27.11.2008

Le tu, bas de gamme

Le « tutoiement » se développe intensément entre les individus de toutes sortes. Quelles sont les raisons qui déterminent cet usage ? Quelles sont les conséquences psychologiques et sociales de son emploi ? Comment organiser de saines relations avec le « vous » et le « tu » sans tomber dans le piège de l’excessivité ?

C’est à partir du modèle de vie anglo-saxon que nous calquons la plupart de nos habitudes alimentaires, sociales et culturelles en faisant fi de nos coutumes. Dans cet esprit la langue d’outre manche ne prévoyant pas de vouvoiement, il n’est pas question de faire désuet ou ringard et de se fourvoyer par l’emploi d’un « vous » d’un autre âge. Parallèlement, la plupart des utilisateurs « mode in States » refusent l’existence de subtiles nuances linguistiques qui en disent autant, si ce n’est plus, que notre « vous ». Par ailleurs, certains se croient obligés d’adhérer à l’énorme acquis social né à la révolution, mère de toutes les égalités. C’est cette époque qui a autorisé de dire « tu » à tous citoyens, quelle que soit son origine sociale, ses titres ou distinctions, Balivernes que tout cela. Mais comment l’expliquer à tous ceux qui croient encore que le « tu » est synonyme d’égalité ? Reste que parmi les causes de ce tutoiement à tous les étages de la société, il y a cette apparente simplicité semble procurer son usage à ses adeptes. C’est plus rapide, plus frais, plus jeune.

Mis à part ceux qui font coïncider « milieu social » et « vouvoiement » constatons que le développement intensif du « tutoiement » est lié à la génération de 68. Celle là même qui était sur les barricades et qui aujourd’hui emploie « le vouvoiement » comme pour se distinguer de ces jeunes blancs becs aux ambitions politiques insatiables ? Dés lors, « le vouvoiement » est-il une histoire de génération ou de vieux ? Notre exemple est là pour témoigner qu’il faut bien, selon la formule consacrée, que « jeunesse se passe » pour remarquer corrélativement que le temps aide au développement d’un certain respect envers ceux qui nous entourent. Celui-ci passe par l’usage du vouvoiement. Prendre un tel recul sur la situation éviterait à cette jeune stagiaire de se sentir « gauche » parce qu’elle vouvoie tous ses collègues de bureau en arrivant dans l’entreprise. Attitude qui ferait également obstacle à ce chef de service au jugement quelque peu expéditif envers cette jeune stagiaire , qui n’est pas « intégrée » puisqu’elle ne tutoie personne ! Ainsi, on ne peut que donner raison aux tenants du vouvoiement, comme principe d’éducation et de formation. Particulièrement sur le plan scolaire. Comment prévoir, comme l’a promis le candidat à la Présidence de la République , que les élèves se lèvent, lorsque le professeur entre dans la classe si la distinction n’est pas clairement établie entre le « tu » qui appartient au cercle d’intimité et le « vous » qui marque l’autorité et la considération mutuelle ? Il est indéniable que les nuances de notre langue permettent d’envoyer immédiatement le signe de l’attention respective et de l’estime que se doivent ceux qui évoluent dans un même univers. La déférence née du vouvoiement ne peut se confondre avec un signe d’inégalité entre les individus. Bien au contraire : Réserver l’emploi du « vouvoiement » à une caste, c’est reconnaître l’autorité de ce groupe d’individus sur les autres. Les tenants du « vous » dit avec condescendance le savent bien et vous le font sentir en insistant sur l’emploi du pronom. N’est-ce pas également le cas de ces enfants dans les familles recomposées ou le vouvoiement est volontairement employé à l’égard de la belle-mère ou du beau père ? Cela permet à l’enfant de « marquer ses repères » dit à ce sujet, le sociologue J. Le Goff.

Laissons le tutoiement à la promiscuité ou tout au moins à ceux qui se sont mutuellement autorisés à employer cette forme de communication. Est-ce toujours le cas du policier vis-à-vis du délinquant présumé ? Que penser également de l’attitude de certains médecins en milieu hospitalier qui tutoient leurs patients ? Que dire de ce tutoiement employé sans vergogne envers les étrangers ? La nocivité tient dans la systématisation du tutoiement. Il doit être « réservé » et « adapté » aux circonstances et ne pas être banalisé. Il faut en finir avec le tu, « bas de gamme » et le valoriser au contraire, en l’employant à bon escient, chaque fois que de besoin ou que les circonstances l’imposent dans une fréquentation. Avec Dieu, par exemple.

25.11.2008

Le pied, c’est le pied

A la différence du bambin qui découvre progressivement que pour avancer il faut mettre un pied devant l’autre, nous adultes, nous ne prêtons plus attention à cette démarche qui est pourtant fondamentale. Certes, me direz-vous la tête est aussi importante et il vaut mieux, à première vue, perdre pied que perdre la tête. En réalité tout est lié. L’une ne peut  aller nulle part sans que l’autre suive. Et pourtant on garde la tête sur les épaules sans toujours trop savoir où l’on met les pieds. A cet égard le pied prend toute son importance. On peut mettre les pieds un peu partout en ayant la tête ailleurs. Ainsi, nos pieds marquent la différence puisqu’ils laissent une empreinte, la trace de notre passage, y compris quand on la tête dans les étoiles. C’est un pied devant l’autre que l’on avance dans le long cheminement de la vie. Sauf pour ceux qui marchent en mettant les deux pieds dans le même sabot. C’est semble-t-il, ce qu’ont fait un grand nombre d’électeurs, lors des dernières élections municipales. Sans vouloir mettre les pieds dans le plat, ils ont laissé sécher sur pied des édiles qui durant leur mandat, avaient souvent fait des pieds et des mains pour valoriser leur ville. C’est dommage de les avoir ainsi remerciés par un simple « c’est bien fait pour leurs pieds » voire par un « ça leur fera les pieds ». Attitude d’autant plus regrettable qu’un certains nombre de sortants avaient encore bon pied, bon œil pour continuer leurs missions. Certes, un certain nombre de ces élus avaient les pieds au chaud. Mais était-ce une raison suffisante pour avoir organisé cette grande mise à pieds ?

Il faut dire que les candidats-maires des grandes villes, aujourd’hui élus, se sont engagés d’un même pas ou si vous préférez sont partis d’un même pied – le gauche –en battant la campagne pied à pied. Ils nous ont montré qu’avant d’être des hommes de tête, ils étaient avant tout des hommes de pieds. Elus, ces maires, tout comme leurs prédécesseurs, s’enfermeront dans leurs bureaux sans que l’on ne les voit plus jamais déambuler comme ils l’ont fait sur les marchés et autres lieux publics. Ils se sont tapés moult marches à pied avant de rouler en voiture – avec chauffeur –  tout le reste de leur mandat. Remarquons que lors de leurs randonnées pédestres ils ont pratiqué le croche-pied, une grande spécialité des pieds nickelés. Certains n’ont pas hésité – en tous cas on a vu des candidats verts le faire – à couper l’herbe sous le pied de ceux qui, sans vergogne étaient prêts à lever le pied avec  des partisans qui, au pied levé,  se  disaient de leur côté. Dans le même, esprit d’autres marchaient sur les pieds de ceux qui étaient perchés sur un pied,  ou qui  faisaient le pied  de grue.

Est-ce à dire que les autres candidats, ceux qui n’ont pas pu retomber sur leurs pieds, étaient tous des candidats aux petits pieds ? Sûrement pas. Peut-on imaginer que ces candidats malheureux n’étaient pas sur  un pied d’égalité avec leurs rivaux ?  Les battus, on le sait maintenant, n’ont pas toujours su sur quel pied  danser face à leurs électeurs. Parmi eux ils y avaient ceux qu’ils connaissaient bien comme les gens de pieds, les pieds noirs ou les pieds plats et les pieds bauds mais, ils ne se sont pas assez méfiés des pieds de biche. Pire encore, ils n’ont pas vu que d’autres candidats étaient habillés de pied en cap, en pied de poule.

Quoi qu’il en soit ceux d’hier sont descendus de leur piédestal pour toucher du pied le fond et laisser ainsi les nouveaux élus prendre leurs pieds. Car c’est bien de cela qu’il s’agit finalement. Mais, les réjouissances d’adoubement achevées les nouveaux élus seront bien obligés de se jeter aux pieds de ces électeurs versatiles qui ne manqueront pas de leur casser les pieds avec leurs demandes répétées. Ces quémandeurs de tous ordres qui estimeront avoir mis le pied à l’étrier de leurs élus formuleront des exigences de plus en plus contraignantes.. C’est à ce moment que « ceux d’avant »  leur diront que c’est au pied de l’arbre que l’on juge la cognée et que malgré leurs efforts de rester pieds et poings liés à leur fauteuil, ils se verront, un jour ou l’autre, mettre un coup pied aux fesses. Ils le savent eux les battus d’hier, que pour un élu ce n’est pas toujours le pied.

21.11.2008

Un grand chapeau

La nouveauté de la saison à venir tient dans un chapeau. Celui-ci semble revenir en force, si l’on en juge par les récents défilés de mode qui lui donnent une place prépondérante.

Les modistes peuvent se réjouir tout comme les marchands de petits papiers. Il y a en effet une parfaite corrélation entre le renouveau du couvre-chef et le tirage au sort. Désormais la vérité, l’égalité, la paix entre les hommes sortiront d’un chapeau. Pourquoi ne pas imaginer que prochainement sur la place de nos bourgades un groupe d’individus s’arrêtera subitement tandis que l’un se décoiffant, offrira telle une aumônière, son chapeau pour recueillir les votes favorables à une décision juste ? Qu’il sera beau, ce temps de la démocratie représentative, en tout, pour tous et partout ! Cette idée généreuse repose, semble-t-il, sur une spécialité française où se mêlent délicieusement le fait de « tirer » et « la destinée ».

Notre vie quotidienne, dés l’enfance, tout comme notre vocabulaire et notre histoire nous rappelle qu’il y a lieu de poursuivre dans cette voie à la fois pour choisir, décider voire contraindre son prochain. Ainsi, qui n’a pas « tiré à la courte paille », bu à « tire-larigot » ou ignore ce fameux « Messieurs les Anglais tirez, les premiers » ? Ce ne sont là que quelques exemples car, sans que nous n’en ayons pleinement conscience, notre environnement est empli de ce « tire-quelque chose » qui consiste principalement à extraire ou à déplacer un objet ou un liquide d’un endroit précis. Le plus usité étant, après le tire-lait, le tire bouchon qui, en saison est concurrencé par le tire-fesses, sans préjudice pour le tire-botte, le tire jus, et surtout le tire-au-cul que le dictionnaire confond judicieusement avec le tire au flanc.

Le sort n’est pas plus mal loti, car ici aussi la référence est ancienne et culturelle. Un certain nombre d’entre nous vivent leurs décisions quotidiennes selon l’acception de Jules César. Alea jacta est, les dés sont jetés ! Hormis l’exception au terme de laquelle « on vous jette un mauvais sort », tout ce qui arrive à quelqu’un du fait du hasard donne ses lettres de noblesses voire son aspect royal au sort. C’est le cas lorsqu’il est associé au tirage de la fève à l’Epiphanie ! Chemin faisant, pour peu que chacun y mette du sien, on arrivera à tout gérer comme « le jeu de l’amour et du hasard » ! Cependant, pour « tirer l’affaire au clair » il faut simplement avoir en mémoire que le sort reste, une désignation, c'est-à-dire tout ce qui est opposé au choix ou à une élection. Institutionnellement ce n’est plus de la démocratie mais concerne tout ce qui relève de la chance.».

Il n’est pas question de revenir ici sur une proposition pré-électorale formulée pour plaire à ceux qui, mécontents de leur sort, imaginent que leur bonne étoile sera mieux servie par le hasard que par leur vote. Voyons plutôt ce que le tirage au sort pourrait proposer de véritablement nouveau dans notre société et plus particulièrement ce qui permettrait de valoriser l’ambition de ces hommes politiques qui, finalement, s’oublient dans la distribution de la destinée. Ainsi par exemples, les salaires - pardon les défraiements - les voyages, les voitures et tous autres petits avantages tirés des fonctions électives, et surtout pour la première d’entre elles, ne pourraient-ils pas, désormais, être tirés au sort ? Ne voyez rien de malicieux dans cette proposition. Elle est formulée dans l’esprit de ce grand jeu du « n’importe quoi » ou chacun semble de plus en plus « tirer la couverture à soi » en feignant de se préoccuper du sort des autres !

D’ailleurs le tirage au sort permettrait à y bien réfléchir de résoudre la plupart des problèmes pour la saine gestion de l’Etat. Y compris pour les retraites et les remboursements de soins. Et s’il était décidé de redistribuer de cette manière les profits de la Française des jeux à tous les demandeurs d’emploi, les jeunes ou les plus âgés, à tous les démunis ? Chacun d’entre nous aurait droit à une « chance en plus » ? Par la distribution gratuite d’un billet qui organiserait « une super-cagnote » pour tout et pour tous. Elle serait belle cette vie où chacun pourrait bénéficier d’une distribution guidée par la bonne fortune. Les citoyens se diviseraient alors en deux catégories. Ceux qui se contenteraient de leurs sorts et les autres qui n’auraient jamais la chance de gagner. Ces derniers diront « Coquin de sort ». En quelque sorte, rien n’aurait changé en ce monde nouveau !

19.11.2008

Je le sais, puisqu'on me l'a dit...

Dans les années 70, à la fac de droit de Toulouse, « Marcel » venait régulièrement suivre les explications de quelques professeurs qui toléraient sa présence, à condition qu’il ne s’ébruite pas trop durant les cours.

Ce qu’il faut ajouter à cette anecdote est déterminant de la suite : cet homme était un vieux professeur de droit qui avait mal tourné, au point de sombrer progressivement dans la déchéance. Une histoire triste qui avait son beau revers, puisque c’est cette ancienne fonction qui justifiait sa présence dans les jardins de la fac. Le récit était vrai puisque certains apercevaient, parfois, Marcel en pleine discussion avec quelques étudiants ou des professeurs en toge. Inutile de vous dire que j’ai quitté la fac sans savoir si ce bruit de couloir était fondé sur une once de vérité. Il y avait ceux qui en étaient convaincus et d’autres, dont j’étais, qui en doutaient en se demandant si tout cela ne contenait pas un petit fond de véracité. De génération en génération, chacun se passait le mot. Le bruit courait sur les bancs, au point que certains étudiants connaissaient même la matière enseignée jadis par Marcel. Vrai ou faux ? C’est le principe même de la rumeur. Il peut s’agir d’un canular ou d’une vérité. Comment savoir ? Difficile à détecter au premier abord, d’autant que de nos jours les informations s’emmêlent au point que l’on peut croire ou douter de tout.

Ce qui est extraordinaire dans les potins et ragots – les peoples nous tiennent en haleine à ce sujet – relève à la fois de la manière dont on prend connaissance de l’événement, à la force de conviction de la personne qui transmet l’information, à l’approbation de ceux qui sont présents autour de la table ou dans une soirée. A ce moment là, il y a toujours quelqu’un qui est prêt à délivrer une information exclusive et secrète ou, en tous cas connue d’un petit nombre. Un club de quelques initiés, composé d’éminents savants vient de faire savoir, de manière certaine, que les Américains n’ont pas débarqué sur la lune mais réalisé un montage en papier mâché, mis en scène par les studios d’Hollywood, ou que c’est un missile qui a écrasé les tours jumelles le 11 Septembre 2001. Dans le même ordre d’idée : Les égouts sont infestés de crocodiles, l’ADN, scientifiquement ne sert à rien et, Pijami Maya, le grand équilibriste indien est atteint du SIDA. A noter que plus la nouvelle est éloignée géographiquement, ou dans le temps, plus vous rencontrez des gens qui vous narrent par le menu des événements invraisemblables par des raisonnements. Invérifiables. Votre interlocuteur est tellement affirmatif que votre incrédulité vous fait passer rapidement pour un ringard : les certitudes énoncées reposent sur des sources sûres. Pour se justifier votre interlocuteur en rajoutera une couche en vous disant que les propos entendus à la radio ou que les événements vus à la télé doivent s’interpréter comme ceci ou comme cela, qu’il a lu l’information dans tel journal ou, pire encore, que tout se trouve dans un ouvrage publié chez un grand éditeur. Fin du fin, l’info est déjà sur Internet. Dans ces conditions, comment ne pas y croire. ? D’ailleurs, vous reconnaissez dans votre for intérieur que tout cela est peut-être vrai, ou en tous cas que tout n’est pas complètement faux. Vous êtes d’accord avec votre interlocuteur sur un point clé : On nous cache trop de choses. On ne nous dit pas tout. Maintenant, vous avez la réponse à ce que vous attendiez, ou ce dont vous doutiez, depuis longtemps. Ca y est : vous êtes mur pour colporter la rumeur à votre tour en ignorant, bien sûr, que vous êtes l’instrument d’un groupe de pressions qui veut faire passer un message, obtenir un marché, faire basculer une tendance politique, nuire aux uns ou profiter aux autres. A une certaine époque, les rumeurs étaient qualifiées d’instruments de propagande… Les ingrédients d’une bonne rumeur doivent être choisis avec cette attention particulière qui en font un plat délicieux et dont tout le monde se régale pendant longtemps car les rumeurs ont la vie dure. Certaines mêmes meurent et reviennent, un jour, sur le devant la scène avec force et vigueur alors qu’on les croyait oubliées dans les tréfonds de l’histoire.

Ceci étant, la rumeur économique et politique, bien présente dans notre quotidien, semble contrainte d’employer des chemins de plus en plus sophistiqués : Les acteurs se voient obligés de mettre en œuvre des associations, la justice et bien d’autres moyens pour arriver à leurs fins. Parmi les outils utilisés on trouve ces sondages qui sont dits d’opinion. Ils attestent de rumeurs qui mériteraient, en réalité, l’analyse de spécialistes. Jetés en pâture au bon peuple, les sondages nuisent à la démocratie.

17.11.2008

A cheval sur l’étiquette

L’étiquette est déterminante de la chaîne alimentaire, vestimentaire ou autre. Elle déclenche très souvent l’acte d’achat d’un bien. Les fabricants savent depuis longtemps que la forme, la couleur, l’aspect général du produit, sont tributaires de ce petit bout de papier, de carton ou de  la gravure sur l’emballage. Les spécialistes du marketing déploient des trésors d’imagination pour nous informer ou tromper notre vigilance. Il faudrait lire, avec attention, les lignes écrites en fins caractères qui disent toute la vérité. On apprendrait  des choses fabuleuses en prenant connaissance des indications portées sur un paquet de biscuits. On peut, par exemple,  y découvrir que des madeleines sont fabriquées sans œuf… C’est très fort, de présenter un biscuit sans œuf !  On ne sait pas vraiment par quel produit chimique les œufs sont remplacés. En prenant la boite sur l’étalage on ne fait attention à rien ou presque, sauf…. au prix. Prix qui est lui-même l’objet d’une étiquette qu’il faut savoir lire !

Sans étiquette le produit est sans intérêt pour le consommateur, incapable de discerner l’usage d’une boite de conserve ou d’apprécier, par avance, le contenu d’une bouteille de vin. Il y a tant dire sur l’étiquetage des bouteilles de vin... Un tonneau d’écritures n’y suffirait pas. Il y a maintenant une contre-étiquette – placée au dos de la bouteille – qui, parait-il,  nous permet de mieux comprendre ce que l’on veut nous faire boire. Et pourtant, sans étiquette, le produit est nu. Cela est tellement vrai que la tendance veut que tout soit étiqueté pour être identifié, y compris les individus. Cela nous donne la joie de voir à la sortie d’une réunion professionnelle des congressistes qui, ayant oublié d’ôter leurs badges ressemblent aux bestiaux d’un concours agricole, eux-mêmes tributaires d’un collier passé autour du cou…  Il arrive même que des hommes politiques soient « sans étiquette », donc sans indentification bien claire sur leurs opinions. Tout un programme !

Les spécialistes de la conception de l’étiquetage ont également le don de nous agacer quelque peu. Pas seulement par leur créativité ou leurs images incitatives à l’achat mais aussi et surtout par la manière d’utiliser l’étiquette comme un moyen lutte contre le coulage. Le processus est toujours le même : Tous les consommateurs paient pour quelques malveillants. Dans cet esprit, qui n’a pas pesté contre ces étiquettes impossibles à décoller,  apposés sur un verre ? Sans compter qu’il y a aussi les étiquettes placées en plusieurs morceaux qui ne veulent jamais se laisser complètement gratter pour disparaître. Les moins pugnaces d’entre nous finissent par mettre sur la table une bouteille qui comporte encore les restes du puzzle de prix et  des souillures de colle. L’objectif de ces colles est de faire obstacles aux petits malins qui auraient décollé un prix inférieur pour le coller sur un produit de qualité supérieure. Il  y a aussi cette étiquette magnétique que le vendeur d’un grand magasin omet de démagnétiser et qui vous donne le plaisir d’être pris en défaut par le vigile à la sortie. Le rouge vous monte aux joues et vous êtes contraint de justifier votre achat, ticket à l’appui, au milieu de badauds qui vous prennent déjà pour un voleur. L’achat d’un vêtement  génère aussi de grands moments de confrontation avec les étiquettes. Il  y a en partout. Celle de la taille dans le cou, celle des modes de lavage sur le coté intérieur, la  marque, agrafée sur une  manche et pour  faire bon poids, le prix qui se trouve enfoui dans une  liste de chiffres et références qui pendouillent  au bout d’un petit bout de carton accroché à un bouton de veste ou  de pantalon. A noter que les références à usage interne permettent au vendeur averti de tout savoir y compris le prix d’achat du vêtement, ce qui lui permet de calculer éventuellement la remise qu’il peut vous accorder immédiatement…. Ou non ! Ajoutons à tout cela l’étiquette rouge et blanche « solde ».

L’étiquette est par ailleurs indispensable au voyageur qui, par principe pourra identifier ses bagages au  milieu des autres ou en cas de perte. Cela étant, l’étiquette de bagage qui précise bien sûr votre identité et votre adresse donne de précieuses indications à certains aigrefins  qui vous repèrent dans la file d’attente d’un aéroport lorsque vous êtes en partance pour les Canaries. Ils savent ainsi qu’ils disposent d’une bonne semaine pour visiter votre appartement. La prudence exige que les coordonnées soient simplement protégées de la vue des indiscrets, sauf à inscrire l’adresse de votre fille ou du commissariat le plus proche de votre domicile.

L’étiquette est devenue aussi un moyen de traçabilité du produit et du consommateur d’où les fameux codes-barre qui depuis quelques années évoluent vers ce qu’il est d’usage de dénommer des « étiquettes intelligentes » qui, à partir d’une technologie de radio-identification  se comportent comme de véritables « espions » de nos habitudes de vie.

Au milieu de toutes ces étiquettes j’allais oublier la plus importante, celle qui guide nos pas au quotidien et qui fait que chacun d’entre nous est respectueux du cérémonial, de l’ordre des préséances et de manière générale de tout ce qui peut choquer ceux qui ne sont pas attentifs au protocole. Nous vivons dans un monde où à chaque instant nous sommes très exigeants des règles de politesse et de courtoisie les uns envers les autres n’est-ce-pas ?   «  A cheval sur l’étiquette » en quelque sorte… On peut toujours rêver, non ?

14.11.2008

« C’est pas nous »

Régulièrement on leur dit que rien ne va s’arranger et qu’ils vont connaître des années noires. A mon avis il n’y a rien de mieux à faire pour remonter le moral des jeunes. Leitmotiv : Ils ne disposent pas de marge de manœuvre. Il leur est difficile de trouver un emploi stable et lorsqu’ils travaillent ils se voient forcés de payer pour leurs parents et de cotiser pour une retraite qu’ils n’auront pas. Je résume à grands traits, puisque je ne tiens pas compte de toutes les autres contraintes imposées par la génération précédente. A bien entendre ce qui se dit un peut partout, nous, les enfants nés après la guerre, - les baby-boomers - sommes responsables de tous les maux de la terre. Nous avons vécu dans l’insouciance, les « trente glorieuses », ces années 60 à 90 où toutes les richesses ont été mises à sac.  A noter que je mets dans le même pot, les baby-boomers et «  les soixante huitards ». Ces derniers ne sont qu’un échantillon de farfelus, dangereux idéalistes. Dans tous cas, accuser cette génération dans son ensemble consiste à faire abstraction de l’héritage laissé par les parents – les prédécesseurs des baby-boomers – et de l’évolution sociologique des dernières décennies. Il est vrai que chaque génération peut se contenter de maudire la précédente pour justifier de ses difficultés. Je ne crois pas que ce soit la solution. Cela étant, les baby-boomeurs sont en droit de rappeler qu’ils n’y sont pour rien, puisqu’ils ont trouvé la situation en l’état. Qui avait décidé, pour eux, de la retraite par répartition ? Qui leur a imposé sans qu’ils puissent choisir la capitalisation ? Qui a créé la sécurité sociale ? Qui a mis en place et organisé les syndicats tels qu’ils le sont encore aujourd’hui ? Qui s’est mathématiquement trompé en payant une retraite dés sa mise en place, à ceux qui n’avaient jamais cotisé, laissant déjà le poids de cette dette aux générations suivantes ? Ce sont ceux qui sont nés – et survécus – à  la guerre qui ont imaginé tous les mécanismes sociaux, politiques, économiques dans lequel s’est glissée la génération suivante qui, selon une expression à la mode n’a vécu que sur le « je ne pense qu’à moi » sans se préoccuper de la suite. Le reproche que l’on peut adresser aux baby-boomers tient à une connivence idéologique plutôt qu’à une participation réelle aux leviers politiques qu’ils ne maitrisaient pas dans les années 70. Ils avaient de 20 à 25 ans en 68 ! Ils ont passivement adhérés aux idées parentales en mettant Miterrand aux pouvoir, vieux cheval de retour de la IVème République. (Ministre de l’Intérieur en 1954 : « l’Algérie restera Française »). Que la situation soit claire : Il est à mon sens aussi injuste d’accuser la génération de la guerre que de vouloir absolument tomber sur ceux nés après la débâcle. Cette référence à l’histoire n’est pas neutre. Elle est indispensable pour comprendre la volonté de ceux qui ont voulu construire un système  nouveau dans un horizon qui était pour le moins, bouché de tous cotés. L’épopée communiste était en plein développement tandis qu’il convenait de repousser les assauts de l’oncle Sam qui mettait son poids dans la balance. Dans le même temps la guerre froide tonnait aux portes de la plupart des pays d’Europe qui parallèlement essayaient de démêler l’écheveau dit « colonial ». L’Inde, le Congo, l’Indochine, l’Algérie, l’Angola et d’autres nations émergentes réclamaient leur indépendance, ruinaient l’économie chancelante des nations qui avaient connu la guerre, amputaient la jeunesse et les espoirs de cette génération née avant la guerre et qui voulait… la paix à tous prix. Des moments de troubles dans une période trouble. Il fallait vite, répondre aux difficultés intérieures et aux exigences des peuples. Les parents des babys-boomers ont-ils bien fait en agissant de la sorte, imposant une nouvelle organisation sociale et dilapidant les conquêtes ? Dans le temps, l’histoire répondra à la question. Les reproches, les regrets ou les remords ne changeront rien à leurs agissements. Dés lors, les babys-boomers se sont vus infligés des diktats qui n’étaient pas les leurs. Les aménagements dont ils ont hérités sont venus, insidieusement, se heurter à la mondialisation. Arrêtons la mise en œuvre des guerres inter-générationelle et reconnaissons simplement que chaque génération doit relever ses propres défis. C’est d’ailleurs ce que fait la génération d’aujourd’hui – ceux qui ont entre 25 et 40 ans - en sauvegardant, envers et contre tout, une certaine croissance, la culture de leurs ancêtres, l’environnement, construisant l’Europe dans un monde en mouvement. Il est sur que la jeunesse  est actuellement confrontée aux difficultés de l’emploi, à la dette, à des obligations qui demanderont des efforts et des économies d’échelle. Mais il n’en est pas moins vrai que ce n’est pas en traitant les prédécesseurs de « profiteurs », en conservant des structures désuètes, en multipliant les lamentations, les doutes, voire les constats d’échecs à l’égard de la génération qui décline, qu’on  donnera courage et volonté à ceux qui montent au front. Donnons aux jeunes une image positive de l’avenir et pour ce faire il nous appartient de leur faire confiance. Ainsi, à son tour, « la nouvelle géné », fera  naître des lendemains d’espérance. Un dernier point : La génération des « c’est pas nous » qui va laisser les commandes,  a tout de même bâti une société de paix entre les peuples pour le bien de ceux qui allaient les suivre. Rien que cela, « ça vaut », non ?

12.11.2008

Gardiens de la Paix

Sur le pas de la porte, un désaccord opposait un concierge à son voisin. Celui-ci promettait de lui « garder un petit chien de sa chienne ». La réflexion, ponctuée par un tonitruant « Ici, le gardien, c’est moi » me fit penser que la sémantique se logeait partout, et plus particulièrement chez les concierges qui sont désormais des gardiens d’immeubles. La sémiologie appliquée à la vie sociale donne aux mots des nuances purement conventionnelles puisque le fond reste le même. Cet embrouillamini entre la désignation et la fonction  me donne l’occasion de rappeler l’existence de ces nombreux  gardiens spécialisés , qu’il n’y a pas lieu de distinguer des autres  professionnels. En fin de vie tous passent   d’un état à un autre et finissent parmi les « gardés ».

En haut de la hiérarchie,  l’expression « Garde des Sceaux »  peut laisser croire à certaines âmes lyriques que l’héritier du Chancelier de l’ancien régime chargé de conserver les sceaux royaux poursuit cette tradition.  En laissant libre cours à leurs pensées  ces âmes poétiques pourraient voir un Ministre de la justice qui s’enferme tous les soirs dans un petit cabinet noir pour y déposer  les précieux  tampons officiels. Il est vrai que la locution n’est pas claire  pour celui qui s’arrêterait au sens premier du terme. A fortiori, s’il l’on s’en tient au son du sceau on peut tout aussi croire à la responsabilité du garde des sots ou encore à celle d’un surveillant chargé des seaux. On aurait alors affaire  à quelqu’un disposé à arranger les bidons des justiciables.  De même, le  garde du corps donne lieu à interprétation. Le synonyme est parfois animalier. C’est, dit-on,  un gorille qui assure la garde rapprochée. A cet égard, l’esprit du plus crédule est contrarié par le fait qu’il ne peut imaginer se rapprocher d’un gorille. Le garde pêche et son homologue de la chasse sont chargés de la lutte contre des individus qui, par principe, ne sont pas en règle avec les exigences législatives et réglementaires spécifiques à ces domaines. Ainsi, la définition de la fonction est une chasse gardée pour exégètes puisque le fait de ne pas avoir de permis exige la compétence d’un gardien.  Par tradition, le garde républicain assure la garde montante ou descendante comme le chante Bizet. C’est l’occasion de  se mettre au garde à vous pour le plus grand plaisir des amateurs de panache. Je ne vous parlerai pas du garde chiourme, ni du garde barrière, l’une et l’autre mission étant en voie de disparition.  Le chant des chiourmes ne fait plus avancer les galères et les barrières sont de plus en plus souvent automatiques.   Reste encore le gardien de buts. Ici la situation devient totalement incompréhensible pour le néophyte en football. S’il est bien quelqu’un qui doit s’interdire de garder quelque chose c’est bien celui-là. Il se doit de dégager sans rien garder.

Les choses qui nous entourent sont chargées, elles aussi,  de la garde. Dans la palette des garde-manger, garde-meubles et autre garde-mites j’ai sélectionné le garde boue et le garde fou. L’un et l’autre témoignent d’une fonction complexe. Certes le garde boue protège des éclaboussures mais, par ailleurs, il n’a pas toujours la place de tout stocker. Dès lors, tout ce que le garde boue ne garde pas, où le met-il ? Quant au garde-fou, peu de gens sont conscients de sa difficulté : Il doit trier les sains d’esprit et les malades du bocal qui aiment se pencher vers le précipice.  

Il  y a aussi tous ces panneaux qui, à la  campagne,  mettent en garde contre le chien du même nom. Le texte  est parfois agrémenté de l’image d’un molosse qui n’a rien à voir avec le vieux clébard rhumatisant que l’on aperçoit au fond du jardin. A l’inverse ceux qui confient la garde à un dogue allemand, en pleine santé, ne donnent aucune précision afin de laisser à l’importun la joie de découvrir le gardien.

Le développement de cette notion de garde ne semble pas, à première vue, compatible avec la société de consommation,  qui par principe ne garde rien. En réalité le développement des différentes sortes de garde sont là pour témoigner du contraire parce que  d’éventuelles agressions menacent régulièrement la propriété privée.  Les entreprises de gardiennage  fleurissent un peu partout et l’engouement pour le home sittnig permet à de vieux os de vivre au soleil des vieilles pierres. On assiste plus que jamais à la garde des richesses matérielles figées en un lieu donné : les grands magasins, les usines, les stocks etc...

 Parallèlement  à cette notion de protection, notre société se sert de la garde pour se débarrasser de tout ce qui pourrait gêner le plaisir ou les loisirs de ceux qui doivent « profiter de la vie ». D’où le développement de la  garde des nourrissons, des enfants, des vieux,  des malades, des chenils etc…  C’est le développement de la garde - refus ou de la garde- refuge devant les incitations et les tentations de la société.

Au final, quelle est la garde la plus importante, celle qui nous concerne au plus profond de nous même, celle qui nous permet, en  toute circonstance de garder la tête sur les épaules ?  N’est-ce-pas celle qui consiste à  garder son sang froid ?  Une garde précieuse pour tous puisqu’elle fait de chacun d’entre nous, des gardiens de la Paix.

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