27.03.2009
L'engagement
Convaincus que certains d’entre vous vont grincer des dents – voire plus – je serai, pour une fois, prudent dans la façon d’aborder mon propos.
Le sujet est, il est vrai, délicat et pourrait dissimuler de mauvaises intentions. C’est « l’engagement », dans ce qu’il a de plus noble qui est en cause.
Nous laisserons de côté tout ce qui concerne « l’engagement en nombre » qui a laissé dans l’histoire des traces sombres et rouges. Ces « engagés » de tout poil et de toutes les époques, y compris les fomenteurs de révolution, sont simplement agités par des illusionnistes. Au mieux il s’agit de « révoltés » contre les systèmes en place. Ils sont, selon les événements, qualifiés d’insurgés, de rebelles ou d’insoumis. Trop d’entre eux s’en sortent aujourd’hui avec des honneurs injustifiés tant pour leur vaillance que pour leur valeur et l’on parle même, à tort, de leur « engagement ». Il s’agit d’une imposture car l’engagement, l’exemplarité, les agissements louables sont confondus avec une prise de position politique. Suivez mon regard et vous apercevrez un homme anormalement vénéré avec une étoile sur un béret. Au point que les fanatiques - et ceux qui portent son tee-shirt sans connaître le sens de ses actes – oublient ou font fi des milliers de morts qui se trouvent dans son sillage. Pour que la situation soit claire, sachez que je vise tous ceux qui imaginent que pour agir « juste » il faut « penser autrement » c'est-à-dire épouser les promesses de « révoltés » qui abusent de leurs engagements pour berner le plus grand nombre d’individus.
L’engagement qui peut être assimilé à un embrigadement doit également être considéré dans son contexte. C’est un engagement qui obéit à des règles qui visent à respecter un ordre établi. Les militaires par exemple sont engagés dans ce processus et se doivent de respecter les engagements prévus par l’armée. Leurs motivations sont spécifiques. Il en est ainsi de tous ordres et, de manière générale, de ceux qui acceptent de respecter une organisation qui édicte ses préceptes. Ces engagements sont à la fois individuels et collectifs.
Il appartient à la communauté, extérieure aux engagements de ces groupes sociaux, d’éviter leurs prépondérances. L’histoire, et plus particulièrement la première moitié du XXième siècle, a montré à l’humanité toute entière la nocivité et les déviances de ces groupes trop forts, imbus de leurs engagements.
L’engagement qui nous intéresse est celui qui est ancré au plus profond de chacun d’entre nous. Il est associé au respect, de soi et des autres. Il n’y a pas d’engagement plus important que celui qui fait de nous un individu sociabilisé, c'est-à-dire conscient de son rôle, de sa mission et j’oserais dire - l’expression était compréhensible et usitée il y a peu de temps – de son devoir. L’engagement est corrélatif aux obligations que nous nous devons les uns aux autres. Les parents aux enfants, les élèves aux maîtres – pardon aux professeurs des écoles – les valides aux malades, les plus aisés aux plus démunis. J’ai entendu dire que les élèves recommençaient à se lever à l’entrée du professeur dans la classe…
Du bluff, un rêve, de la démagogie que ces affirmations ? Pas du tout. Je crois vraiment que les hommes de nos régions sont encore pétris de cette pâte, qui fait d’eux des individus respectés et respectueux de leurs engagements. Pas assez, selon les plus pessimistes ou les plus exigeants. N’exagérons rien à l’égard du désordre des engagements. Le plus grand nombre d’entre nous, même si individuellement chacun n’en a pas complètement conscience, fait « vivre » ses engagements. « Ce n’est pas facile tous les jours » vous diront la plupart des hommes et des femmes de bonne volonté, « mais on tient bon ». L’exemplarité de l’engagement joue à plein. C'est-à-dire que les enfants ne font pas n’importe quoi, n’ont pas droit à tout et que le comportement des parents reste bien souvent exemplaire. Bien sûr, il y a des tiraillements et parfois des déraillements dans les engagements mais tout finit par rentrer dans l’ordre. Et puis « que celui n’a jamais péché lui jette la première pierre » disent les écritures sacrées.
Cela étant, reconnaissons, avec humilité, que nos engagements personnels ne sont pas toujours faciles à tenir dans une société qui donne le sentiment de la permissivité la plus totale. Comment tenir ses engagements alors que le voisin semble heureux, mordre dans la vie à pleine dents, tout en ayant un comportement à l’égard de sa femme et de ses enfants qui laisse à désirer ? Ce sont les serments intérieurs qui « font vivre » les sarments de tout un chacun, arbre de vie.
Un de mes amis, espiègle c’est vrai, m’a demandé si j’étais vraiment sérieux ou s’il s’agissait d’une plaisanterie que d’évoquer encore le serment fait à soi-même comme étant le ciment de ses engagements.
C’est vieux comme le monde lui ai-je dit, puisque le premier homme qui a eu la volonté d’aller jusqu’au bout de son observation personnelle a pu faire profiter de son expérience ceux qui lui ont succédé en société. D’accord me dit-il mais qu’est-il arrivé à ceux qui ne se sont pas comportés de la sorte ? Ils subirent – et subiront dans le temps – la destinée réservée aux mauvais sarments, ils seront émondés.
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16.03.2009
Apprendre les modes d’emploi
Prendre conscience du temps qui s’écoule pour réaliser un acte, quel qu’il soit, tout comme savoir que la vie est bornée par la naissance et la mort, distingue l’homme de l’animal. Après une longue période dédiée à l’observation des astres et des étoiles, les individus se sont évertués à mesurer le temps.
De la pendule à eau, aux montres électroniques, en passant par les cadrans solaires, l’objectif est resté le même : Dater l’événement puis attribuer une valeur virtuelle aux agissements des uns ou des autres dans des circonstances déterminées. Dans cet esprit le temps accordé au travail, aux loisirs ou à la pratique de sa religion, fut évalué depuis quelques siècles. Nous sommes amenés à constater l’accélération du phénomène depuis ces dernières décennies. C’est fou ce que l’on peut faire en quelques secondes. Que dis-je, en quelques dizaines, centaines ou millièmes de secondes. On peut désormais être le plus fort, le meilleur, le plus grand de tous les temps. Jusqu’au meilleur temps suivant ! L’Américan cup qui se déroule sur plusieurs semaines a été gagnée à une seconde près par l’équipe Suisse. Bravo ! Cela étant, l’écart en question donne le vertige. C’est le temps qui donne toute sa valeur aux faits. De même le temps de travail suivi d’un temps de repos à été aménagé, contracté, adapté à la nécessité de gagner contre la montre. La machine industrielle compte la sortie des pièces à la seconde. Le coût est traité à la minute. Le temps du travail humain se doit d’être le plus court possible pour permettre d’accéder rapidement à un temps de loisirs qui doit être de plus en plus long. Force est de constater que ce temps là est également découpé en plages courtes pour accéder au maximum d’activités. La messe du dimanche n’échappe pas au mécanisme. Une heure d’horloge fait l’affaire dans toutes les églises du monde. Nous sommes loin des envolées de Bossuet qui ne comptait pas son temps, ni celui de ses ouailles ! Toute l’organisation sociale tend à donner plus d’importance au temps plutôt qu’à l’événement. Les constructeurs de matériels et ceux qui mettent en place des mécanismes de communication semblent constamment motivés par une volonté d’optimisation du temps. Est-ce que cela rend la vie quotidienne plus agréable, plus simple ou plus facile ?
Prenons des exemples au hasard : Il fut un temps où pour téléphoner il suffisait de savoir se servir du combiné. Aujourd’hui, il faut d’abord apprendre à « monter » le poste présenté dans son coffret. Ouvrir la boîte demande déjà l’usage d’un mode d’emploi ! Il faut ensuite comprendre les différentes fonctionnalités offertes. Grâce au mémento (qui est parfois en anglais) vous saurez écouter les messages laissés en votre absence, les lire à distance, rappeler un interlocuteur occupé au moment où il est appelé, connaître ou non le numéro de l’appelant, mettre en mémoire votre répertoire. (A cet endroit là vous devrez lire au moins deux fois le fameux guide de l’utilisateur). Tous les différents choix proposés visent à favoriser l’utilisation de « temps morts ». C'est-à-dire qu’ils vous incitent à un gain de temps afin de faire autre chose que de « perdre du temps ». A noter que ce schéma classique de téléphonie est déjà obsolète. Le téléphone portable accomplit bien plus d’opérations que ce combiné de domicile et, outre la communication il est possible d’accéder aux e-mails, à la télévision et de manière banale à la photographie. A condition d’avoir une notion de fonctionnement du « matos ». Bien sûr les photos ne seront pas de la qualité que vous pourriez obtenir avec un numérique. Sauf que pour le numérique en question il faudra bientôt suivre plusieurs jours de cours intensifs. Il est vrai qu’à l’issue de la formation vous aurez la possibilité de modifier vos prises de vues sur votre ordinateur. Ce dernier vous permet d’ailleurs d’être en relation avec le monde entier. A condition que vous ayez un minimum de connaissances pour relever le défi d’un plantage ! Tout peut y passer. L’écoute de la musique sur un CD, la zapette de la télévision, l’automobile etc… Nous sommes bien forcés d’observer que, très souvent, nous ne pouvons plus faire face à des exigences techniques contraignantes et multiples qui, à l’origine, sont destinées à nous simplifier la vie voire même à nous faire profiter du temps qui passe… Est-ce une question de génération ? Pas sûr, car les jeunes qui sont nés et qui baignent apparemment avec l’évolution d’une certaine technologie sont vite dépassés puisque l’objectif constant est de gagner du temps sur le temps. Pour qui ? Pourquoi ? Pour avoir le temps d’apprendre les modes d’emploi qui demain, seront démodés puisque la technologie aura encore « avancé » !
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09.03.2009
Attendu que...
Un de mes voisins plus à l’aise dans les champs qu’à la ville, me remercia de l’avoir accompagné lors d’une consultation auprès d’un avocat.
Il souhaitait que son histoire soit « débroussaillée ». Ce verbe attestait qu’il quittait rarement ses outils agraires. Il avait sollicité ma présence pour surmonter son anxiété teintée d’une légitime agitation à la réception d’une assignation.
Le représentant du barreau, donna moult détails à notre homme qui voulait en savoir toujours plus. Bien entendu, il n’écoutait pas vraiment et ne saisissait pas toute l’importance ou les nuances du vocabulaire utilisé. Il était obsédé par l’issue du procès dont il ne doutait pas. Il ne pouvait que gagner, parce qu’il avait raison. Lui faire entendre que rien n’est jamais certain et qu’il convient d’apporter la preuve de sa bonne foi tenait de la gageure. Pour lui, comme il aimait le répéter « l’affaire était dans le sac ». En agitant ce sac, il me remémora qu’il s’agissait sous l’ancien régime de protéger des rongeurs les pièces d’un dossier, car à l’époque, les rats qui pullulaient dans les prétoires, n’hésitaient pas à s’attaquer au témoignage des uns et des autres. Suspendue et enfermée dans un sac de toile ou de cuir l’affaire était physiquement « pendante » devant le Tribunal ou considérée comme « classée », à l’abri des prédateurs.
Le mot était lancé, l’essentiel tenait dans la preuve. Il fallait faire nommer « un sachant » pour attester de la véracité des faits et donner un avis technique. Notre homme se refusait à cette réalité. La preuve était pour lui une question accessoire, puisque ce qu’il disait suffisait à justifier sa position. Qui pouvait être ce « sachant » ? Quelle personne serait « bien informée» sur le sujet ? Il lui était impossible d’imaginer « un sachant » qui saurait aussi bien que lui ce qu’il fallait savoir. Grâce à la magie des mots, il accéda à la recommandation de son défenseur qui, sollicitant « un sachant », demandera ainsi l’avis d’un expert. Peu importe que du sachant ou de l’expert il s’agisse de la même personne. L’expert mérita le respect et le principe de sa désignation en fut acquis. Mais quelques instants plus tard notre bonhomme faillit s’étrangler quand l’avocat lui indiqua que « l’échange des conclusions » (l’exposé des faits et du droit de part et d’autre) était de rigueur entre les parties. De cela il ne voulait à aucun prix. Il s’en remit finalement aux exigences du code de procédure civile, puisque telle était la volonté d’un législateur. Chemin faisant, son défenseur lui signala qu’il faudrait que son dossier soit en l’état et qu’avant que l’affaire ne soit plaidée il solliciterait des « renvois ». Une qualification qui lui sembla à la limite de la bienséance.
Il lui fut dit, aussi, qu’il y avait toujours un certain délai entre le désir et la concrétisation du plaisir et qu’ainsi avant d’avoir « la grosse entre les mains » il lui faudrait attendre. A cet instant, le bonhomme se tortilla sur sa chaise, rentra sa lèvre inférieure qui pendait et, la tête penchée en avant, émit des borborygmes en donnant l’impression d’avoir perdu la raison. Son émoi explosa finalement par un tonitruant, « je ne veux pas toucher la grosse, moi ! » Il fallut le calmer et lui expliquer qu’il s’agissait d’une terminologie usitée aujourd’hui dans le langage judiciaire pour désigner l’exemplaire d’un jugement et que le terme de « grosse » était là encore un reliquat du temps où il s’agissait d’une copie manuscrite d’un jugement, délivrée à la partie gagnante, rédigée avec « une grosse » écriture, bien lisible. Il pensait en avoir fini au moment où l’avocat lui annonça qu’il demanderait « l’exécution provisoire ». Le seul mot d’exécution lui fit plaisir. C’est ainsi qu’il entendait la justice et n’écoutant que la loi de sa rancœur il estima déjà que cette exécution devait être assortie d’une sanction car du droit il ne connaissait que ce mot, qui pour lui était, à tort, synonyme de rigueur à l’égard de son adversaire. Il descendit de son piédestal quand il apprit que la sanction pouvait être évidemment toute autre et qu’ainsi son adversaire s’il obtenait raison, devant la cour d’appel, le contraindrait à restituer ce qu’il avait perçu à l‘issue du jugement de première instance. C’est à ce moment là que l’homme abdiqua. Il n’en pouvait plus. Dépassé par ces mécanismes qui bien qu’expliqués avec patience lui donnait des boutons, il décida, affalé sur le bureau de confier son dossier à ce conseil en lui chuchotant un chapelet de noms d’oiseaux concernant, en l’espèce, son adversaire. L’essentiel m’échappa mais je compris qu’il s’agissait de transmettre un message à un bel enfoiré.
Bien qu’un certain nombre d’activités aient développé un langage spécifique, il faut bien reconnaître que les juristes n’ont rien à envier au monde médical ou à l’actuel charabia de l’informatique. Cela est tellement vrai qu’il y a lieu de rappeler que les étudiants en droit redoutent habituellement les commentaires d’arrêts lors des sessions d’examen. L’exercice consiste à faire expliquer des décisions de justice qui, par principe, devraient être comprises, à première lecture, par tout justiciable sans avoir besoin de recourir à un spécialiste capable de donner un sens aux mots employés et aux fameux « Attendu que… ».
02.03.2009
Ne pas vendre
« Ne pas vendre… »
Un « Nounours » minaudé par une épouse en direction de son conjoint permet d’apprécier l’importance que revêt le plantigrade dans notre quotidien.
En se tournant vers le « Nounours » en question on peut se trouver face à un individu qui rappelle ce frêle esquif qu’un simple zéphyr pourrait emporter ou au contraire se voir confronté à une espèce de brute, taillée à la hache, susceptible d’effrayer un ours, un vrai. Cette qualification indicible témoigne de l’influence de l’animal dans le subconscient collectif. Il est vrai que nous sommes entourés par des ours depuis nos premiers pas. En feutre, en mohair ou en nylon la bête est présente, depuis plus d’un siècle, dans la plupart des chaumières qui , d’Amérique ou d’Allemagne, se disputent la paternité de la peluche. Du coffre à jouets ou du lit de jeune fille « Nounours » passe dans la chambre à coucher et finit souvent, assis sur l’arrière train, au beau milieu du lit conjugal. Blanc ou marron, avec sa bouche cousue, ses yeux en boutons de bottines plusieurs fois raccommodés, ses coutures sur le ventre et au cou, il trône et confirme à d’éventuels protagonistes qu’il convient de ne pas ouvrir les hostilités ou à l’inverse de profiter de la couche. Il décide des ébats et débats et fait autorité. Il sait qu’il peut être pris à témoin ou qu’on peut même lui demander conseil comme à l’époque où on lui parlait des premières amours. Merci d’essuyer vos larmes.
Cet inconscient collectif à l’égard de l’ours est savamment entretenu par une multitude d’intervenants mercantiles. Il y eut le fameux « Bonsoir les enfants » entouré de Pimprenelle et Nicolas (C’était déjà un prénom célèbre dans les années 70) puis « Paddington » avec son chapeau et sa valise qui ont assuré les relations publiques de ce petit monde enchanté. Un arbre de Noël se doit d’être présenté avec son ours. D’une façon ou d’une autre, ils nous accompagnent partout. Et maintenant il y a les ours des Pyrénées qui, malheureux, n’ont pas de chance. S’agit-il encore de bêtes ? Difficile de répondre à cette question envers des animaux de la nature – c’est politiquement plus correct que de les dénommer « bêtes sauvages, » non ? – qui sont suivis à la trace, équipés d’une puce électronique dans l’abdomen et d’un collier pour le radio guidage. Pour répondre aux appels que pourraient leur lancer des promeneurs, désireux de faire copain-copain, ils ont même un prénom. Un parrain et une marraine viennent compléter la panoplie. Pourquoi ne pas prévoir aussi une fête pour leur mariage avec invitations des personnalités aux copulations ? Moi, je serais à la place des ours, je commencerais à en avoir assez qu’on ne me laisse pas rouler ma bosse. Heureusement, les ours ne sont pas fous, à la différence du chevreuil qui a récemment tenu en haleine toute une contrée, par ses frasques et attaques répétées envers ses voisins, les humains.
Certes, ce ne doit pas être agréable de se retrouver avec un trou de balle dans le pied, comme ce « pauvre Balou », mais tout de même, est-ce que nous n’en avons pas un peu trop fait ? S’il y a lieu de défendre la faune en général et les ours en particulier, fallait-il pour autant ameuter le pays tout entier, reportage télé à la clé ? Il me semble que l’on a dépassé les limites de la décence.
L’ours blessé n’a pu être localisé qu’après plusieurs semaines de recherches… ce qui paraît normal compte tenu du raffut qui se déroulait sur son territoire. L’animal n’a sûrement eu qu’une seule envie, celle de se tirer, en tous cas de se terrer, quitte à souffrir en silence. Vingt cinq personnes aux trousses dont deux vétérinaires et la presse qui en fait une affaire d’Etat, lui ont fait croire que le temps où l’on en voulait à sa graisse était revenu.
Dés que la nouvelle fut divulguée par le chasseur qui s’est immédiatement rendu à la gendarmerie, « le tranquille village de Prades prend aussitôt des allures de place forte. Les voitures de gendarmerie investissent l'unique rue, la mairie est ouverte, un cordon de sécurité empêche les curieux de se rendre sur la piste qui mène au « lieu du crime », le préfet, Jean-François Valette arrive sur place, le ballet des voitures entre office de la chasse, office de la forêt et comité de suivi est incessant… » (La Dépêche du 8 Septembre 2008). Et si l’on parlait aussi de « lieu du crime » pour tous ces enfants qui meurent de faim dans le monde ? Sans compter qu’indépendamment de la blessure il y a sûrement un pretium doloris sur lequel personne ne s’est encore penché à ce jour. Pourquoi ne pas prévoir une pension d’invalidité ? Il y a aussi cette vexation suprême : le « tir d’instinct » de ce chasseur qui l’a confondu avec un vulgaire sanglier… Moi, un cochon ? dit-il partout. Balou ne se remet pas de cette humiliation.
L’affaire en témoigne, l’ours habite au plus profond d’un certain nombre d’entre nous et ce ne sont pas les financiers qui pourront dire le contraire. Spécialisés dans la spéculation virtuelle ou pas, les hommes de finance sont, aujourd’hui plus que jamais, confrontés au dicton qui conseille utilement de, « Ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué »

