21.11.2008
Un grand chapeau
La nouveauté de la saison à venir tient dans un chapeau. Celui-ci semble revenir en force, si l’on en juge par les récents défilés de mode qui lui donnent une place prépondérante.
Les modistes peuvent se réjouir tout comme les marchands de petits papiers. Il y a en effet une parfaite corrélation entre le renouveau du couvre-chef et le tirage au sort. Désormais la vérité, l’égalité, la paix entre les hommes sortiront d’un chapeau. Pourquoi ne pas imaginer que prochainement sur la place de nos bourgades un groupe d’individus s’arrêtera subitement tandis que l’un se décoiffant, offrira telle une aumônière, son chapeau pour recueillir les votes favorables à une décision juste ? Qu’il sera beau, ce temps de la démocratie représentative, en tout, pour tous et partout ! Cette idée généreuse repose, semble-t-il, sur une spécialité française où se mêlent délicieusement le fait de « tirer » et « la destinée ».
Notre vie quotidienne, dés l’enfance, tout comme notre vocabulaire et notre histoire nous rappelle qu’il y a lieu de poursuivre dans cette voie à la fois pour choisir, décider voire contraindre son prochain. Ainsi, qui n’a pas « tiré à la courte paille », bu à « tire-larigot » ou ignore ce fameux « Messieurs les Anglais tirez, les premiers » ? Ce ne sont là que quelques exemples car, sans que nous n’en ayons pleinement conscience, notre environnement est empli de ce « tire-quelque chose » qui consiste principalement à extraire ou à déplacer un objet ou un liquide d’un endroit précis. Le plus usité étant, après le tire-lait, le tire bouchon qui, en saison est concurrencé par le tire-fesses, sans préjudice pour le tire-botte, le tire jus, et surtout le tire-au-cul que le dictionnaire confond judicieusement avec le tire au flanc.
Le sort n’est pas plus mal loti, car ici aussi la référence est ancienne et culturelle. Un certain nombre d’entre nous vivent leurs décisions quotidiennes selon l’acception de Jules César. Alea jacta est, les dés sont jetés ! Hormis l’exception au terme de laquelle « on vous jette un mauvais sort », tout ce qui arrive à quelqu’un du fait du hasard donne ses lettres de noblesses voire son aspect royal au sort. C’est le cas lorsqu’il est associé au tirage de la fève à l’Epiphanie ! Chemin faisant, pour peu que chacun y mette du sien, on arrivera à tout gérer comme « le jeu de l’amour et du hasard » ! Cependant, pour « tirer l’affaire au clair » il faut simplement avoir en mémoire que le sort reste, une désignation, c'est-à-dire tout ce qui est opposé au choix ou à une élection. Institutionnellement ce n’est plus de la démocratie mais concerne tout ce qui relève de la chance.».
Il n’est pas question de revenir ici sur une proposition pré-électorale formulée pour plaire à ceux qui, mécontents de leur sort, imaginent que leur bonne étoile sera mieux servie par le hasard que par leur vote. Voyons plutôt ce que le tirage au sort pourrait proposer de véritablement nouveau dans notre société et plus particulièrement ce qui permettrait de valoriser l’ambition de ces hommes politiques qui, finalement, s’oublient dans la distribution de la destinée. Ainsi par exemples, les salaires - pardon les défraiements - les voyages, les voitures et tous autres petits avantages tirés des fonctions électives, et surtout pour la première d’entre elles, ne pourraient-ils pas, désormais, être tirés au sort ? Ne voyez rien de malicieux dans cette proposition. Elle est formulée dans l’esprit de ce grand jeu du « n’importe quoi » ou chacun semble de plus en plus « tirer la couverture à soi » en feignant de se préoccuper du sort des autres !
D’ailleurs le tirage au sort permettrait à y bien réfléchir de résoudre la plupart des problèmes pour la saine gestion de l’Etat. Y compris pour les retraites et les remboursements de soins. Et s’il était décidé de redistribuer de cette manière les profits de la Française des jeux à tous les demandeurs d’emploi, les jeunes ou les plus âgés, à tous les démunis ? Chacun d’entre nous aurait droit à une « chance en plus » ? Par la distribution gratuite d’un billet qui organiserait « une super-cagnote » pour tout et pour tous. Elle serait belle cette vie où chacun pourrait bénéficier d’une distribution guidée par la bonne fortune. Les citoyens se diviseraient alors en deux catégories. Ceux qui se contenteraient de leurs sorts et les autres qui n’auraient jamais la chance de gagner. Ces derniers diront « Coquin de sort ». En quelque sorte, rien n’aurait changé en ce monde nouveau !
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19.11.2008
Je le sais, puisqu'on me l'a dit...
Dans les années 70, à la fac de droit de Toulouse, « Marcel » venait régulièrement suivre les explications de quelques professeurs qui toléraient sa présence, à condition qu’il ne s’ébruite pas trop durant les cours.
Ce qu’il faut ajouter à cette anecdote est déterminant de la suite : cet homme était un vieux professeur de droit qui avait mal tourné, au point de sombrer progressivement dans la déchéance. Une histoire triste qui avait son beau revers, puisque c’est cette ancienne fonction qui justifiait sa présence dans les jardins de la fac. Le récit était vrai puisque certains apercevaient, parfois, Marcel en pleine discussion avec quelques étudiants ou des professeurs en toge. Inutile de vous dire que j’ai quitté la fac sans savoir si ce bruit de couloir était fondé sur une once de vérité. Il y avait ceux qui en étaient convaincus et d’autres, dont j’étais, qui en doutaient en se demandant si tout cela ne contenait pas un petit fond de véracité. De génération en génération, chacun se passait le mot. Le bruit courait sur les bancs, au point que certains étudiants connaissaient même la matière enseignée jadis par Marcel. Vrai ou faux ? C’est le principe même de la rumeur. Il peut s’agir d’un canular ou d’une vérité. Comment savoir ? Difficile à détecter au premier abord, d’autant que de nos jours les informations s’emmêlent au point que l’on peut croire ou douter de tout.
Ce qui est extraordinaire dans les potins et ragots – les peoples nous tiennent en haleine à ce sujet – relève à la fois de la manière dont on prend connaissance de l’événement, à la force de conviction de la personne qui transmet l’information, à l’approbation de ceux qui sont présents autour de la table ou dans une soirée. A ce moment là, il y a toujours quelqu’un qui est prêt à délivrer une information exclusive et secrète ou, en tous cas connue d’un petit nombre. Un club de quelques initiés, composé d’éminents savants vient de faire savoir, de manière certaine, que les Américains n’ont pas débarqué sur la lune mais réalisé un montage en papier mâché, mis en scène par les studios d’Hollywood, ou que c’est un missile qui a écrasé les tours jumelles le 11 Septembre 2001. Dans le même ordre d’idée : Les égouts sont infestés de crocodiles, l’ADN, scientifiquement ne sert à rien et, Pijami Maya, le grand équilibriste indien est atteint du SIDA. A noter que plus la nouvelle est éloignée géographiquement, ou dans le temps, plus vous rencontrez des gens qui vous narrent par le menu des événements invraisemblables par des raisonnements. Invérifiables. Votre interlocuteur est tellement affirmatif que votre incrédulité vous fait passer rapidement pour un ringard : les certitudes énoncées reposent sur des sources sûres. Pour se justifier votre interlocuteur en rajoutera une couche en vous disant que les propos entendus à la radio ou que les événements vus à la télé doivent s’interpréter comme ceci ou comme cela, qu’il a lu l’information dans tel journal ou, pire encore, que tout se trouve dans un ouvrage publié chez un grand éditeur. Fin du fin, l’info est déjà sur Internet. Dans ces conditions, comment ne pas y croire. ? D’ailleurs, vous reconnaissez dans votre for intérieur que tout cela est peut-être vrai, ou en tous cas que tout n’est pas complètement faux. Vous êtes d’accord avec votre interlocuteur sur un point clé : On nous cache trop de choses. On ne nous dit pas tout. Maintenant, vous avez la réponse à ce que vous attendiez, ou ce dont vous doutiez, depuis longtemps. Ca y est : vous êtes mur pour colporter la rumeur à votre tour en ignorant, bien sûr, que vous êtes l’instrument d’un groupe de pressions qui veut faire passer un message, obtenir un marché, faire basculer une tendance politique, nuire aux uns ou profiter aux autres. A une certaine époque, les rumeurs étaient qualifiées d’instruments de propagande… Les ingrédients d’une bonne rumeur doivent être choisis avec cette attention particulière qui en font un plat délicieux et dont tout le monde se régale pendant longtemps car les rumeurs ont la vie dure. Certaines mêmes meurent et reviennent, un jour, sur le devant la scène avec force et vigueur alors qu’on les croyait oubliées dans les tréfonds de l’histoire.
Ceci étant, la rumeur économique et politique, bien présente dans notre quotidien, semble contrainte d’employer des chemins de plus en plus sophistiqués : Les acteurs se voient obligés de mettre en œuvre des associations, la justice et bien d’autres moyens pour arriver à leurs fins. Parmi les outils utilisés on trouve ces sondages qui sont dits d’opinion. Ils attestent de rumeurs qui mériteraient, en réalité, l’analyse de spécialistes. Jetés en pâture au bon peuple, les sondages nuisent à la démocratie.
10:59 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rumeur, ragot, potin, sarkozy, politique, média

