25.11.2008
Le pied, c’est le pied
A la différence du bambin qui découvre progressivement que pour avancer il faut mettre un pied devant l’autre, nous adultes, nous ne prêtons plus attention à cette démarche qui est pourtant fondamentale. Certes, me direz-vous la tête est aussi importante et il vaut mieux, à première vue, perdre pied que perdre la tête. En réalité tout est lié. L’une ne peut aller nulle part sans que l’autre suive. Et pourtant on garde la tête sur les épaules sans toujours trop savoir où l’on met les pieds. A cet égard le pied prend toute son importance. On peut mettre les pieds un peu partout en ayant la tête ailleurs. Ainsi, nos pieds marquent la différence puisqu’ils laissent une empreinte, la trace de notre passage, y compris quand on la tête dans les étoiles. C’est un pied devant l’autre que l’on avance dans le long cheminement de la vie. Sauf pour ceux qui marchent en mettant les deux pieds dans le même sabot. C’est semble-t-il, ce qu’ont fait un grand nombre d’électeurs, lors des dernières élections municipales. Sans vouloir mettre les pieds dans le plat, ils ont laissé sécher sur pied des édiles qui durant leur mandat, avaient souvent fait des pieds et des mains pour valoriser leur ville. C’est dommage de les avoir ainsi remerciés par un simple « c’est bien fait pour leurs pieds » voire par un « ça leur fera les pieds ». Attitude d’autant plus regrettable qu’un certains nombre de sortants avaient encore bon pied, bon œil pour continuer leurs missions. Certes, un certain nombre de ces élus avaient les pieds au chaud. Mais était-ce une raison suffisante pour avoir organisé cette grande mise à pieds ?
Il faut dire que les candidats-maires des grandes villes, aujourd’hui élus, se sont engagés d’un même pas ou si vous préférez sont partis d’un même pied – le gauche –en battant la campagne pied à pied. Ils nous ont montré qu’avant d’être des hommes de tête, ils étaient avant tout des hommes de pieds. Elus, ces maires, tout comme leurs prédécesseurs, s’enfermeront dans leurs bureaux sans que l’on ne les voit plus jamais déambuler comme ils l’ont fait sur les marchés et autres lieux publics. Ils se sont tapés moult marches à pied avant de rouler en voiture – avec chauffeur – tout le reste de leur mandat. Remarquons que lors de leurs randonnées pédestres ils ont pratiqué le croche-pied, une grande spécialité des pieds nickelés. Certains n’ont pas hésité – en tous cas on a vu des candidats verts le faire – à couper l’herbe sous le pied de ceux qui, sans vergogne étaient prêts à lever le pied avec des partisans qui, au pied levé, se disaient de leur côté. Dans le même, esprit d’autres marchaient sur les pieds de ceux qui étaient perchés sur un pied, ou qui faisaient le pied de grue.
Est-ce à dire que les autres candidats, ceux qui n’ont pas pu retomber sur leurs pieds, étaient tous des candidats aux petits pieds ? Sûrement pas. Peut-on imaginer que ces candidats malheureux n’étaient pas sur un pied d’égalité avec leurs rivaux ? Les battus, on le sait maintenant, n’ont pas toujours su sur quel pied danser face à leurs électeurs. Parmi eux ils y avaient ceux qu’ils connaissaient bien comme les gens de pieds, les pieds noirs ou les pieds plats et les pieds bauds mais, ils ne se sont pas assez méfiés des pieds de biche. Pire encore, ils n’ont pas vu que d’autres candidats étaient habillés de pied en cap, en pied de poule.
Quoi qu’il en soit ceux d’hier sont descendus de leur piédestal pour toucher du pied le fond et laisser ainsi les nouveaux élus prendre leurs pieds. Car c’est bien de cela qu’il s’agit finalement. Mais, les réjouissances d’adoubement achevées les nouveaux élus seront bien obligés de se jeter aux pieds de ces électeurs versatiles qui ne manqueront pas de leur casser les pieds avec leurs demandes répétées. Ces quémandeurs de tous ordres qui estimeront avoir mis le pied à l’étrier de leurs élus formuleront des exigences de plus en plus contraignantes.. C’est à ce moment que « ceux d’avant » leur diront que c’est au pied de l’arbre que l’on juge la cognée et que malgré leurs efforts de rester pieds et poings liés à leur fauteuil, ils se verront, un jour ou l’autre, mettre un coup pied aux fesses. Ils le savent eux les battus d’hier, que pour un élu ce n’est pas toujours le pied.
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21.11.2008
Un grand chapeau
La nouveauté de la saison à venir tient dans un chapeau. Celui-ci semble revenir en force, si l’on en juge par les récents défilés de mode qui lui donnent une place prépondérante.
Les modistes peuvent se réjouir tout comme les marchands de petits papiers. Il y a en effet une parfaite corrélation entre le renouveau du couvre-chef et le tirage au sort. Désormais la vérité, l’égalité, la paix entre les hommes sortiront d’un chapeau. Pourquoi ne pas imaginer que prochainement sur la place de nos bourgades un groupe d’individus s’arrêtera subitement tandis que l’un se décoiffant, offrira telle une aumônière, son chapeau pour recueillir les votes favorables à une décision juste ? Qu’il sera beau, ce temps de la démocratie représentative, en tout, pour tous et partout ! Cette idée généreuse repose, semble-t-il, sur une spécialité française où se mêlent délicieusement le fait de « tirer » et « la destinée ».
Notre vie quotidienne, dés l’enfance, tout comme notre vocabulaire et notre histoire nous rappelle qu’il y a lieu de poursuivre dans cette voie à la fois pour choisir, décider voire contraindre son prochain. Ainsi, qui n’a pas « tiré à la courte paille », bu à « tire-larigot » ou ignore ce fameux « Messieurs les Anglais tirez, les premiers » ? Ce ne sont là que quelques exemples car, sans que nous n’en ayons pleinement conscience, notre environnement est empli de ce « tire-quelque chose » qui consiste principalement à extraire ou à déplacer un objet ou un liquide d’un endroit précis. Le plus usité étant, après le tire-lait, le tire bouchon qui, en saison est concurrencé par le tire-fesses, sans préjudice pour le tire-botte, le tire jus, et surtout le tire-au-cul que le dictionnaire confond judicieusement avec le tire au flanc.
Le sort n’est pas plus mal loti, car ici aussi la référence est ancienne et culturelle. Un certain nombre d’entre nous vivent leurs décisions quotidiennes selon l’acception de Jules César. Alea jacta est, les dés sont jetés ! Hormis l’exception au terme de laquelle « on vous jette un mauvais sort », tout ce qui arrive à quelqu’un du fait du hasard donne ses lettres de noblesses voire son aspect royal au sort. C’est le cas lorsqu’il est associé au tirage de la fève à l’Epiphanie ! Chemin faisant, pour peu que chacun y mette du sien, on arrivera à tout gérer comme « le jeu de l’amour et du hasard » ! Cependant, pour « tirer l’affaire au clair » il faut simplement avoir en mémoire que le sort reste, une désignation, c'est-à-dire tout ce qui est opposé au choix ou à une élection. Institutionnellement ce n’est plus de la démocratie mais concerne tout ce qui relève de la chance.».
Il n’est pas question de revenir ici sur une proposition pré-électorale formulée pour plaire à ceux qui, mécontents de leur sort, imaginent que leur bonne étoile sera mieux servie par le hasard que par leur vote. Voyons plutôt ce que le tirage au sort pourrait proposer de véritablement nouveau dans notre société et plus particulièrement ce qui permettrait de valoriser l’ambition de ces hommes politiques qui, finalement, s’oublient dans la distribution de la destinée. Ainsi par exemples, les salaires - pardon les défraiements - les voyages, les voitures et tous autres petits avantages tirés des fonctions électives, et surtout pour la première d’entre elles, ne pourraient-ils pas, désormais, être tirés au sort ? Ne voyez rien de malicieux dans cette proposition. Elle est formulée dans l’esprit de ce grand jeu du « n’importe quoi » ou chacun semble de plus en plus « tirer la couverture à soi » en feignant de se préoccuper du sort des autres !
D’ailleurs le tirage au sort permettrait à y bien réfléchir de résoudre la plupart des problèmes pour la saine gestion de l’Etat. Y compris pour les retraites et les remboursements de soins. Et s’il était décidé de redistribuer de cette manière les profits de la Française des jeux à tous les demandeurs d’emploi, les jeunes ou les plus âgés, à tous les démunis ? Chacun d’entre nous aurait droit à une « chance en plus » ? Par la distribution gratuite d’un billet qui organiserait « une super-cagnote » pour tout et pour tous. Elle serait belle cette vie où chacun pourrait bénéficier d’une distribution guidée par la bonne fortune. Les citoyens se diviseraient alors en deux catégories. Ceux qui se contenteraient de leurs sorts et les autres qui n’auraient jamais la chance de gagner. Ces derniers diront « Coquin de sort ». En quelque sorte, rien n’aurait changé en ce monde nouveau !
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