.

Le premier agit, l’autre tient une pince tant il est vrai qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver. Le troisième constate ce qui est fait par les deux autres. L’histoire est vraie et date de la semaine dernière. Est-ce suffisant pour imaginer que tous les services de l’entreprise en question obéissent aux mêmes règles ? Répondre par l’affirmative nous ferait rejoindre cette tendance qui voudrait que chacun soit à l’égal de l’autre dans les grandes entreprises, les collectivités ou parmi les fonctionnaires. Or, cela est d’autant moins vrai qu’il y a là, comme ailleurs ceux qui sont surchargés de travail et les autres qui « se la coulent douce ». A la sortie, l’usager – ou le client je ne sais plus – met tout le monde dans la même lessiveuse. Cela finit par donner une seule - voire une sale - couleur au linge. C’est indéniable et il faut le redire, « les planqués » génèrent des coûts inutiles, un manque à gagner pour l’intérêt général et surtout « un certain état d’esprit ».

Parallèlement, la vie quotidienne est de plus en plus organisée à partir ou autour de certains événements sportifs ou artistiques. Il est vrai que l’intense activité de tous les médias génère une espèce de frénésie des loisirs indispensables à une existence qui se résume parfois à un « j’y étais » ou un « je l’ai vu ». Rapportons la récente confidence de ce jeune chirurgien à sa patiente : Il ouvre son agenda et impose une date pour une prochaine intervention en lui disant, sur un ton docte et le plus sérieusement du monde, « Madame, ce sera, avant ou après le tour de France car durant cette épreuve cycliste, je n’opère pas. Je ne peux pas manquer un tour de roue, ni un commentaire. Je m’y consacre complètement du matin au soir». Là aussi l’histoire est vraie mais vous pourriez penser que ce chirurgien prend ainsi son temps de vacances. En réalité, le tour de France, s’ajoute au reste. Les exemples de même nature peuvent se multiplier à l’infini tout en étant conscient qu’il serait injuste, là aussi, de ne s’arrêter qu’aux exceptions Au final, cela donne le sentiment d’un pays où chacun semble très occupé. Cela correspond aussi et surtout à un certain état d’esprit.

Cette saturation apparente est telle que l’année peut s’écouler sans qu’un moment ne soit trouvé pour fixer un rendez-vous à ce commercial qui souhaite présenter les produits ou services de son entreprise. L’année commence au 15 janvier car, avant cette date rien n’est possible. Février et Mars débutent à peine qu’ils sont déjà encombrés par les vacances de neige tandis que le mois d’avril arrive en plaçant Pâques et son concert de vacances étalées jusqu’en mai. Ne parlons pas de ce joli mois de Marie, amputé par de multiples fêtes, qui de son premier jour, jusqu’au fameux lundi de Pentecôte, casé début juin, laisse peu d’espoir à notre solliciteur. D’autant, qu’il faut savoir qu’avec l’arrivée de l’été, l’interlocuteur sensé le rencontrer conclura finalement par un fameux « on verra cela à la rentrée ». Par cette seule phrase, il raye d’un trait les mois léthargiques de Juillet et d’Août. On pourrait croire que Septembre et octobre vont enfin permettre de fixer la rencontre. Ce serait omettre l’exclamation et la réponse habituelle du Directeur des achats ou du marketing qui contredit la promesse et, d’un ton las et nerveux, justifie sa position par un surcroît de travail qui se résume par : « le plan de charges de la rentrée est complètement délirant. Aussi il serait préférable de voir cela en novembre. C’est promis, juré ». C’est à ce moment là que des événements extérieurs s’en mêlent : Novembre, mois de la grippe et période choisie par les syndicats pour organiser les premières ou les dernières grèves de l’année viendront ruiner l’engagement. Dés lors, il ne reste que Décembre, mais c’est déjà Noël. Période sacrée où la France s’arrête du 15 décembre au 15 janvier ! C’est le fameux mois des confiseurs ! Une description exagérée me direz-vous ? Bien sur que non car il faut y ajouter les RTT, les événements familiaux, et les pertes de temps invraisemblables. Celles liées aux attentes téléphoniques interminables, aux rendez-vous déplacés ou manqués, aux nécessaires périodes de formation etc… etc.. . Tout cela aussi révèle un certain état d’esprit, bien éloigné des exigences d’un travail constant, assidu et productif. Car, c’est chacun d’entre nous qui participe au résultat final. Quel dommage que d’oublier cette règle et de laisser notre pays se classer désormais, au niveau mondial, dans les derniers de la classe. Heureusement il nous reste le G7 et le G20… Pas pour longtemps.

04.12.2009

C’est pas nous

Régulièrement on leur dit que rien ne va s’arranger et qu’ils vont connaître des années noires.

A mon avis il n’y a rien de mieux à faire pour remonter le moral des jeunes. Leitmotiv : Ils ne disposent pas de marge de manœuvre. Il leur difficile de trouver un emploi stable et lorsqu’ils travaillent ils se voient contraints de payer pour leurs parents et de cotiser pour une retraite qu’ils n’auront pas. Je résume à grands traits, puisque je ne tiens pas compte de toutes les autres contraintes imposées par la génération précédente. A bien entendre ce qui se dit un peut partout, nous, les enfants nés après la guerre, - les baby-boomers - sommes responsables de tous les maux de la terre ! Nous avons vécu dans l’insouciance, les « trente glorieuses », ces années 60 à 90 où toutes les richesses ont été mises à sac. A noter que je mets dans le même sac, les baby-boomers et « les soixante huitards ». Ces derniers ne sont qu’un échantillon de farfelus, dangereux idéalistes. Dans tous cas, accuser cette génération dans son ensemble consiste à faire abstraction de l’héritage laissé par les parents – les prédécesseurs des baby-boomers – et de l’évolution sociologique des dernières décennies. Il est vrai que chaque génération peut se contenter de maudire la précédente pour justifier de ses difficultés. Je ne crois pas que ce soit la solution. Cela étant, les baby-boomeurs sont en droit de rappeler qu’ils n’y sont pour rien, puisqu’ils ont trouvé la situation en l’état. Qui avait décidé, pour eux, de la retraite par répartition ? Qui leur a imposé sans qu’ils puissent choisir la capitalisation ? Qui a créé la sécurité sociale ? Qui a mis en place et organisé les syndicats tels qu’ils le sont encore aujourd’hui ? Qui s’est mathématiquement trompé en payant une retraite, dés sa mise en place à ceux qui n’avaient jamais cotisé, laissant déjà le poids de cette dette aux générations suivantes ?

Ce sont ceux qui sont nés - et qui ont survécus – à la guerre qui ont imaginé tous les mécanismes sociaux, politiques, économiques dans lequel s’est glissée la génération suivante qui, selon une expression à la mode n’a vécu que sur le « je pense qu’à moi » sans se préoccuper de la suite. Le reproche que l’on peut adresser aux babyboomers tient plus d’une connivence idéologique plutôt qu’a une participation réelle à une situation politique qu’ils ne maitrisaient pas dans les années 70. Ils n’avaient que 20 ans en 68 ! Ils ont passivement adhérés aux idées parentales en mettant Miterrand aux pouvoir, vieux cheval de retour de la VIème République ! Que la situation soit claire : Il est à mon sens aussi injuste d’accuser la génération de la guerre que de vouloir absolument tomber sur ceux nés après la débâcle. Cette référence à l’histoire n’est pas neutre. Elle est indispensable pour comprendre la volonté de ceux qui ont voulu construire un système nouveau dans un horizon qui était pour le moins, bouché de tous cotés. L’épopée communiste était en plein développement tandis qu’il convenait de repousser les assauts de l’oncle Sam qui mettait son poids dans la balance.
Dans le même temps la guerre froide tonnait aux portes de la plupart des pays d’Europe qui parallèlement essayaient de démêler l’écheveau dit « colonial ». L’Inde, le Congo, l’Indochine, l’Algérie, l’Angola et d’autres nations émergentes réclamaient leur indépendance, ruinaient l’économie chancelante des nations qui avaient connu la guerre, amputaient la jeunesse et les espoirs de cette génération nés avant la guerre et qui voulait la paix à tous prix. Des moments de troubles dans une période trouble. Il fallait vite, répondre aux difficultés intérieures et aux exigences des peuples. Les parents des babys-boomers ont-ils bien fait en agissant de la sorte, imposant une nouvelle organisation sociale et dilapidant les conquêtes ?

Dans le temps, l’histoire répondra à la question. Les reproches, les regrets ou les remords ne changeront rien à leurs agissements. Dés lors, les babys-boomers se sont vus infligés des diktats qui n’étaient pas les leurs. Les aménagements dont ils ont passivement hérités sont venus, insidieusement, se heurter à la mondialisation. Arrêtons la mise en œuvre des guerres inter-générationelle et reconnaissons simplement que chaque génération doit relever ses propres défis, reprenant ainsi les propos du Premier Ministre, François Fillon. C’est d’ailleurs ce que fait la génération d’aujourd’hui – ceux qui ont entre 25 et 40 ans - en sauvegardant, envers et contre tout, une certaine croissance, la culture de leurs ancêtres, l’environnement, construisant l’Europe dans un monde en mouvement. Il est sur que la jeunesse est actuellement confrontée aux difficultés de l’emploi, à la dette, à des obligations qui demanderont des efforts et des économies d’échelle. Mais il n’en est pas moins vrai que ce n’est pas en conservant des structures désuètes et en multipliant les lamentations, les doutes voire les constats d’échecs de la génération précédente qu’on leur donnera le courage et la volonté de se défendre. Qu’on le veuille ou non, la génération qui va laisser les commandes a bâti une société de paix entre les peuples – et ce n’est pas négligeable – pour le bien de ceux qui allaient les suivre. Donnons aux jeunes une image positive de l’avenir et pour ce faire il nous appartient de leur faire confiance. Ainsi, à son tour, « la nouvelle géné », fera naître des lendemains d’espérance.

24.07.2009

Cet hiver sortez couvert

L’hiver, qui n’a jamais été évoqué avec autant d’acuité en plein été, nous promet une propagation fulgurante de la grippe.

Cette fameuse grippe dite « A », contrairement aux apparences, ne doit pas être confondue avec la précédente, dite Aviaire. La grippe d’aujourd’hui fut d’abord porcine, avant que les représentants des cochons ne menacent d’installer des bonbonnes de gaz, (c’est très tendance) pour se faire respecter des beurs d’ici et d’ailleurs. Sus au jambon-beurre hurlaient-ils d’un même groin ! Dans le temps (parce que cela fait quelques mois qu’on nous bassine avec le sujet), le virus prit une appellation plus technique, une consonance médicalement et politiquement plus correcte : HIN1. Le vocable est certes plus abscond, mais tellement plus alarmant, inquiétant, angoissant. On peut même dire que la terminologie lui a donné un petit côté offensif, menaçant, dangereux. Ces qualificatifs justifient à eux seuls que les plus grandes mesures de préventions soient mises en œuvres. C’est à qui vendra le plus grand nombre de masques, de vaccins, mettra en place les mesures de prévention les plus efficaces, etc… C’est la plus grande foire exposition (et d’empoigne) jamais organisée par les laboratoires du monde entier, et testée pour la première fois en mode réel. Je ne dirai pas qu’il n’y a pas lieu de prévoir et de s’organiser en cas de pandémie, mais j’ai quand même envie de crier, surtout pour nos régions : Pas de panique, la grippe viendra, on l’aura, on la vaincra. Il y aura, sans aucun doute, des morts et des rescapés. Le tout, comme d’habitude, sera de se trouver du bon côté du manche !

Parallèlement, je suis stupéfait que les nombreux spécialistes aux yeux verts, champions des protections naturelles n’aient pas encore rapproché ce sujet d’actualité de celui qui enveloppera également la rentrée. Je suis surpris que l’on ne profite pas de l’occasion pour convenir qu’en la matière, l’un éradiquera l’autre. Je m’étonne que personne n’ait encore envisagé de mettre en place le moyen le plus écologique de se protéger de l’agression individuelle et de l’épidémie toute entière. La seule façon d’en arriver là serait de contraindre au port obligatoire et généralisé de la burka. Pour ne pas être infecté, une seule solution à la rentrée : la burka-pote, avec son petit réservoir de tolérance, la grille de vison. (Quelques mauvais esprits désignent cette meurtrière, le burka-na fasso) Sans compter que la burka n’est qu’un simple voile qui ne fait en rien obstacle à la suite des événements. Elle favorise même le face à face. Cependant diront les puristes, elle ne permet pas d’avoir une vue précise sur le prochain fesse à fesse qui suivra la nécessaire décontamination du vêtement intégral, juste avant de s’agripper l’un à l’autre, dans une folle épidémie d’amour !

Bien entendu on peut d’ores et déjà envisager une ruée des grands couturiers désireux de griffer leur burka. Imaginer un peu la plus mince, celle de Lagerfeld, (La buka light) celle d’Hermés dont l’hygiaphone qui sert de parloir sera tissé en lanières de cuir. La palme reviendra à n’en pas douter, à celle qui sera plus difficile à porter que la bannière, mais ô combien avenante et chamarrée que cette burka-Lacroix. On peut également envisager de porter la burka sans rien dessous, mais ce sera déjà une déclinaison du modèle classique. On dira dans ce cas que l’on met une burka à poil. Tout ceci sans omettre les recherches vestimentaires des plus hardies : Certains spécimens tel que la burka-appat, pour tous ceux et toutes celles qui souhaitent rencontrer une âme sœur, et la burka du voyageur recouvertes d’auto-collants des villes traversées, ouvriront la voie aux publicitaires qui lanceront la burka itinérante ou la burka parade assurant ainsi la promo des grandes marques de vaccins contre la grippe. Rien ne se perd, tout est bon pour le business.

On pourra voir apparaître également, sous l’influence des égalitaristes, l’exigence d’une similitude entre les burkas, une burka uniforme en quelque sorte. Mais très vite, certains souhaiteront différencier les burkas mâles qui seront bleues de celles des femelles, vouées au rose. J’allais oublier les homos qui chercheront à se distinguer par le jaune. A noter que le jaune devra éviter de trop tirer sur le vert pour éviter la burka - ka d’oie. Et puis bien sûr, la police et les pompiers n’accepteront pas d’avoir la burka de monsieur tout le monde et voudront une utilitaire, une capote en quelque sorte, la burka-caoutchouc. On ne sait jamais ça peut toujours servir.

Je ne sais pas si je serai personnellement touché par l’épidémie (j’en vois quelques-uns au loin, qui me la souhaitent bien bonne) mais arrêtons de vivre dans la peur. Tout va mal (ou va mal aller à brève échéance) et pour nous remonter le moral, on utilise maintenant le comptage des morts grippés dans le monde. Pourquoi ne pas prévenir sans alarmer continuellement le bon peuple ? C’est vrai ; il est possible qu’il y ait une sévère épidémie de grippe qui impose des mesures préventives et de bon sens : « lavez-vous régulièrement les mains, mettez un masque pour éviter la contamination » etc…(la liste est publiée régulièrement pour les moins biens lotis). Je vous donne gracieusement un conseil supplémentaire et tout à fait nouveau : Cet hiver sortez couvert ! Mettez, à ce moment là, un cache-nez, ou une burka selon les us et coutumes vestimentaires du pays dans lequel vous résidez…

25.07.2008

Prête moi ta plume...

Il y a quelque temps, j’ai côtoyé une autre époque par la découverte de lettres et de livres de comptes qui comportaient des « écritures à la main ». Fines ou grasses, serrées ou lâches toutes concernaient la récente histoire d’une famille. Les derniers plis dataient des années 1950 et certains étaient vieux de deux siècles. A un moment donné, j’ai renoncé au contenu de ces récits qui insistaient sur la gravité d’événements passés, laissaient percer une situation cocasse, adoucissaient les peines d’un frère ou d’un ami.

Je me suis contenté de caresser du regard la calligraphie. Dieu, que ces écritures étaient belles et difficiles à déchiffrer pour des yeux habitués aux caractères imposés par les machines !

J’ai imaginé que nos écrits d’aujourd’hui seraient décryptés à leur tour et, qu’ainsi ce qui était actuel serait, demain, des textes « anciens ». Avec quelle aisance pourront-ils se lire ? Quelques vaniteux n’hésiteront pas à répondre que l’ordinateur ayant définitivement fixé les règles de la communication écrite d’un bout à l’autre de la planète, tout est organisé à jamais. En admettant que des outils finissent par équiper le monde entier, les signes eux seront différents de ce qu’ils sont maintenant. La forme de l’écriture est obligatoirement adaptée au présent. « Les smileys », « binettes » ou « émoticons » ces réducteurs d’écriture employés par les ordinateurs, sont là pour signifier cette évolution. Dés lors, l’homme qui découvre les signes tracés avant lui sera toujours contraint de retrouver le sens des conventions du moment et devra tenir compte des dispositifs et supports qui ont servi à coucher par écrit des épopées, des faits quotidiens ou des sentiments.

Nos écoliers n’ont aucune idée de ce qui a été vécu par leurs aînés, il y a peu, durant leur scolarité. C’était l’époque – vers 1960 – où l’usage de « la pointe bic » en plein essor commercial, était interdit. Se servir d’un « stylo à bille » valait une sanction. L’encre « violette » était reine. On la puisait avec « un porte plume » dans cet encrier de faïence blanche, incrusté sur le pupitre. A ce moment là les buvards – ceux qui comportaient de « la réclame » se collectionnaient – étaient indispensables pour limiter la catastrophe, « le pâté ». Les gommes au double corps étaient tolérées : le côté rose servait à effacer le « crayon à papier » tandis que le bleu était censé faire disparaître les traces d’encre. Quelquefois, on finissait par faire un trou à l’endroit qui devait être corrigé ! L’effaceur n’était pas encore né et si l’on voulait que « le cahier soit propre » il fallait avoir recours au fameux « Corrector » qui imposait de déposer délicatement une goutte de liquide rouge et d’ajouter ensuite une larme de liquide blanc sur la tâche ou la rature, pour qu’un miracle se produise éventuellement. Régulièrement, les lignes et carreaux imprimés en avaient pris un coup. Les « stylos à encre » qui se rempliront avec une pompe arriveront plus tard, tandis que « les cartouches » n’étaient pas encore nées. Certains se souviennent de ces premières cartouches, qui furent d’abord en verre avant d’être en plastiques : On s’en mettait plein les doigts et l’on maculait ses poches…Et puis, il y avait ce débat institutionnel - et sans intérêt - qui est finalement resté dans l’encrier : Fallait-il écrire droit ou penché ? Evoquer cette période ne peut se faire sans référence à la « Sergent Major » dont l’imagerie des boites a fait rêver des générations qui, dans le même temps, « suçaient la plume » lors des premiers usages pour « la faire » et lui permettre de courir sur la feuille.

On pourrait ainsi remonter aux peintures rupestres, aux rouleaux de la Mésopotamie , à l’Egypte ancienne, aux Chinois et aux arabes, rendre hommage aux copistes et à la plume d’oie, saluer l’imprimerie - cette complice de la Liberté - pour constater que dans différentes régions du monde, depuis un peu moins de 6000 ans, en écrivant de gauche à droite ou à l’inverse ou de haut en bas, les hommes ont mis en place des codes de reconnaissance destinés à sceller ensemble la parole et l’âme en une multitude de signes de vie. Une façon pour ceux qui accèdent à cet art de la pensée, d’affirmer leur existence ou de donner une consistance à leurs actes. Est-ce le sens de ces « tags » qui salissent nos murs ? Peut-être.

En tous cas, l’ère de l’ordinateur et du texto ne peuvent qu’intensifier le processus scriptural et favoriser, hélas, sa standardisation. Désormais les hommes sont à la merci d’une écriture dépersonnalisée et banalisée. A chacun d’entre nous d’éviter le piège de la normalisation et de continuer à chanter et à écrire comme le poète, « Au clair de la lune, Mon ami Pierrot, prête moi ta plume pour écrire un mot… »

21.07.2008

Lobby par ci, lobby par là

Puisque les cigarettes sont à l’origine de tant de maux, pourquoi sont-elles encore vendues dans des bureaux de tabac, agréés par l’Etat ? Si, rouler au-delà d’une certaine vitesse entraîne tant d’accidents mortels, pourquoi laisser fabriquer des automobiles qui se comportent comme des bolides ? S’il est exact que transporter du liquide dans ses bagages peut favoriser un mélange explosif, pourquoi autoriser le transport aérien de 100 ml par passager alors même que plusieurs personnes, dans un même avion, peuvent additionner les contenus et provoquer une catastrophe ?

Dans la crainte de ce même terrorisme des airs, pourquoi continuer à laisser libre accès à des bouteilles en verre, armes potentielles, dans des boutiques situées au-delà des contrôles aériens ? Pourquoi servir de l’alcool, nocif pour la santé, dans les réceptions offertes par les préfectures, mairies ou autres administrations ainsi que dans les avions et navires battant pavillons nationaux ? La liste de ces questions aux réponses incohérentes est sans fin.

Au nom des grands principes, notre pays est placé sous la férule de plus en plus contraignante de groupes de pression, émanant d’horizons divers, qui viennent régulièrement dicter leurs lois à nos gouvernants, de tous bords, qui sont incités à faire régner l’ordre au nom de la démocratie et de la liberté. Peu importe que le mécanisme soit pernicieux. Drapé dans un long manteau pourpre, l’Etat se sert de ces excuses sociales pour frapper tout écart du contrevenant. Il est vrai qu’il est tellement facile à contraindre, à punir et à traire ce contribuable, que ce serait dommage de s’en priver. L’égalité justifie la logique du système, parfois même - et de plus en plus souvent semble-t-il – avec dureté. Tout le monde est logé à la même enseigne. Sauf à s’inscrire en faux, diront certains car cet égalitarisme est bafoué par les plus habiles. Que me dites-vous là ? Bien sûr il y a cet automobiliste qui vous a doublé ce matin, comme un fou, pendant que vous respectiez la limitation de vitesse. Il se fera prendre par le prochain radar s’il poursuit de la sorte, à moins qu’il ne roule avec les points de sa grand-mère, muni d’un anti radar, avec un matricule falsifié ou étranger etc… Peu importe son sort. Pour les lobbys de tous acabits, ce qui compte c’est le nombre de moutons parqués dans le même champ. Tant pis pour les exceptions, qui sortent de la nasse. La manne est dans la grande hotte internationale des laboratoires, des fabricants, des entreprises de service ou dans ces « grands mouvements » qui trouvent un intérêt à l’endroit même ou le citoyen, le client, le consommateur, passif par la force des choses subira les avatars d’une spirale infernale.

Par ailleurs, pour influencer les citoyens, rien de mieux que d’aller les chatouiller dans leur intimité, de les apitoyer ou de leur faire peur, en leur donnant l’illusion que le Droit est de leur côté. Le Droit, sans aucune contre partie bien sûr. Il est un formidable ciment qui permet de lisser tous les individus en un même bloc, tout en donnant à chacun la possibilité de se plaindre à l’envie. Il permet même aux animaux d’avoir une âme ! Il n’est pas envisagé d’établir la liste des devoirs que devraient respecter les humains à l’égard des animaux, mais il suffit d’indiquer sur une grande banderole, comme celle installée il y a quelques jours sur les Champs Elysées, que « Les animaux ont des Droits » pour faire comprendre que l’on est à la tête d’une juste cause.

Pour arriver à bonne fin et justifier l’existence de leurs associations et manèges en tous genres, ces groupes de pression recourent régulièrement à l’existence de la souffrance nationale ou internationale – cf le Tsunami et les conséquences navrantes de la grande quête – et à faire naître une certaine anxiété ou répulsion face à une situation. Aujourd’hui par exemple, il y a cette nouvelle « liste noire » des produits dangereux. Il n’est plus possible de vivre sans la crainte permanente que représentent, subitement, ces substances dans nos maisons.

Toutes les actions de ces « faiseurs d’illusions » sont organisées derrière un grand rideau de fumée où le nombre d’or se confondrait avec le « risque zéro » pour tout et pour tous. Ce qui est, ils le savent bien, utopique. Le citoyen se croit protégé. Il n’en est rien. Naïf, Il participe même activement au développement de ces groupes de pression qui partout dans le monde encaissent les bénéfices économiques, politiques, sociaux ou religieux de leurs influences. Ils font feu de tout bois et plantent leurs banderilles dans le sang de la corrida ou dans celui répandu par les chasseurs, puisqu’ils défendent un fonds de commerce qui fait obstacle à la mort, Car, pour eux, c’est bien connu, la mort, c’est comme la solitude, ça n’existe pas.

19.07.2008

Emballé sans histoire

L’emballage demeure le fer de lance de la vente pour les uns et constitue un phénomène de société regrettable pour les autres. Il y a quelques années à peine, la question ne se posait pas. C’était l’époque « du papier journal », des cornets, des corbeilles en osier. Les bouteilles de vin ou d’eau minérale étaient « consignées »

A ce moment là, l’important se trouvait  dans le contenu. L’habillage était accessoire. Peu à peu « le carton standard » puis la  « matière plastique » ont tout balayé sur leur passage. Ces dernières décennies sont apparus des emballages nés du croisement des formes, des couleurs et des matières. Tout cela pour influer directement sur la consommation. Les fabricants ont de plus en plus fait preuve d’ingéniosité. Ils ont, par exemple,  imaginé des emballages translucides «en plastique dur » pour leurs objets afin des les présenter sur des suspentes dans les rayonnages des grandes surfaces. Les barquettes fabriquées dans des matières dérivées ont accueilli les produits alimentaires. Le  « papier cellophane »  est devenu le maître du royaume du rêve. Je vois, donc j’achète. Parallèlement, les citoyens ont appris à contester l’autorité de l’homme politique à partir de ses seules apparences.

L’aspect positif du « conditionnement » tient dans les règles d’hygiène qui, tout au long de la fabrication et jusqu’à l’emballage,  nous protégent indéniablement de bacilles, microbes et autres staphylocoques. Par contre, ces « emballages de vente » n’ont pas fait obstacle à la prolifération des « emballages de transport » d’où la diffusion en masse de ces fameux sacs actuellement décriés pour leurs nuisances écologiques. Reste que le cocasse tient dans la lutte sévère que le consommateur engage régulièrement avec l’objet acquis qui fait de la résistance au moment de son utilisation. Qui n’a pas croisé le fer, avec ongles, et dents, pour se débarrasser de ce fameux « film » qui entoure un CD, une brosse à dents, « un pack » de lames de rasoir ? Il est vrai que dans cette courte lutte c’est toujours l’utilisateur qui gagne. Cependant, il est parfois contraint d’y mettre les moyens s’il veut arriver à ses fins. Il lui faudra utiliser successivement une paire de ciseaux, un tournevis, ou ce fameux « cutter » qu’il aura eu déjà tant de mal, à déloger de son habitacle d’origine. Reconnaissons ainsi que la plupart du temps, rien n’est dit sur la manière d’arriver aisément à la saisie finale de l’objet convoité. Quelquefois,  des dessins et croquis cherchent à aider le possesseur de la boite de vis, du flacon de détachant ou de ce jouet acheté sous la pression du besoin ou d’un événement. Rendons hommage à ces fabricants illustrateurs bien que leur volonté explicative ne coïncide pas toujours avec la logique de l’utilisateur, sauf à ce que celui-ci ait fait de solides  études de signes, croquis et modèles en tout genre. Notons pour mémoire, que l’achat  se fait habituellement dans le brouhaha environnant, couvert par cette horrible musique de fond, emballage sonore de la galerie marchande. 

Sur le plan éducatif, le maillon faible du système tient dans le fait que « la chose emballée » est trop souvent détachée de son contexte, c'est-à-dire de son histoire. Si cela s’avère peu important pour les objets courants ou présentant un caractère technique, il peut être dommageable lorsqu’il s’agit de la chaîne alimentaire. Les explications relatives à la production sont totalement absentes. Comment faire le lien entre cette bouteille de lait achetée au rayon frais et une vache dans son étable  ou dans un pré ? Qui se préoccupe  d’indiquer que c’est l’allaitement des veaux qui est à l’origine de la diffusion du lait ? La même idée doit être avancée pour ces différents morceaux de viande étalés dans des barquettes molles recouvertes de cellophane où seule l’indication de « veau » ou « bœuf » les distingue de « porc » et « agneau ». Rien ne doit laisser imaginer l’abattoir. Généralement la présentation se fait sans sang ! Tout doit être propre et coquet. Dans ces conditions, comment imaginer que les poulets aient eu des plumes « avant » le frigo ?

En tous domaines, la plupart des citoyens sont souvent confrontés aux mêmes ignorances. Méconnaissant  « ce qui s’est passé dans le temps » quelques uns  réagissent de manière négative face à une situation qu’ils ne peuvent imaginer puisqu’ils ignorent tout - ou à peu près - des institutions qui les gouvernent et des mécanismes juridiques qui les lient à leurs obligations. Dés lors, ils adoptent une attitude comparable à celle de ces consommateurs confrontés  aux emballages. Ils emploient la violence. Souhaitons que pour l’avenir, il  soit tenu compte de la nécessité d’enseigner et d’éduquer en profondeur pour éviter les erreurs de jugement et les errements de certains. Dans l’intérêt général il convient que ce soit le fond qui prime et non l’emballage ou l’apparence médiatique.

17.07.2008

Les Mains chaudes

Il y a une communication non verbale qui s’installe tous les jours un peu plus dans notre société sans que l’on y prête attention. Ce n’est pas grave mais significatif d’un état d’esprit  qui témoigne d’une certaine inconséquence face aux événements. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais aujourd’hui, on applaudit partout et pour n’importe quoi. Les bravos sont à la mode. On les emploie pour tous. Pour  le taureau qui déboule dans l’arène ou le chien qui fait le beau lors d’un concours animalier. Quelles raisons motivent ces démonstrations de claques à tout va ?
 
A chaque coin de rue, il faut battre des mains. Cela est désormais intégré au rituel des baptêmes et communions. Ils assurent peut-être la fusion entre le paganisme et l’acclamation. Idem à l’issue de la visite d’un monument ou d’un château. Le guide a droit à une petite rasade de clap-clap. C’est moins coûteux qu’un pourboire. Le cinéma n’échappe pas toujours au ridicule. La télé fait partie de la distribution. Il y a d’abord celui qui, seul ou en famille, applaudit son récepteur imaginant que son interlocuteur est concerné par sa réaction. A noter que le téléspectateur accompagne fréquemment son geste d’une expression verbale qui va du « C’est bien dit » au « Pauvre type ». Parfois les formules visent la gueule ou une partie plus charnue du concerné à l’écran.

Il faut dire, aussi, que la télévision donne l’exemple de la soumission au rite. On peut même se demander si, insidieusement, ce ne sont pas les images répétées des applaudissements télévisés qui gouvernent de plus en plus nos réactions quotidiennes en ce domaine. Car les applaudissements télévisés sont habituellement organisés comme à la à la belle époque. A ce moment là, on embauchait des spectateurs « bidons » destinés à applaudir. Rien n’a changé à l’heure des jeux, débats et autres réalisations débiles. Tous ceux qui ont participé à une émission de ce genre savent qu’au moment où ils sont filmés – ce qui leur permettra d’être vus par Papa-Maman et Tati – un homme de la régie lève un grand panneau devant l’estrade, sur lequel est écrit un énorme « Applaudissements ». Les conditionnés - pardon les participants - « réagissent » aux instructions du régisseur qui prendra soin d’expliquer la règle du jeu avant le début de l’émission. De la vraie spontanéité garantie sur commande !

Les hommes politiques ou les grands leaders publics n’envisagent pas une réunion sans applaudissements. Leur profession de foi, se doit d’être interrompue, ponctuée, poussée  par des salves continues et répétées d’applaudissements qui selon l’expression qu’ils emploient régulièrement « signent une victoire historique ». En ce sens, les applaudissements prennent une couleur « citoyenne ». Ils sont le leurre d’une  démocratie active qui est véritablement participative au point qu’il y a un échange de bonheur entre l’orateur et les participants. Du haut de sa tribune, il « chauffe la salle »  emploie les mots justes, recherchent les effets  pour se faire applaudir et les citoyens applaudissent à tout rompre chaque souffle. Lui et eux sont venus pour cela. C’est la fête à neu-neu, tout le monde est content.

Les applaudissements se font remarquer également par leur qualification spécifique. Ainsi ils sont encourageants, nourris, chaleureux et parfois même à la fin de certains concerts pop ou rap, « frénétiques ». Les plus beaux quand même restent ceux qui actuellement nous viennent d’Amérique. Dans ce cas l’acteur ou le chanteur a fait « un standing ovation ». Applaudir debout, cela change tout pour la circulation du sang, quand on est resté assis trop longtemps. Une mode stupide, qui nous ferait presque oublier que les applaudissements se confondent sûrement avec l’aube de l’humanité. Pendant longtemps, ils ont servi à encourager, remercier, féliciter une prestation publique. Aujourd’hui ils sont galvaudés, employés à tous bouts de champ, incongrus, incohérents. Quel dommage, qu’ils ne permettent plus de distinguer le vrai du faux puisque tout est applaudi de manière identique. Les génies comme les nuls. Une égalité reptilienne qui permet de s’exprimer en groupe. Nos cousins les gorilles communiquent, parait-il, en tapant dans les mains. Tout comme nous, ils se font plaisir en ayant, pour un moment, les mains chaudes.

07.07.2008

Il n’y a pas de fumée sans feu

Il est admis sans discussion possible que la pomme de terre, le beaujolais ou l’art puissent être qualifiés de « nouveau » sans que cela ne crée de schisme entre citoyens. C’est même ce qualificatif qui donne un goût croustillant à l’une, une robe ambrée à l’autre et nous fait trouver du génie et du charme, au cœur de l’œuvre.

La nouveauté est signe de modernisme  et  de jeunesse. De manière générale notre pays va de l’avant et s’inscrit dans l’air du temps. C’est un bienfait. Avec cette remarque de taille : l’accouchement se fait rarement sans douleur. La simple idée que ceci remplacera désormais cela est dans le meilleur des cas, source de contrariétés. De manière générale, la manifestation sert d’étendard au mécontentement.  Pour autant l’approbation d’une innovation ne génère pas de grandes effusions. Avouons-le d’un trait, les français s’adaptent avec plus ou moins de grogne aux nouveautés proposées dans différents domaines.

Ce qui est sûr, c’est qu’Ils n’aiment pas qu’on touche aux droits. Surtout pas aux droits acquis.  Ce qui est écrit est un dû auquel il ne faut jamais renoncer. Quand bien même la situation d’origine ne serait plus la même ou ne correspondrait pas à la réalité. La prime de neige est prévue par les textes. Peu importe que l’on se trouve aux Antilles. Rien ne doit modifier l’ordre établi. Affirmer que cette vocation est inscrite dans les gênes serait exagéré. Toutefois il est à remarquer que le sport de l’habitude se pratique très jeune. L’école est un creuset bien connu. La situation se poursuit  au collège où il est de coutume de profiter de l’expérience des ainées pour dénommer les professeurs de tous les noms d’oiseaux en brossant leurs traits de caractères faisant des profs de mathématiques ou d’anglais, des monstres aux  grands pieds. Ils étaient ainsi catalogués par les anciens, ils le resteront pour les nouveaux arrivés. « Le bizuth » des grandes écoles, ce benêt au courant de rien se doit d’apprendre aussi rapidement que possible les règles de la maison et les respecter. Au temps du service militaire, « les bleus » devaient se conformer aux usages sans venir contrarier ce qui se faisait ainsi depuis des lustres. En un mot, comme en cent, nous sommes, des conservateurs. Cela étant il convient de ne surtout pas le dire, et de ne jamais le reconnaître publiquement. Cet état de fait n’est pas sans conséquence en matière politique. Ici la situation est ambigüe. Par certains cotés, les citoyens veulent que « les choses changent » et sont prêts à faire au quotidien « la révolution » souhaitant derechef que « tout soit comme avant ».

Les citoyens sont régulièrement enclins à mettre en place aux plus hautes fonctions institutionnelles – et les dernières élections présidentielles en sont un exemple – des hommes nouveaux. Mais, attention, ceux-ci ne doivent rien faire de novateur sous peine d’être sanctionnés par les uns ou par les autres. L’impératif tient dans ce fameux dicton qui consiste à « faire du neuf avec du vieux ». La plupart des politiciens d’antan s’étaient spécialisés dans cette démarche extrêmement délicate qui consistait à pédaler pour faire concomitamment du « sur place, marche avant, marche arrière ». Certains auraient mérité, il y a quelques mois encore, de concourir parmi les plus grands prestidigitateurs. D’autres, nous faisait admettre certains changements tout en nous laissant croire que rien ne serait modifié dans l’avenir. Ce système a montré ses limites pour le temps de travail. Parallèlement, quelques dirigeants guidés par leur seule volonté de demeurer aux commandes ont préféré abdiquer. Les retraites, la sécurité sociale, la justice, l’enseignement  etc… en sont les exemples les plus significatifs. Ils se sont congratulés pour laisser la situation en l’état : Les successeurs assureront la suite. A noter que les successeurs sont maintenant dans la cabine de pilotage et qu’il leur appartient de décider de manière urgente de nouvelles normes, provoquant des vagues de protestation par secteur professionnel concerné.

Pour faire obstacle aux innovations nous avons un secret que les autres nations nous envient, un petit rien qui change tout. Une dose mini, que l’on appelle aussi un soupçon,  suffit à faire monter la mayonnaise sur « les conséquences dramatiques » des nouvelles mesures mises en œuvre. Le soupçon permet à lui seul de semer cette graine magique qui pousse en toute saison, le doute. Il apparait aux coins des rues,  relayé par les médias qui assurent la pérennité de leurs fonds de commerce. Pour cela ils s’appuient sur la compagne du soupçon. Méchante,  nourrie par la jalousie, l’ambition et la malveillance, la rumeur permet de faire accoucher la montagne d’une souris et assure parfois l’infortune du bon sens. Il est vrai que le soupçon et la rumeur obtiennent raison  auprès de tous ceux qui connaissent la suite, par avance. Pour eux, « il n’y a pas de fumée, sans feu » !

03.07.2008

Lutte d'influence

Ils viennent régulièrement visiter nos consciences. Ils appartiennent, à une imagerie simpliste. Ils sont deux. Ils sont frères ennemis depuis toujours ou tout au moins depuis longtemps. Ils sont rusés au point d’employer tous moyens pour nous convaincre. Il faut bien avouer qu’ils déploient, chacun à leur manière, une argumentation en béton. Bien entendu ils plaident chacun pour leur paroisse et ils ont des avis diamétralement opposés. Quand l’un fait appel à la logique, l’autre invoque le plaisir. Le premier est économe, l’autre est dépensier. L’un vous dit que c’est important, l’autre que c’est superflu. Ils font feu de tout bois, pour avoir raison. De qui s’agit-il ?

L’un est un petit diable tout habillé de rouge et l’autre cet ange tout de bleu vêtu. Pour la plupart d’entre nous ce sont eux qui sont consultés en premier, pour distinguer le bien du mal, l’important de l’accessoire. Ils ont un avis sur tout et pour tout. Est-ce qu’ils nous simplifient l’existence ? Pas sûr. A l’inverse, que ferions nous sans eux ? De plus il faut bien reconnaître que très souvent, nous ne leur simplifions pas la vie. Et par voie de conséquence nous compliquons la nôtre… Faut-il reconnaître pour autant que ceux qui n’ont  pas affaire à eux sont plus heureux ? Pour eux, la vie doit être difficile puisqu’ils ne peuvent faire acte de discernement et choisir l’avis du  rouge ou du bleu. C’est le discernement qui donne corps à toutes nos actions quotidiennes.

Le discernement est source de tolérance, de compréhension. Il fait obstacle à la flatterie, permet le pardon. Et contrairement aux bruits que certains font courir, discerner n’est pas privatif de liberté. Il favorise la liberté d’action. Sans contrainte. C’est à partir de ce discernement que l’on peut continuer à cohabiter avec l’être aimé, à se rendre à son bureau tous les matins, à accepter un emploi qui n’est pas tout à fait celui recherché, à aller visiter une parente éloignée, à ne pas adhérer à la première secte venue… Cela étant, l’avis du diablotin est très souvent séduisant. Demain tout sera peint en rose, c’est promis. Fieffé menteur ! Nous le savons pourtant que ses promesses doivent être combattues…  Nous le savons pourtant que ses conseils sont nuisibles à terme… En acceptant son avis nous nous laissons aller à la facilité  sans descendre au plus profond de notre âme pour démêler l’écheveau des possibilités offertes.

En réalité, ce n’est qu’après avoir fait le petit compte « des plus et des moins », que la décision doit être prise. Cela demande, incontestablement, une certaine formation culturelle et sociale. Il semble que la Société ne nous prépare pas vraiment aux questions que nous devons nous poser avant d’adhérer à une solution plutôt qu’à une autre. Il apparaît même que de l’extérieur nous soyons poussés vers cette solution facile qui, bien entendu, entraînera la réalisation du projet, de l’envie etc… Pour certains groupes de pressions, il n’y a pas de raison d’avoir des doutes sur la bonne voie à suivre. C’est la formule zéro effort qui doit être retenue, d’autant qu’elle est présentée par ceux qui pensent pour nous… et à la défense de leurs intérêts !

Partant du principe que le discernement fait aussi appel « au vécu » et plus exactement aux expériences vécues par chacun d’entre nous, ceux qui veulent influencer nos décisions anticipent sur l’avenir. Tous les statisticiens  le savent, la décision prise aujourd’hui n’est pas celle qui aurait été prise hier… Dés lors, c’est bien connu, puisque que rien n’est simple en ce domaine, il suffit d’influencer chacune de nos consciences pour avoir un résultat collectif !

Et pourquoi diantre faut-il que l’on ne nous laisse pas en paix  - et en toute liberté - décider et savoir ce qui est économiquement et politiquement bon pour nous ou pour notre pays. La plupart d’entre nous sait apprécier le meilleur et le pire, y compris dans le doute, et  même si comme l’a dit Jean La bruyère « Après l’esprit de discernement, ce qu’il y a au monde de plus rare, ce sont les brillants et les perles »

27.06.2008

Traces d'avenir

Choyées, connues et admirées, elles nous donnent le sentiment d’être seules à constituer le patrimoine national. Elles, ce sont les cathédrales aux flèches éblouissantes, les abbayes et les abbatiales aux chevets ventrus. Toutes sont signalées par des panneaux indicateurs, des guides touristiques, des brochures enluminées qui permettent de les visiter et de les aimer toujours et encore plus. Elles valorisent les grandes métropoles par leur majestueuse présence et sont considérées, à juste titre, comme les joyaux de notre pays. Incontestablement elles ont un rôle spirituel, historique et culturel.. Parallèlement, leurs retables ouvragés, les trésors de leurs  sacristies et leurs reliques saintes mettent l’accent sur l’aspect de leur religiosité ; un bienfait qui permet de rappeler leur première destination en qualité de lieux cultuels.

Nous, les petits clochers, les sans grade du domaine étatique, que nous reste-t-il ? Nous, les obscures églises de campagne, nous qui sommes plantées sur la place du village, nous qui sommes si souvent fermées pour nous protéger de visiteurs indélicats, devons-nous continuer à nous taire ? Nous constituons la France profonde, celle des régions. Nous avons nos particularismes et d’ici ou là, aucune ne se ressemble vraiment d’une province à l’autre. Nous aussi, nous avons nos lettres de noblesse. Nous n’avons rien à envier du style roman, gothique ou baroque. Et le fait d’être sorties de terre au XIXième  siècle, pour certaines d’entre nous,  n’autorise personne à nous traiter comme quantité négligeable. Nous ne sommes pas jalouses mais nous voulons simplement que l’on reconnaisse, maintenant plus que jamais, notre place. Envieuses de nos sœurs de marbre ? Comment le pourrions-nous alors que nous sommes reléguées, oubliées, souvent isolées  dans ces villages qui ne seraient rien sans nous ?  Le cachet, la réputation, de ces villes de quelques centaines ou milliers d’âmes suffisent à notre gloire. Nous sommes attachées au cœur de ces bourgades comme à celui de leurs habitants. Nous ne comptons plus les naissances, les mariages, les enterrements, que nos cloches ont salués. Depuis quelques temps, nous sommes inquiètes, de gros nuages s’amoncellent sur nos flèches et les coqs rouillés de nos girouettes ne donnent plus la direction du vent.

Simples bâtiments publics, « non classés » nous sommes, parait-il, dépensières : Depuis 1905 nous appartenons à l’Etat et par voie de conséquence ce sont les collectivités locales qui sont chargées de notre entretien, donc des réparations qu’exigent les vieilles pierres de nos tours et  clochetons. Or, il apparaît qu’après en avoir accepté la charge, les dépenses imposées par nos remises en état pèsent lourd dans les budgets. Une récente étude prévoit que 2800 d’entre nous – sur 15000 environ – nécessitent la restauration d’un clocher, des renforts et des soutiens qui assureraient encore longtemps notre existence. Pour se défausser, différents subterfuges sont mis en place. Bien sûr la décision de « déconstruction »  n’est pas prise de manière abrupte. La démolition pure et dure n’est pas envisagée de manière systématique. On a des égards envers nous. La méthode du pourrissement semble préférable pour se débarrasser de nos encombrantes et couteuses présences : Ne rien faire pendant des années et laisser nos vieux matériaux s’abimer dans le temps de telle sorte que nous devenions menaçantes. C’est simple, facile et cela emporte l’agrément de toute une communauté qui préfère nous voir mis à bas plutôt que d’accepter le danger que présentent nos ossements décharnés et envahis par les herbes folles. Un processus insidieux qui est déjà en marche. Sans que vous en preniez réellement conscience quelques unes d’entre nous sont régulièrement offertes aux dents assassines des tracto-pelles qui viennent mordre nos façades au prétexte que nous ne valons plus que « la casse ». Plus souvent qu’à notre tour nous nous éloignons ainsi, silencieusement,  pour disparaître un jour complètement de cette image où l’une d’entre nous célébrait la force tranquille, toile de fond de l’affiche d’un feu candidat à la Présidence de la République. Plutôt que de sortir du paysage d’autres choix heureux  nous sont proposés pour finir nos jours : Abriter dans nos murs des supermarchés ou des boîtes de nuit… Reste aussi la possibilité de servir plusieurs cultes. Dans ces conditions, pourquoi nos plaintes ?

Quelques  ouailles, avec l’approbation des membres du clergé local sont prêts à laisser la situation en l’état à et à convenir qu’il vaut mieux se préoccuper des « pierres vivantes ».  Pourquoi s’apitoyer sur ces vieilleries disent-ils ?  Ceux qui tiennent ce discours ont tort de prôner cette politique au moment ou notre Etat qui se veut laïc est confronté au déploiement d’autres religions. Celles-ci disposent de fidèles qui n’hésitent pas à mettre la main à la poche  ou à se faire aider par différents pays de leur monde. Tout est bon pour construire à la gloire de Dieu. Ils n’hésitent pas. Vous qui devriez prendre notre défense vous tergiversez, préférant vous mettre la tête dans le sable. Vous pensez aussi que nous serons toujours assez nombreuses pour vous représenter avec force. Vous êtes dans l’erreur : Si vous n’y prenez garde, l’effondrement de nos pierres coïncidera avec la disparition de votre univers religieux, culturel voire  politique. Nos pierres ne sont pas uniquement les traces du passé. Elles constituent un rempart pour l’avenir.

 

Toutes les notes