05.02.2009

Les fesses froides

Tous les ans on nous rabat les oreilles avec l’attribution d’une grande cause nationale ou internationale.

Cette fois le prétexte se situerait sous la ceinture des enfants. L’emploi du subjonctif est justifié puisque le quart de page consacré au sujet par « Le Figaro » du 24/25 janvier indique que « 2009, pourrait être l’année de l’abolition de la fessée ». Sous entendu, rien n’est fait, mais ça chauffe. Façon de parler car, en fait, il semble que les mains sur les fesses ne sont pas prêtes à vivre leurs derniers assauts brulants. En effet, le même article précise que « le défi semble trop ambitieux pour 2009 ». Ces doutes se fondent sur des données chiffrées : 23 pays sur 192 ont légiféré et interdit les fessées, gifles et autres tapes. Rien n’est signalé sur les tapettes qui incontestablement sont, avant toute autre chose, une petite tape. C’était le thème d’une comptine qui a bercé notre enfance : « Le premier de nous deux qui rira, aura une tapette »…

En Europe 18 pays sur 47 ont souscrit à la suppression de cette infamie et la France n’est pas signataire. Ouf, on l’a échappé belle, mais pour combien de temps ? Rien ne dit qu’à brève échéance il ne conviendra pas de suivre ceux qui actuellement développent leurs idées du haut vers le bas en faisant l’amalgame entre la brutalité et la fessée. Dans cet esprit, le Conseil de l’Europe veut faire approuver prochainement « une politique commune de stratégies intégrées contre la violence ».( Dixit, Elda Moreno, Directrice du programme « Construire une Europe pour et avec les enfants »). Contre la violence d’accord, mais il ne faut la confondre avec la pan-pan cul-cul ! Ce serait mettre dans le même panier la fessée et les actes de brutalité que subissent certains enfants dans le monde. Grotesque. C’est ce même esprit qui anime le site « Ni claques, Ni fessées » où l’on ne manque pas mettre à la casse les préceptes de ceux qui nous ont précédé. La Bible, Napoléon et de nombreux pays ont droit à une volée de bois vert sur une méthode éducative vexatoire. Il faut dire que je ne suis pas très objectif : j’ai toujours eu une certaine aversion pour tout ce qui est « Ni,Ni ». Cela me rappelle ces merveilleuses années 68 et suivantes qui, comme tout le monde le sait maintenant, ont été riches d’enseignements et de niaiseries de toutes sortes.

Si l’on est de notre devoir de développer les vertus de l’enfance, il est également nécessaire d’accorder crédit au comportement « adulte » des parents. La Société ne cesse de les culpabiliser. Or, dans la plupart des cas, les parents « font au mieux » pour remplir leur mission. Ils sont en droit de se voir considérer comme des « éducateurs attentifs ». Et cela bien qu’il n’y ait pas d’écoles pour devenir « parents ». L’on n’est « parents » qu’une fois ; et ce temps là passe vite. Dés lors, laisser l’enfant « être acteur de leur vie » n’est pas le meilleur service que l’on puisse rendre à la génération à venir. Sérieusement est-ce qu’une fessée se doit d’être réglementée et interdite par un législateur ? « Les adultes » sont aujourd’hui suffisamment « frustrés » pour qu’on n’en rajoute pas une couche en administrant à leur esprit délité une fessée en prime.

Il faut en finir avec les intentions malveillantes à l’égard de l’éducation reçue et des principes inculqués par les précédentes générations. Est-ce que faire table rase du passé apporte la réponse aux problèmes et aux angoisses de la jeunesse ? Atermoyer ou ne pas adopter une ligne de conduite claire ; accepter de ne pas être respecté ; ne plus se comporter en maître aimé et vouloir absolument être considéré comme « un copain » plutôt que comme que comme « adulte responsable », sont les solutions préférées de ceux qui imaginent une vie de famille sans fessée bien que bouleversée par d’autres contraintes sociales. Le divorce, la séparation et la « famille reconstituée » provoquent des chocs et des traumatismes bien plus graves qu’une fessée. Rien de tout cela rien n’est évoqué par les donneurs de leçons parentales qui envisagent de remplacer le bon sens par une espèce de guimauve à la sauce « psycho » qui mâchée et régurgitée serait instaurée, à tort, pour le bien de tous. En quelque sorte, pour résoudre les difficultés de l’enfance il semble préférable d’infantiliser les parents.

Sans compter que « la fessée peut être morale ». Un mot, une phrase blessante laissent des traces pour la vie. De cela il n’est pas question non plus.

Sans faire ici « l’éloge de la fessée, je demande simplement la liberté parentale pour éviter que l’on demande encore au législateur d’intervenir dans les relations privés, sauf en cas de maltraitance qui exige une intervention urgente.

La conséquence d’une réglementation de la « la fessée » ne peut entraîner qu’elle nouvelle déresponsabilisation de parents qui pourront s’appuyer sur une moralité lissée, identique pour tous. C’est là d’une chimère égalitaire, éloignée de la diversité des êtres qui peut éventuellement déboucher sur la multiplication des maisons de correction, complice de l’ordre social et recours de l’Etat. Dés lors, je préfère que nos enfants aient demain la tête haute à défaut d’avoir eu, hier, les fesses froides.

27.11.2008

Le tu, bas de gamme

Le « tutoiement » se développe intensément entre les individus de toutes sortes. Quelles sont les raisons qui déterminent cet usage ? Quelles sont les conséquences psychologiques et sociales de son emploi ? Comment organiser de saines relations avec le « vous » et le « tu » sans tomber dans le piège de l’excessivité ?

C’est à partir du modèle de vie anglo-saxon que nous calquons la plupart de nos habitudes alimentaires, sociales et culturelles en faisant fi de nos coutumes. Dans cet esprit la langue d’outre manche ne prévoyant pas de vouvoiement, il n’est pas question de faire désuet ou ringard et de se fourvoyer par l’emploi d’un « vous » d’un autre âge. Parallèlement, la plupart des utilisateurs « mode in States » refusent l’existence de subtiles nuances linguistiques qui en disent autant, si ce n’est plus, que notre « vous ». Par ailleurs, certains se croient obligés d’adhérer à l’énorme acquis social né à la révolution, mère de toutes les égalités. C’est cette époque qui a autorisé de dire « tu » à tous citoyens, quelle que soit son origine sociale, ses titres ou distinctions, Balivernes que tout cela. Mais comment l’expliquer à tous ceux qui croient encore que le « tu » est synonyme d’égalité ? Reste que parmi les causes de ce tutoiement à tous les étages de la société, il y a cette apparente simplicité semble procurer son usage à ses adeptes. C’est plus rapide, plus frais, plus jeune.

Mis à part ceux qui font coïncider « milieu social » et « vouvoiement » constatons que le développement intensif du « tutoiement » est lié à la génération de 68. Celle là même qui était sur les barricades et qui aujourd’hui emploie « le vouvoiement » comme pour se distinguer de ces jeunes blancs becs aux ambitions politiques insatiables ? Dés lors, « le vouvoiement » est-il une histoire de génération ou de vieux ? Notre exemple est là pour témoigner qu’il faut bien, selon la formule consacrée, que « jeunesse se passe » pour remarquer corrélativement que le temps aide au développement d’un certain respect envers ceux qui nous entourent. Celui-ci passe par l’usage du vouvoiement. Prendre un tel recul sur la situation éviterait à cette jeune stagiaire de se sentir « gauche » parce qu’elle vouvoie tous ses collègues de bureau en arrivant dans l’entreprise. Attitude qui ferait également obstacle à ce chef de service au jugement quelque peu expéditif envers cette jeune stagiaire , qui n’est pas « intégrée » puisqu’elle ne tutoie personne ! Ainsi, on ne peut que donner raison aux tenants du vouvoiement, comme principe d’éducation et de formation. Particulièrement sur le plan scolaire. Comment prévoir, comme l’a promis le candidat à la Présidence de la République , que les élèves se lèvent, lorsque le professeur entre dans la classe si la distinction n’est pas clairement établie entre le « tu » qui appartient au cercle d’intimité et le « vous » qui marque l’autorité et la considération mutuelle ? Il est indéniable que les nuances de notre langue permettent d’envoyer immédiatement le signe de l’attention respective et de l’estime que se doivent ceux qui évoluent dans un même univers. La déférence née du vouvoiement ne peut se confondre avec un signe d’inégalité entre les individus. Bien au contraire : Réserver l’emploi du « vouvoiement » à une caste, c’est reconnaître l’autorité de ce groupe d’individus sur les autres. Les tenants du « vous » dit avec condescendance le savent bien et vous le font sentir en insistant sur l’emploi du pronom. N’est-ce pas également le cas de ces enfants dans les familles recomposées ou le vouvoiement est volontairement employé à l’égard de la belle-mère ou du beau père ? Cela permet à l’enfant de « marquer ses repères » dit à ce sujet, le sociologue J. Le Goff.

Laissons le tutoiement à la promiscuité ou tout au moins à ceux qui se sont mutuellement autorisés à employer cette forme de communication. Est-ce toujours le cas du policier vis-à-vis du délinquant présumé ? Que penser également de l’attitude de certains médecins en milieu hospitalier qui tutoient leurs patients ? Que dire de ce tutoiement employé sans vergogne envers les étrangers ? La nocivité tient dans la systématisation du tutoiement. Il doit être « réservé » et « adapté » aux circonstances et ne pas être banalisé. Il faut en finir avec le tu, « bas de gamme » et le valoriser au contraire, en l’employant à bon escient, chaque fois que de besoin ou que les circonstances l’imposent dans une fréquentation. Avec Dieu, par exemple.