27.11.2009
T’as tout pour plaire
Il faut vivre avec son temps : Les fleurs des blouses et les rayures des tabliers de nos grands mères rencontrées sur les marchés de la belle France profonde, les jeans usés ou déchirés aux genoux, sensés donner un style aux minettes qui n’en ont pas et les casquettes « rap » ne se remarquent plus. Rien ne permet de se distinguer vraiment dans le magma ambiant. « Le look » n’est plus ce qu’il était... Comment faire pour « exister » ?
Le « look », ce petit mot court sur patte qui veut dire allure, habillement, style ou même « touche » (lorsqu’il s’entend pour « une drôle de… ») concerne en premier lieu les frusques. Celles-ci sont les indispensables accessoires du « genre ». Il convient d’y adjoindre la dégaine qui donne l’air déjanté, bobo, déluré, artiste. Le débraillé, la barbe en bataille et la chemise pendante en complément et vous obtenez la panoplie des belles images de nos rues dans villes et villages. Mais, tout ce qui paraît pourtant extravagant n’est plus suffisant. Tout se confond dans l’identique et tout se démocratise. C’est presque pire qu’au temps du béret et de la baguette Comment se faire « remarquer » et se mettre en valeur ?
Heureusement, on peut faire confiance à l’imagination des plus brillants d’entre nous pour apporter une solution à cette espèce de besoin de « nouveauté » qui, sans aucun doute, caractérise les âmes bien nées. Celles - ci trouvent en permanence des moyens neufs pour attirer le regard et permettre ainsi aux meilleurs de se distinguer dans cette pâte molle et uniforme. Il faut, depuis peu, travailler « son look » au corps. C’est là que se trouve le secret d’une personnalité qui fait souvent défaut mais qui apparaîtra comme un vrai rayonnement d’intelligence grâce à ce « plus » que l’on rajoute à la créature. A moins que ce ne soit une « marque d’adhésion » à un groupe, ou l’expression d’un corps en folie, rien ne semble plus possible sans que quelques éléments indélébiles de décoration ou quelques trous par-ci par-là fleurissent, tous sexes confondus, sur les bras, le dos ou les fesses de toutes couleurs et de tous âges. Il paraît même qu’il peut y en avoir « ailleurs » mais je n’ai pas eu l’occasion de le constater.
« Sans ton tatoo, (ou ton percing) tu peux plus rien faire coco ! C’est ça le nouveau look : les oreilles percées, et des tatouages partout ça vaut le coup... Tu peux te les faire mettre là où tu veux, quand tu veux ! C’est ton corps et tu peux en disposer comme il te plaît ! C’est la vraie liberté. Ce n’est pas génial, çà ? » A ce sujet admettez avec moi que la saison qui arrive est bien sévère pour tous ces « tatoos » qui seront bientôt cachés au sein des pulls. Heureusement, même en hiver, resteront visibles les nombrils de la gente féminine : C’est à cet endroit que de petits brillants mettront le feu aux ailes des papillons bleus ! (C’est tellement distingué aujourd’hui de monter son nombril, avec un tatoo en prime) A noter : L’exposition se fait tout âge ou presque. Parfois il ne faudrait pas abuser de notre compréhension…
Je dois vous dire, pour rassurer les plus bilieux que je n’ai rien contre ce type d’ornements qui semble donner du plaisir à ceux qui les portent bien en vue. Par contre, il me plaît de rappeler que nous sommes en train de revenir à l’ère tribale et que le tatouage à une histoire et un symbolisme qui ne peuvent être négligés : Interdit par l’ancien testament, (le tatouage et toutes entailles dans la peau) le tatoo était déjà pratiqué chez les égyptiens avant d’être « re-découvert » par les grands navigateurs à la fin du 18ème siècle. Rapidement utilisé comme signe distinctif par la police ou par la justice il fut l’apanage des « durs » de toutes les contrées du monde. Remis à la mode récemment il devient le signe d’une époque qui cherche à « inventer » de nouveaux modes de communication, alors qu’en tant que tel, il est déjà un fait de société… Le tatouage est une façon d'afficher son allégeance à un groupe ou à « une cité ». Sociologiquement il correspond à « un passage » de la vie et signe « une initiation » d’adhésion.
Il y a lieu de rappeler aux porteurs de dessins sur la peau qu’ils ne font que reprendre de très anciens rites sans vraiment les comprendre. Par ailleurs ils oublient peut-être que les tatouages ont été parfois utilisés pour « marquer » les individus d’un signe indélébile. (Le dernier exemple est celui des camps de concentration). Reste que pour séduire, s'embellir, ou rendre « jaloux » ceux qui n’en ont pas, le tatou peut se présenter comme un instrument d’expression.
On ne peut que regretter que certains préfèrent se meurtrir le corps - pour longtemps ou pour toujours – pour attester d’une « différence » – alors qu’il serait tellement plus simple et plus beau de garder son intégrité en étant sûr de soi, c'est-à-dire de sa personnalité physique. Et ce, sans artifice. Le corps est une magnifique machine d’expression, qui se suffit à lui même. Transformer, de façon durable sa présentation peut sembler faire injure à la merveille de la Nature.
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19.11.2009
Je t’écris pour te dire….
De « l’écrit » ou de « l’oral », c’est ce dernier moyen qui, a priori, est prédominant dans les rapports humains.
Et ce, comme dans les huttes de nos ancêtres les gaulois. La radio et la télévision, le téléphone et le cinéma sont là pour attester de la suprématie de « l’oral ». C’est tellement vrai que, par principe, ce qui est « vrai » tient au fait que cela a été « dit et entendu, ». A partir de ce constat, quelle est la place de l’écrit dans notre société ? Que reste-t-il de l’adage selon lequel « les paroles s’envolent et les écrits restent »?
Il fut un temps où l’écrit était présent lors de certains actes importants de la vie civile. Il allouait à l’événement un caractère solennel. L’écriture venait confirmer une situation de fait ou conforter ce qui était déjà oralement connu. Ce fut l’époque où la tradition orale se servait d’un support écrit pour que les hommes puissent garder en mémoire la portée des actes accomplis à un moment donné. A l’issue de cette première période l’écriture fut réservée, élitiste, signe de reconnaissance sociale. La société était constituée par un petit nombre d’individus qui savaient « lire et écrire ». (Les deux vont souvent de pair). Tous les autres - les plus nombreux - se contentaient de la parole en « topant là ». L’affaire était conclue sur les marchés et ailleurs au « cul de la vache ». Cette ère là fut celle de la « parole tenue ». Donner sa parole valait engagement.
Le développement des journaux et du livre permirent à l’écriture, dés le XVIII ème siècle, de se glisser subrepticement dans toutes les couches de la population au point de faire apparaître comme incultes ceux qui, dans nos sociétés seront couramment qualifiés d’analphabètes dés le la fin du XIX ème siècle. Par voie de conséquence l’écriture a favorisé une certaine discrimination : La gêne est constante pour celui qui ne sait ni lire, ni écrire. Envisager seulement un déplacement dans les rues, le métro est, pour le moins difficile à imaginer pour celui n’est pas confronté à cet embarras. C’est le cas – hélas - pour un certain nombre d’étrangers qui abordent notre pays, « paperassier » par excellence. La plupart d’entre nous ne peuvent prendre conscience de telles difficultés qu’en se déplaçant au Japon, en Arabie ou en tous cas dans un pays où notre alphabet n’a pas cours. Ceux qui ont fait cette expérience connaissent « l’angoisse de la carte ou du menu non traduit » dans le restaurant de ces contrées. Une fois sur deux le convive se retrouve avec tout autre chose que ce à quoi il s’attendait… C’est drôle mais il ne faut pas que cela arrive trop souvent.
Cela étant si l’écriture est présente partout au point de laisser sur le bord du chemin ceux qui ne la pratiquent pas, « l’oral » continue sa vie et estime ne pas avoir perdu la bataille. « L’oral »multiplie les entreprises de charme pour nous laisser croire qu’il est le plus fort des médias et que l’on peut continuer à s’appuyer sur lui pour être mieux informé ou mieux compris. Il ne lâche pas prise. Ainsi par exemple sur Internet qui par principe et par nature est le domaine-roi de l’écriture, les vidéos font une apparition notable. « L’oral » vient ajouter son grain de sel. Comment se contenter du texte pour comprendre ? C’est grâce à l’explication orale que tout deviendra clair disent les tenants de la langue : « C’est Moi l’oral, qui vous guide et qui, avec ma compagne l’image, vous apporte l’indispensable explication de ce texte, terne, sans relief… Je suis la voix qui vous montre la voie à suivre… J’apporte la bonne parole ».
L’écriture n est pas insensible aux arguments tenus par « l’oral » et poursuit inexorablement sa conquête. L’écriture sait qu’elle est en train de gagner le combat, puisque plus rien n’est possible sans elle. Certes « Il l’a dit » mais « l’a-t-il écrit « ? Voilà le fonds de la question. Tout ce qui n’est pas écrit, signé, attesté par une écriture est contestable. L’écriture sait maintenant qu’on ne peut plus rien faire sans elle. Le contrat écrit est probant. La loi est écrite. C’est l’écriture qui fait foi. Il ne reste plus qu’un argument à « l’oral » : utiliser des moyens de mauvaise foi. L’explication de texte en est un exemple : Faire dire à l’auteur ce qu’il n’a peut-être jamais voulu écrire. Les Tribunaux également assurent la défense de « l’oral « : « Ce n’est pas ce que veut dire cette écriture dit l’avocat, mais le contraire… ». Peine perdue : Très souvent rien n’y fait puisque « ce qui est écrit est écrit ».
Indéniablement notre Société qui se présente sous la grande figure de « l’oral » à partir de « tout ce que l’on dit autour de nous » est en réalité une « Société écrite». Peu importe sa forme, le fond, l’orthographe etc… pourvu que ce soit écrit, y compris sur un SMS. Celui-ci ne fait que reproduire la phonétique, ou à peu près. C’est à cet endroit que l’écriture rejoint « le son, » donc « l’oral » : la guerre est finie. Nous sommes de nouveau sous les huttes de nos ancêtres, les gaulois… qui ne connaissaient que « l’oral ».
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