23.07.2008

"Tirez, Tirez, ils ont pissé partout"

Le sujet est scabreux. Il appartient pourtant à notre ordinaire. Est-ce un reste de pudeur qui fait obstacle à son évocation en société ? On en parle subrepticement, discrètement et si j‘ose dire, du bout des lèvres. Cela permet d’assister parfois à des scènes cocasses.

Celle-ci par exemple : Dans un brasserie ou autre lieu public vous cherchez l’endroit des yeux et votre quête reste vaine. Vous vous rapprochez tout naturellement du garçon de café et vous lui murmurez une demande qui concerne quelque chose dont la dénomination doit, pour vous, se prononcer à voix basse. Et c’est là que votre interlocuteur vous répond de manière tonitruante au point que tous les convives se retournent. Vous cherchez « les toilettes » ? dit-il à la cantonade.  « C’est là ». Parfois, pour  appuyer sa déclaration il  reformule la demande,  articule fortement le mot interdit,  et  donne la direction, d’un doigt moqueur. La dessus, vous rougissez et vous décampez sans demander votre reste.

Dès notre plus jeune âge, l’endroit en question est affublé de nombreux diminutifs ou de noms de pacotille. Seule une question récurrente résume l’ambigüité de la demande et de la fonction. L’incontournable « veux-tu aller au petit coin ? » prononcé avec un air contrit et un sourire en coin appartient au rituel de l’enfance. Conséquence directe : Le lieu d’aisance demeure un sujet tabou, vu du petit côté de la lunette.

Il semblerait que le lieu mérite  la considération sociale et qu’il  soit  en pleine évolution puisqu’il trône désormais en librairie. Différents ouvrages lui sont consacrés. Le dernier né est le « wc-book » (Editions Daniel Petiot). Diffusé à la fin de l’année il s’arrache sur les rayons comme un best-seller.  L’ouvrage contient des digressions de toutes sortes,  des infos insolites ou  people, des mots croisés et sudokus,  horoscopes etc… Bref, un almanach qui vous donne envie de traîner dans la place. Un vrai livre de cabinets pourrait-on dire lorsque  cette appellation vise l’endroit où l’on place et expose des objets de curiosité ou d’étude. Cette valorisation de la garde-robe, des waters, water-closet, pipi-room et autres désignations, - vous faisant grâce de la vulgarité des autres dénominations -  est un pas intéressant sur le plan sociologique.

La reconnaissance, passe aujourd’hui également  par Internet et à cet égard, je ne résiste pas à vous envoyer vers un site exceptionnel et pour le moins  original.  Sa seule vocation est de mondialiser la présentation et les prestations des toilettes publiques et privées en donnant des détails croustillants, communiqués par les utilisateurs qui peuvent télécharger leurs avis de passage. Sur http://www.baignade-interdite.com/ vous trouverez tout ce qui attrait aux toilettes des hôtels, des restaurants, des cafés, des musées, des théâtres, des gares, des entreprises et de tous autres lieux publics.  Tout est très facilement accessible par ville et forme un guide détaillé. La somme des toilettes du monde. Parfois une photo – en nombre insuffisant – vient confirmer les dires.  Un classement étoilé est établi. Le cinq étoiles étant bien sûr  le nec plus ultra. Ne manquez surtout pas de lire les commentaires. Certains sont significatifs d’un endroit qui ne vaut pas le déplacement ou qu’il ne faut jamais visiter ! Une façon de lever le couvercle, sur ce qui était récemment encore protégé par une chape de plomb. Indéniablement,  cette petite encyclopédie spécialisée est déterminante de notre mode de vie, de notre modèle social, de notre prise en considération de l’hygiène. Trop souvent, les toilettes ne sont pas à la hauteur de la réputation d’un pays, d’une famille, d’une entreprise ou d’un  établissement.  Notre pays n’est pas des mieux placés en ce domaine.

Sans compter les débordements que connaissent nos villes et nos villages, infestés par ceux qui soulagent leur vessie en tous lieux. Comment lutter contre ce phénomène ? Les collectivités imaginent des solutions. La mise en œuvre de grandes campagnes de sensibilisation telles celles qui visent à faire front aux déjections canines, l’accès gratuit aux toilettes placées sur la voie publique, la prochaine installation de « tôle ondulée » sur les parois murales afin de salir les chaussures et pantalons des indélicats, seront-elles suffisantes pour mettre un terme à ce fléau urbain qui transforme en pissotière les moindres recoins, les parkings, les escaliers, les abords des gares ?   Quels sont leurs auteurs ? Leur éducation seule est-elle en cause ou s’agit-il pour eux d’un jeu ou d’une habitude ? Doit-on y voir le refus du respect de l’organisation sociale ? Faut-il sanctionner plus régulièrement les actes de ces individus de tous âges ? A noter que, privilège des hommes, les femmes sont de plus en plus souvent  dans la course, entre deux voitures en stationnement. Peu importe, la cause, le sexe ou l’âge des contrevenants, le résultat se fait durablement sentir. C’est scandaleux !  Il est vrai que l’affaire est plaidée depuis longtemps  puisque Petit Jean dans Les plaideurs de Racine disait  déjà  «  Tirez, tirez, ils ont pissé partout ».

21.07.2008

Lobby par ci, lobby par là

Puisque les cigarettes sont à l’origine de tant de maux, pourquoi sont-elles encore vendues dans des bureaux de tabac, agréés par l’Etat ? Si, rouler au-delà d’une certaine vitesse entraîne tant d’accidents mortels, pourquoi laisser fabriquer des automobiles qui se comportent comme des bolides ? S’il est exact que transporter du liquide dans ses bagages peut favoriser un mélange explosif, pourquoi autoriser le transport aérien de 100 ml par passager alors même que plusieurs personnes, dans un même avion, peuvent additionner les contenus et provoquer une catastrophe ?

Dans la crainte de ce même terrorisme des airs, pourquoi continuer à laisser libre accès à des bouteilles en verre, armes potentielles, dans des boutiques situées au-delà des contrôles aériens ? Pourquoi servir de l’alcool, nocif pour la santé, dans les réceptions offertes par les préfectures, mairies ou autres administrations ainsi que dans les avions et navires battant pavillons nationaux ? La liste de ces questions aux réponses incohérentes est sans fin.

Au nom des grands principes, notre pays est placé sous la férule de plus en plus contraignante de groupes de pression, émanant d’horizons divers, qui viennent régulièrement dicter leurs lois à nos gouvernants, de tous bords, qui sont incités à faire régner l’ordre au nom de la démocratie et de la liberté. Peu importe que le mécanisme soit pernicieux. Drapé dans un long manteau pourpre, l’Etat se sert de ces excuses sociales pour frapper tout écart du contrevenant. Il est vrai qu’il est tellement facile à contraindre, à punir et à traire ce contribuable, que ce serait dommage de s’en priver. L’égalité justifie la logique du système, parfois même - et de plus en plus souvent semble-t-il – avec dureté. Tout le monde est logé à la même enseigne. Sauf à s’inscrire en faux, diront certains car cet égalitarisme est bafoué par les plus habiles. Que me dites-vous là ? Bien sûr il y a cet automobiliste qui vous a doublé ce matin, comme un fou, pendant que vous respectiez la limitation de vitesse. Il se fera prendre par le prochain radar s’il poursuit de la sorte, à moins qu’il ne roule avec les points de sa grand-mère, muni d’un anti radar, avec un matricule falsifié ou étranger etc… Peu importe son sort. Pour les lobbys de tous acabits, ce qui compte c’est le nombre de moutons parqués dans le même champ. Tant pis pour les exceptions, qui sortent de la nasse. La manne est dans la grande hotte internationale des laboratoires, des fabricants, des entreprises de service ou dans ces « grands mouvements » qui trouvent un intérêt à l’endroit même ou le citoyen, le client, le consommateur, passif par la force des choses subira les avatars d’une spirale infernale.

Par ailleurs, pour influencer les citoyens, rien de mieux que d’aller les chatouiller dans leur intimité, de les apitoyer ou de leur faire peur, en leur donnant l’illusion que le Droit est de leur côté. Le Droit, sans aucune contre partie bien sûr. Il est un formidable ciment qui permet de lisser tous les individus en un même bloc, tout en donnant à chacun la possibilité de se plaindre à l’envie. Il permet même aux animaux d’avoir une âme ! Il n’est pas envisagé d’établir la liste des devoirs que devraient respecter les humains à l’égard des animaux, mais il suffit d’indiquer sur une grande banderole, comme celle installée il y a quelques jours sur les Champs Elysées, que « Les animaux ont des Droits » pour faire comprendre que l’on est à la tête d’une juste cause.

Pour arriver à bonne fin et justifier l’existence de leurs associations et manèges en tous genres, ces groupes de pression recourent régulièrement à l’existence de la souffrance nationale ou internationale – cf le Tsunami et les conséquences navrantes de la grande quête – et à faire naître une certaine anxiété ou répulsion face à une situation. Aujourd’hui par exemple, il y a cette nouvelle « liste noire » des produits dangereux. Il n’est plus possible de vivre sans la crainte permanente que représentent, subitement, ces substances dans nos maisons.

Toutes les actions de ces « faiseurs d’illusions » sont organisées derrière un grand rideau de fumée où le nombre d’or se confondrait avec le « risque zéro » pour tout et pour tous. Ce qui est, ils le savent bien, utopique. Le citoyen se croit protégé. Il n’en est rien. Naïf, Il participe même activement au développement de ces groupes de pression qui partout dans le monde encaissent les bénéfices économiques, politiques, sociaux ou religieux de leurs influences. Ils font feu de tout bois et plantent leurs banderilles dans le sang de la corrida ou dans celui répandu par les chasseurs, puisqu’ils défendent un fonds de commerce qui fait obstacle à la mort, Car, pour eux, c’est bien connu, la mort, c’est comme la solitude, ça n’existe pas.