19.11.2008
Je le sais, puisqu'on me l'a dit...
Dans les années 70, à la fac de droit de Toulouse, « Marcel » venait régulièrement suivre les explications de quelques professeurs qui toléraient sa présence, à condition qu’il ne s’ébruite pas trop durant les cours.
Ce qu’il faut ajouter à cette anecdote est déterminant de la suite : cet homme était un vieux professeur de droit qui avait mal tourné, au point de sombrer progressivement dans la déchéance. Une histoire triste qui avait son beau revers, puisque c’est cette ancienne fonction qui justifiait sa présence dans les jardins de la fac. Le récit était vrai puisque certains apercevaient, parfois, Marcel en pleine discussion avec quelques étudiants ou des professeurs en toge. Inutile de vous dire que j’ai quitté la fac sans savoir si ce bruit de couloir était fondé sur une once de vérité. Il y avait ceux qui en étaient convaincus et d’autres, dont j’étais, qui en doutaient en se demandant si tout cela ne contenait pas un petit fond de véracité. De génération en génération, chacun se passait le mot. Le bruit courait sur les bancs, au point que certains étudiants connaissaient même la matière enseignée jadis par Marcel. Vrai ou faux ? C’est le principe même de la rumeur. Il peut s’agir d’un canular ou d’une vérité. Comment savoir ? Difficile à détecter au premier abord, d’autant que de nos jours les informations s’emmêlent au point que l’on peut croire ou douter de tout.
Ce qui est extraordinaire dans les potins et ragots – les peoples nous tiennent en haleine à ce sujet – relève à la fois de la manière dont on prend connaissance de l’événement, à la force de conviction de la personne qui transmet l’information, à l’approbation de ceux qui sont présents autour de la table ou dans une soirée. A ce moment là, il y a toujours quelqu’un qui est prêt à délivrer une information exclusive et secrète ou, en tous cas connue d’un petit nombre. Un club de quelques initiés, composé d’éminents savants vient de faire savoir, de manière certaine, que les Américains n’ont pas débarqué sur la lune mais réalisé un montage en papier mâché, mis en scène par les studios d’Hollywood, ou que c’est un missile qui a écrasé les tours jumelles le 11 Septembre 2001. Dans le même ordre d’idée : Les égouts sont infestés de crocodiles, l’ADN, scientifiquement ne sert à rien et, Pijami Maya, le grand équilibriste indien est atteint du SIDA. A noter que plus la nouvelle est éloignée géographiquement, ou dans le temps, plus vous rencontrez des gens qui vous narrent par le menu des événements invraisemblables par des raisonnements. Invérifiables. Votre interlocuteur est tellement affirmatif que votre incrédulité vous fait passer rapidement pour un ringard : les certitudes énoncées reposent sur des sources sûres. Pour se justifier votre interlocuteur en rajoutera une couche en vous disant que les propos entendus à la radio ou que les événements vus à la télé doivent s’interpréter comme ceci ou comme cela, qu’il a lu l’information dans tel journal ou, pire encore, que tout se trouve dans un ouvrage publié chez un grand éditeur. Fin du fin, l’info est déjà sur Internet. Dans ces conditions, comment ne pas y croire. ? D’ailleurs, vous reconnaissez dans votre for intérieur que tout cela est peut-être vrai, ou en tous cas que tout n’est pas complètement faux. Vous êtes d’accord avec votre interlocuteur sur un point clé : On nous cache trop de choses. On ne nous dit pas tout. Maintenant, vous avez la réponse à ce que vous attendiez, ou ce dont vous doutiez, depuis longtemps. Ca y est : vous êtes mur pour colporter la rumeur à votre tour en ignorant, bien sûr, que vous êtes l’instrument d’un groupe de pressions qui veut faire passer un message, obtenir un marché, faire basculer une tendance politique, nuire aux uns ou profiter aux autres. A une certaine époque, les rumeurs étaient qualifiées d’instruments de propagande… Les ingrédients d’une bonne rumeur doivent être choisis avec cette attention particulière qui en font un plat délicieux et dont tout le monde se régale pendant longtemps car les rumeurs ont la vie dure. Certaines mêmes meurent et reviennent, un jour, sur le devant la scène avec force et vigueur alors qu’on les croyait oubliées dans les tréfonds de l’histoire.
Ceci étant, la rumeur économique et politique, bien présente dans notre quotidien, semble contrainte d’employer des chemins de plus en plus sophistiqués : Les acteurs se voient obligés de mettre en œuvre des associations, la justice et bien d’autres moyens pour arriver à leurs fins. Parmi les outils utilisés on trouve ces sondages qui sont dits d’opinion. Ils attestent de rumeurs qui mériteraient, en réalité, l’analyse de spécialistes. Jetés en pâture au bon peuple, les sondages nuisent à la démocratie.
10:59 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rumeur, ragot, potin, sarkozy, politique, média
17.11.2008
A cheval sur l’étiquette
L’étiquette est déterminante de la chaîne alimentaire, vestimentaire ou autre. Elle déclenche très souvent l’acte d’achat d’un bien. Les fabricants savent depuis longtemps que la forme, la couleur, l’aspect général du produit, sont tributaires de ce petit bout de papier, de carton ou de la gravure sur l’emballage. Les spécialistes du marketing déploient des trésors d’imagination pour nous informer ou tromper notre vigilance. Il faudrait lire, avec attention, les lignes écrites en fins caractères qui disent toute la vérité. On apprendrait des choses fabuleuses en prenant connaissance des indications portées sur un paquet de biscuits. On peut, par exemple, y découvrir que des madeleines sont fabriquées sans œuf… C’est très fort, de présenter un biscuit sans œuf ! On ne sait pas vraiment par quel produit chimique les œufs sont remplacés. En prenant la boite sur l’étalage on ne fait attention à rien ou presque, sauf…. au prix. Prix qui est lui-même l’objet d’une étiquette qu’il faut savoir lire !
Sans étiquette le produit est sans intérêt pour le consommateur, incapable de discerner l’usage d’une boite de conserve ou d’apprécier, par avance, le contenu d’une bouteille de vin. Il y a tant dire sur l’étiquetage des bouteilles de vin... Un tonneau d’écritures n’y suffirait pas. Il y a maintenant une contre-étiquette – placée au dos de la bouteille – qui, parait-il, nous permet de mieux comprendre ce que l’on veut nous faire boire. Et pourtant, sans étiquette, le produit est nu. Cela est tellement vrai que la tendance veut que tout soit étiqueté pour être identifié, y compris les individus. Cela nous donne la joie de voir à la sortie d’une réunion professionnelle des congressistes qui, ayant oublié d’ôter leurs badges ressemblent aux bestiaux d’un concours agricole, eux-mêmes tributaires d’un collier passé autour du cou… Il arrive même que des hommes politiques soient « sans étiquette », donc sans indentification bien claire sur leurs opinions. Tout un programme !
Les spécialistes de la conception de l’étiquetage ont également le don de nous agacer quelque peu. Pas seulement par leur créativité ou leurs images incitatives à l’achat mais aussi et surtout par la manière d’utiliser l’étiquette comme un moyen lutte contre le coulage. Le processus est toujours le même : Tous les consommateurs paient pour quelques malveillants. Dans cet esprit, qui n’a pas pesté contre ces étiquettes impossibles à décoller, apposés sur un verre ? Sans compter qu’il y a aussi les étiquettes placées en plusieurs morceaux qui ne veulent jamais se laisser complètement gratter pour disparaître. Les moins pugnaces d’entre nous finissent par mettre sur la table une bouteille qui comporte encore les restes du puzzle de prix et des souillures de colle. L’objectif de ces colles est de faire obstacles aux petits malins qui auraient décollé un prix inférieur pour le coller sur un produit de qualité supérieure. Il y a aussi cette étiquette magnétique que le vendeur d’un grand magasin omet de démagnétiser et qui vous donne le plaisir d’être pris en défaut par le vigile à la sortie. Le rouge vous monte aux joues et vous êtes contraint de justifier votre achat, ticket à l’appui, au milieu de badauds qui vous prennent déjà pour un voleur. L’achat d’un vêtement génère aussi de grands moments de confrontation avec les étiquettes. Il y a en partout. Celle de la taille dans le cou, celle des modes de lavage sur le coté intérieur, la marque, agrafée sur une manche et pour faire bon poids, le prix qui se trouve enfoui dans une liste de chiffres et références qui pendouillent au bout d’un petit bout de carton accroché à un bouton de veste ou de pantalon. A noter que les références à usage interne permettent au vendeur averti de tout savoir y compris le prix d’achat du vêtement, ce qui lui permet de calculer éventuellement la remise qu’il peut vous accorder immédiatement…. Ou non ! Ajoutons à tout cela l’étiquette rouge et blanche « solde ».
L’étiquette est par ailleurs indispensable au voyageur qui, par principe pourra identifier ses bagages au milieu des autres ou en cas de perte. Cela étant, l’étiquette de bagage qui précise bien sûr votre identité et votre adresse donne de précieuses indications à certains aigrefins qui vous repèrent dans la file d’attente d’un aéroport lorsque vous êtes en partance pour les Canaries. Ils savent ainsi qu’ils disposent d’une bonne semaine pour visiter votre appartement. La prudence exige que les coordonnées soient simplement protégées de la vue des indiscrets, sauf à inscrire l’adresse de votre fille ou du commissariat le plus proche de votre domicile.
L’étiquette est devenue aussi un moyen de traçabilité du produit et du consommateur d’où les fameux codes-barre qui depuis quelques années évoluent vers ce qu’il est d’usage de dénommer des « étiquettes intelligentes » qui, à partir d’une technologie de radio-identification se comportent comme de véritables « espions » de nos habitudes de vie.
Au milieu de toutes ces étiquettes j’allais oublier la plus importante, celle qui guide nos pas au quotidien et qui fait que chacun d’entre nous est respectueux du cérémonial, de l’ordre des préséances et de manière générale de tout ce qui peut choquer ceux qui ne sont pas attentifs au protocole. Nous vivons dans un monde où à chaque instant nous sommes très exigeants des règles de politesse et de courtoisie les uns envers les autres n’est-ce-pas ? « A cheval sur l’étiquette » en quelque sorte… On peut toujours rêver, non ?

