09.02.2009
arrête de les toucher !
Ma mère, qui a toujours souhaité me donner une bonne éducation me disait, il y a bien longtemps, « arrête de les toucher ».
Comme tous les enfants qui veulent montrer « qu’ils en ont » je faisais tinter de la menue monnaie dans ma poche. D’ailleurs, ne s’agissait-il pas de ce que l’on appelait « l’argent de poche » ? Il était également ainsi dénommé dans la liste des préconisations et du trousseau qu’il fallait préparer pour partir « en colonie » qui n’était pas encore des « vacances de plein air ». Cela étant ces bons principes qui m’étaient inculqués faisaient l’objet d’exhortations qui se résumaient par des mises en garde : « tu ne sais pas qui a touché ces pièces. Elles sont sales ». Bref, pour ma mère l’argent était « plein de microbes ». Du bon sens qui échappait à l’esprit de l’enfance. Au point que mon amour propre en prenait un coup que d’être contraint de considérer l’argent, sale. J’étais sans le savoir, en train de recevoir une éducation basée sur des principes scientifiques puisque je viens de découvrir, dans un journal anglais, à grands renforts de précisions, que la grippe, peut se transmettre par les billets de banque ! Voilà une nouvelle qui va changer le cours des choses en général et de l’argent en particulier. Les biftons qui ont déjà mauvaise réputation, non contents de nous pourrir la vie quand on n’en a pas, vont maintenant s’attaquer à notre santé quand on les aura en main ou planqués dans les lessiveuses et les piles de draps.
Ma voisine, pingre et nerveuse, a pris connaissance de cette extraordinaire révélation. Elle, qui ne « les attache pas avec des saucisses » m’a clairement transmis ses inquiétudes : Des billets porteurs de virus et autres petites bêtes dans le genre « tu ne me vois pas mais je peux te faire mal », moi, je n’en veux plus, me dit-elle. Elle a même envisagé, sans pouvoir s’y résoudre, de « jeter son argent par les fenêtres », et j’ai été obligé de mettre un terme à ses errements en lui disant qu’il ne fallait pas tout prendre « pour argent comptant » et que ses billets « à elle » n’étaient peut être pas contaminés par la grippe. Surtout la grippe a-t-elle surenchéri ; sous entendu que toutes les autres maladies, la tuberculose ou la colique pouvaient bien exister mais que cela pouvait toucher les autres, alors que la grippe la concernait directement. Je l’ai définitivement rassurée en lui disant que peu de gens pouvait confondre un fafiot et un mouchoir en papier et que nos coupures étaient bien trop petites et par trop rigides pour qu’elles remplissent cette mission pratique ou d’autres de même nature. Quand j’ai pu constater qu’elle avait retrouvé son calme, j’ai pu même lui dire que le mieux serait pour elle de rassembler son liquide – bizarre d’appeler l’argent liquide, non ? – et d’aller le remette dans son flacon d’origine : Un billet de banque est fait pour retourner à la banque. Là, j’ai ressenti à nouveau son angoisse. Placer son argent à la banque lui avait toujours paru incongru mais, en ce moment, alors qu’elle lisait quotidiennement dans les journaux que les banques étaient en faillite, c’était trop lui demander. Justement lui ai-je dit, comme « l’argent n’a pas de maître » c’est maintenant plutôt que jamais qu’il fallait accomplir cette démarche. Et pourquoi me dit-elle ? Mais pour éviter la grippe lui dis-je tout de go. Son visage s’est éclairé et elle a acquiescé à ma suggestion. Pour elle, c’était bien la solution que de rassembler en un seul et même lieu tous les foyers de grippe. Tant pis si les banquiers se voyaient tous grippés ; cela faisait partie du risque du métier. J’ai renoncé à lui expliquer le fonds de ma pensée :
Si tous les banquiers sont frappés par la grippe, ils finiront par la filer à ceux qui ne sont pas banquiers, et donc à chacun d’entre nous. Au final, c’est tout le système économique – et c’est déjà le cas aujourd’hui – qui sera grippé. Ce n’est pas une solution que de laisser la pandémie se développer en un lieu donné. C’est au moment où les gens sont malades qu’il faut s’occuper d’eux et leur apporter soins et attentions. Certes, le Gouvernement met tout en œuvre pour enrayer le mal et isoler les malades des uns des autres, puisque les plus atteints sont mis en quarantaine. Mais il est à craindre que ce ne soit pas suffisant si chacun d’entre nous ne décide pas, une fois pour toute, d’accorder sa confiance à une corporation qui, malgré tous ses défauts, a le mérite de répondre aux besoins de l’économie toute entière.
Ne voyez pas ici une statue dressée au veau d’or mais plutôt l’intention de répondre aux détracteurs ignorants du fonctionnement précis des mécanismes financiers qui nous inquiètent régulièrement à coup de milliards disparus. Ils tombent à bras raccourcis sur ces banquiers qu’il suffit de vilipender pour cristalliser tous les ressentiments. Ils appuient sur les aigreurs ressenties de longue date à l’égard de cet argent décrié et irremplaçable pour échanger, commercer, développer un pays. Incontestablement, chacun souhaite obtenir les bienfaits cet argent. Le vieux dicton de sagesse dit vrai : Il ne fait pas le bonheur mais… il y contribue.
05.02.2009
Les fesses froides
Tous les ans on nous rabat les oreilles avec l’attribution d’une grande cause nationale ou internationale.
Cette fois le prétexte se situerait sous la ceinture des enfants. L’emploi du subjonctif est justifié puisque le quart de page consacré au sujet par « Le Figaro » du 24/25 janvier indique que « 2009, pourrait être l’année de l’abolition de la fessée ». Sous entendu, rien n’est fait, mais ça chauffe. Façon de parler car, en fait, il semble que les mains sur les fesses ne sont pas prêtes à vivre leurs derniers assauts brulants. En effet, le même article précise que « le défi semble trop ambitieux pour 2009 ». Ces doutes se fondent sur des données chiffrées : 23 pays sur 192 ont légiféré et interdit les fessées, gifles et autres tapes. Rien n’est signalé sur les tapettes qui incontestablement sont, avant toute autre chose, une petite tape. C’était le thème d’une comptine qui a bercé notre enfance : « Le premier de nous deux qui rira, aura une tapette »…
En Europe 18 pays sur 47 ont souscrit à la suppression de cette infamie et la France n’est pas signataire. Ouf, on l’a échappé belle, mais pour combien de temps ? Rien ne dit qu’à brève échéance il ne conviendra pas de suivre ceux qui actuellement développent leurs idées du haut vers le bas en faisant l’amalgame entre la brutalité et la fessée. Dans cet esprit, le Conseil de l’Europe veut faire approuver prochainement « une politique commune de stratégies intégrées contre la violence ».( Dixit, Elda Moreno, Directrice du programme « Construire une Europe pour et avec les enfants »). Contre la violence d’accord, mais il ne faut la confondre avec la pan-pan cul-cul ! Ce serait mettre dans le même panier la fessée et les actes de brutalité que subissent certains enfants dans le monde. Grotesque. C’est ce même esprit qui anime le site « Ni claques, Ni fessées » où l’on ne manque pas mettre à la casse les préceptes de ceux qui nous ont précédé. La Bible, Napoléon et de nombreux pays ont droit à une volée de bois vert sur une méthode éducative vexatoire. Il faut dire que je ne suis pas très objectif : j’ai toujours eu une certaine aversion pour tout ce qui est « Ni,Ni ». Cela me rappelle ces merveilleuses années 68 et suivantes qui, comme tout le monde le sait maintenant, ont été riches d’enseignements et de niaiseries de toutes sortes.
Si l’on est de notre devoir de développer les vertus de l’enfance, il est également nécessaire d’accorder crédit au comportement « adulte » des parents. La Société ne cesse de les culpabiliser. Or, dans la plupart des cas, les parents « font au mieux » pour remplir leur mission. Ils sont en droit de se voir considérer comme des « éducateurs attentifs ». Et cela bien qu’il n’y ait pas d’écoles pour devenir « parents ». L’on n’est « parents » qu’une fois ; et ce temps là passe vite. Dés lors, laisser l’enfant « être acteur de leur vie » n’est pas le meilleur service que l’on puisse rendre à la génération à venir. Sérieusement est-ce qu’une fessée se doit d’être réglementée et interdite par un législateur ? « Les adultes » sont aujourd’hui suffisamment « frustrés » pour qu’on n’en rajoute pas une couche en administrant à leur esprit délité une fessée en prime.
Il faut en finir avec les intentions malveillantes à l’égard de l’éducation reçue et des principes inculqués par les précédentes générations. Est-ce que faire table rase du passé apporte la réponse aux problèmes et aux angoisses de la jeunesse ? Atermoyer ou ne pas adopter une ligne de conduite claire ; accepter de ne pas être respecté ; ne plus se comporter en maître aimé et vouloir absolument être considéré comme « un copain » plutôt que comme que comme « adulte responsable », sont les solutions préférées de ceux qui imaginent une vie de famille sans fessée bien que bouleversée par d’autres contraintes sociales. Le divorce, la séparation et la « famille reconstituée » provoquent des chocs et des traumatismes bien plus graves qu’une fessée. Rien de tout cela rien n’est évoqué par les donneurs de leçons parentales qui envisagent de remplacer le bon sens par une espèce de guimauve à la sauce « psycho » qui mâchée et régurgitée serait instaurée, à tort, pour le bien de tous. En quelque sorte, pour résoudre les difficultés de l’enfance il semble préférable d’infantiliser les parents.
Sans compter que « la fessée peut être morale ». Un mot, une phrase blessante laissent des traces pour la vie. De cela il n’est pas question non plus.
Sans faire ici « l’éloge de la fessée, je demande simplement la liberté parentale pour éviter que l’on demande encore au législateur d’intervenir dans les relations privés, sauf en cas de maltraitance qui exige une intervention urgente.
La conséquence d’une réglementation de la « la fessée » ne peut entraîner qu’elle nouvelle déresponsabilisation de parents qui pourront s’appuyer sur une moralité lissée, identique pour tous. C’est là d’une chimère égalitaire, éloignée de la diversité des êtres qui peut éventuellement déboucher sur la multiplication des maisons de correction, complice de l’ordre social et recours de l’Etat. Dés lors, je préfère que nos enfants aient demain la tête haute à défaut d’avoir eu, hier, les fesses froides.

