14.11.2008

« C’est pas nous »

Régulièrement on leur dit que rien ne va s’arranger et qu’ils vont connaître des années noires. A mon avis il n’y a rien de mieux à faire pour remonter le moral des jeunes. Leitmotiv : Ils ne disposent pas de marge de manœuvre. Il leur est difficile de trouver un emploi stable et lorsqu’ils travaillent ils se voient forcés de payer pour leurs parents et de cotiser pour une retraite qu’ils n’auront pas. Je résume à grands traits, puisque je ne tiens pas compte de toutes les autres contraintes imposées par la génération précédente. A bien entendre ce qui se dit un peut partout, nous, les enfants nés après la guerre, - les baby-boomers - sommes responsables de tous les maux de la terre. Nous avons vécu dans l’insouciance, les « trente glorieuses », ces années 60 à 90 où toutes les richesses ont été mises à sac.  A noter que je mets dans le même pot, les baby-boomers et «  les soixante huitards ». Ces derniers ne sont qu’un échantillon de farfelus, dangereux idéalistes. Dans tous cas, accuser cette génération dans son ensemble consiste à faire abstraction de l’héritage laissé par les parents – les prédécesseurs des baby-boomers – et de l’évolution sociologique des dernières décennies. Il est vrai que chaque génération peut se contenter de maudire la précédente pour justifier de ses difficultés. Je ne crois pas que ce soit la solution. Cela étant, les baby-boomeurs sont en droit de rappeler qu’ils n’y sont pour rien, puisqu’ils ont trouvé la situation en l’état. Qui avait décidé, pour eux, de la retraite par répartition ? Qui leur a imposé sans qu’ils puissent choisir la capitalisation ? Qui a créé la sécurité sociale ? Qui a mis en place et organisé les syndicats tels qu’ils le sont encore aujourd’hui ? Qui s’est mathématiquement trompé en payant une retraite dés sa mise en place, à ceux qui n’avaient jamais cotisé, laissant déjà le poids de cette dette aux générations suivantes ? Ce sont ceux qui sont nés – et survécus – à  la guerre qui ont imaginé tous les mécanismes sociaux, politiques, économiques dans lequel s’est glissée la génération suivante qui, selon une expression à la mode n’a vécu que sur le « je ne pense qu’à moi » sans se préoccuper de la suite. Le reproche que l’on peut adresser aux baby-boomers tient à une connivence idéologique plutôt qu’à une participation réelle aux leviers politiques qu’ils ne maitrisaient pas dans les années 70. Ils avaient de 20 à 25 ans en 68 ! Ils ont passivement adhérés aux idées parentales en mettant Miterrand aux pouvoir, vieux cheval de retour de la IVème République. (Ministre de l’Intérieur en 1954 : « l’Algérie restera Française »). Que la situation soit claire : Il est à mon sens aussi injuste d’accuser la génération de la guerre que de vouloir absolument tomber sur ceux nés après la débâcle. Cette référence à l’histoire n’est pas neutre. Elle est indispensable pour comprendre la volonté de ceux qui ont voulu construire un système  nouveau dans un horizon qui était pour le moins, bouché de tous cotés. L’épopée communiste était en plein développement tandis qu’il convenait de repousser les assauts de l’oncle Sam qui mettait son poids dans la balance. Dans le même temps la guerre froide tonnait aux portes de la plupart des pays d’Europe qui parallèlement essayaient de démêler l’écheveau dit « colonial ». L’Inde, le Congo, l’Indochine, l’Algérie, l’Angola et d’autres nations émergentes réclamaient leur indépendance, ruinaient l’économie chancelante des nations qui avaient connu la guerre, amputaient la jeunesse et les espoirs de cette génération née avant la guerre et qui voulait… la paix à tous prix. Des moments de troubles dans une période trouble. Il fallait vite, répondre aux difficultés intérieures et aux exigences des peuples. Les parents des babys-boomers ont-ils bien fait en agissant de la sorte, imposant une nouvelle organisation sociale et dilapidant les conquêtes ? Dans le temps, l’histoire répondra à la question. Les reproches, les regrets ou les remords ne changeront rien à leurs agissements. Dés lors, les babys-boomers se sont vus infligés des diktats qui n’étaient pas les leurs. Les aménagements dont ils ont hérités sont venus, insidieusement, se heurter à la mondialisation. Arrêtons la mise en œuvre des guerres inter-générationelle et reconnaissons simplement que chaque génération doit relever ses propres défis. C’est d’ailleurs ce que fait la génération d’aujourd’hui – ceux qui ont entre 25 et 40 ans - en sauvegardant, envers et contre tout, une certaine croissance, la culture de leurs ancêtres, l’environnement, construisant l’Europe dans un monde en mouvement. Il est sur que la jeunesse  est actuellement confrontée aux difficultés de l’emploi, à la dette, à des obligations qui demanderont des efforts et des économies d’échelle. Mais il n’en est pas moins vrai que ce n’est pas en traitant les prédécesseurs de « profiteurs », en conservant des structures désuètes, en multipliant les lamentations, les doutes, voire les constats d’échecs à l’égard de la génération qui décline, qu’on  donnera courage et volonté à ceux qui montent au front. Donnons aux jeunes une image positive de l’avenir et pour ce faire il nous appartient de leur faire confiance. Ainsi, à son tour, « la nouvelle géné », fera  naître des lendemains d’espérance. Un dernier point : La génération des « c’est pas nous » qui va laisser les commandes,  a tout de même bâti une société de paix entre les peuples pour le bien de ceux qui allaient les suivre. Rien que cela, « ça vaut », non ?

12.11.2008

Gardiens de la Paix

Sur le pas de la porte, un désaccord opposait un concierge à son voisin. Celui-ci promettait de lui « garder un petit chien de sa chienne ». La réflexion, ponctuée par un tonitruant « Ici, le gardien, c’est moi » me fit penser que la sémantique se logeait partout, et plus particulièrement chez les concierges qui sont désormais des gardiens d’immeubles. La sémiologie appliquée à la vie sociale donne aux mots des nuances purement conventionnelles puisque le fond reste le même. Cet embrouillamini entre la désignation et la fonction  me donne l’occasion de rappeler l’existence de ces nombreux  gardiens spécialisés , qu’il n’y a pas lieu de distinguer des autres  professionnels. En fin de vie tous passent   d’un état à un autre et finissent parmi les « gardés ».

En haut de la hiérarchie,  l’expression « Garde des Sceaux »  peut laisser croire à certaines âmes lyriques que l’héritier du Chancelier de l’ancien régime chargé de conserver les sceaux royaux poursuit cette tradition.  En laissant libre cours à leurs pensées  ces âmes poétiques pourraient voir un Ministre de la justice qui s’enferme tous les soirs dans un petit cabinet noir pour y déposer  les précieux  tampons officiels. Il est vrai que la locution n’est pas claire  pour celui qui s’arrêterait au sens premier du terme. A fortiori, s’il l’on s’en tient au son du sceau on peut tout aussi croire à la responsabilité du garde des sots ou encore à celle d’un surveillant chargé des seaux. On aurait alors affaire  à quelqu’un disposé à arranger les bidons des justiciables.  De même, le  garde du corps donne lieu à interprétation. Le synonyme est parfois animalier. C’est, dit-on,  un gorille qui assure la garde rapprochée. A cet égard, l’esprit du plus crédule est contrarié par le fait qu’il ne peut imaginer se rapprocher d’un gorille. Le garde pêche et son homologue de la chasse sont chargés de la lutte contre des individus qui, par principe, ne sont pas en règle avec les exigences législatives et réglementaires spécifiques à ces domaines. Ainsi, la définition de la fonction est une chasse gardée pour exégètes puisque le fait de ne pas avoir de permis exige la compétence d’un gardien.  Par tradition, le garde républicain assure la garde montante ou descendante comme le chante Bizet. C’est l’occasion de  se mettre au garde à vous pour le plus grand plaisir des amateurs de panache. Je ne vous parlerai pas du garde chiourme, ni du garde barrière, l’une et l’autre mission étant en voie de disparition.  Le chant des chiourmes ne fait plus avancer les galères et les barrières sont de plus en plus souvent automatiques.   Reste encore le gardien de buts. Ici la situation devient totalement incompréhensible pour le néophyte en football. S’il est bien quelqu’un qui doit s’interdire de garder quelque chose c’est bien celui-là. Il se doit de dégager sans rien garder.

Les choses qui nous entourent sont chargées, elles aussi,  de la garde. Dans la palette des garde-manger, garde-meubles et autre garde-mites j’ai sélectionné le garde boue et le garde fou. L’un et l’autre témoignent d’une fonction complexe. Certes le garde boue protège des éclaboussures mais, par ailleurs, il n’a pas toujours la place de tout stocker. Dès lors, tout ce que le garde boue ne garde pas, où le met-il ? Quant au garde-fou, peu de gens sont conscients de sa difficulté : Il doit trier les sains d’esprit et les malades du bocal qui aiment se pencher vers le précipice.  

Il  y a aussi tous ces panneaux qui, à la  campagne,  mettent en garde contre le chien du même nom. Le texte  est parfois agrémenté de l’image d’un molosse qui n’a rien à voir avec le vieux clébard rhumatisant que l’on aperçoit au fond du jardin. A l’inverse ceux qui confient la garde à un dogue allemand, en pleine santé, ne donnent aucune précision afin de laisser à l’importun la joie de découvrir le gardien.

Le développement de cette notion de garde ne semble pas, à première vue, compatible avec la société de consommation,  qui par principe ne garde rien. En réalité le développement des différentes sortes de garde sont là pour témoigner du contraire parce que  d’éventuelles agressions menacent régulièrement la propriété privée.  Les entreprises de gardiennage  fleurissent un peu partout et l’engouement pour le home sittnig permet à de vieux os de vivre au soleil des vieilles pierres. On assiste plus que jamais à la garde des richesses matérielles figées en un lieu donné : les grands magasins, les usines, les stocks etc...

 Parallèlement  à cette notion de protection, notre société se sert de la garde pour se débarrasser de tout ce qui pourrait gêner le plaisir ou les loisirs de ceux qui doivent « profiter de la vie ». D’où le développement de la  garde des nourrissons, des enfants, des vieux,  des malades, des chenils etc…  C’est le développement de la garde - refus ou de la garde- refuge devant les incitations et les tentations de la société.

Au final, quelle est la garde la plus importante, celle qui nous concerne au plus profond de nous même, celle qui nous permet, en  toute circonstance de garder la tête sur les épaules ?  N’est-ce-pas celle qui consiste à  garder son sang froid ?  Une garde précieuse pour tous puisqu’elle fait de chacun d’entre nous, des gardiens de la Paix.