« 2008-03 | Page d'accueil

30.04.2008

Le couteau comme alibi

J’ai entendu dire que le « couteau Suisse » n’était plus ce qu’il était… Ce ne sont là que des ragots de la plus mauvaise espèce. Le couteau Suisse reste ce qu’il est depuis longtemps, à l’emblème de ce doux pays protégé par ses montagnes, son « fendant » et sa bise. Non, ce qui nuit actuellement à cet outil universel comme à ses congénères français ou d’ailleurs, vient d’un coup monté en bas pour, parait-il,  nous protéger en haut. Et c’est là que le bât blesse, si j’ose dire.

 

Les crapules du 11 septembre ont mené à bien leur funeste entreprise en vol, cutter à la main. Une des conséquences de ces événements fut de donner naissance à des emplois réservés dans les aéroports. Discrets dans un premier temps, ces contrôleurs aériens d’un nouveau genre, se sont rapidement fait entendre via des mouvements de pression de toutes sortes. Dés lors, ce qui à l’origine n’était qu’une simple porte de verre à franchir s’est transformée en un hall hautement sophistiqué où bourdonne un nombre d’abeilles impressionnant.

 

Avant d’arriver au fameux portique électronique l’usager est contraint de suivre un parcours du « passager combattant ». Souvent, un premier contrôle est effectué en amont de la file, pour vérifier que vous êtes bien porteur de votre billet, tandis que le même examen est répété à l’orée du sas de sécurité. Là se trouve un gardien qui donne accès au portique et qui, en même temps, doit distribuer des caissettes permettant de déposer vêtements et  objets. Bien entendu, l’officiant ne peut vous sourire ou vous aider à installer vos affaires dans la boîte car il est, sans doute,  trop préoccupé par la difficulté de sa tâche. Mais le pire est à venir. Alors que vous vous êtes débarrassé de votre manteau et de votre veste contenant clés, monnaie, téléphone, voire de votre montre, de vos lunettes, boucles d’oreille et de votre médaille de première communion, vous déclenchez un spectacle de sons et lumières en passant sous le portail magique. Tout le monde est prévenu à l’entour que vous êtes porteur d’une chose défendue. Un haut le cœur vous tétanise, le rose vous monte aux joues. Vous n’avez pas le temps de faire l’inventaire de ce que vous avez bien pu laisser dans votre poche de pantalon ou votre calicot que vous subissez immédiatement le regard suspicieux d’un planton qui sollicite une fouille tactile tandis que son collègue vous passe le long du corps, un détecteur de métaux ! Tout cela dans un brouhaha invraisemblable qui vous fait découvrir cette merveilleuse ambiance de la « zone de sécurité », un avant goût du voyage et de l’aventure ! Vous pouvez enfin connaître, de par sa discussion avec sa voisine, la marque de couches-culottes habituellement utilisées par cette «  contrôleuse » fréquemment vautrée derrière un écran et qui laisse défiler des images auxquelles elle n’accorde apparemment aucun intérêt. Parallèlement on discute à voix haute et on s’interpelle fort sur le dernier film télé ou sur les horaires de travail et leur folle cadence. Tout cela comme si vous n’existiez pas !

 

Avant que la parade ne s’achève par la fouille manuelle de votre sac ou de votre bagage à mains, sous l’œil malicieux du passager suivant, les opérations de contrôle connaissent des variantes. Ainsi l’ordre vous est intimé, du doigt, de repasser sous le portique. Généralement ça sonne de plus belle ! Une boucle de ceinture, une bague, un bracelet ou toute autre bimbeloterie est à l’origine du trouble que, tel le chercheur d’or qui exhibe sa pépite, le contrôleur désignera avec l’air du vainqueur de l’Annapurna ! Mais l’histoire  n’est pas finie car il peut vous être demandé de repasser sous le portique autant de fois que de besoin. Ainsi, ai-je assisté récemment, sur un vol intérieur au départ de Roissy, à une noria qui s’achevait par la demande faite aux passagers de se déchausser. Le plus triste - et le plus long - concerna des femmes de tous âges, contraintes d’ôter leurs bottes ! Sincèrement les voir se rechausser en public et, pressées par le temps, s’emmêlant  dans leurs tiges, sans la moindre chaise salvatrice à portée m’est apparu intolérable. Dans le même esprit, que penser des vidéos qui dans les halls d’attente donnent  la liste des objets interdits en avion, tel un révolver ? Qui peut sérieusement imaginer que ces images, contrôles et exigences font obstacles aux intentions belliqueuses ou à l’imagination des terroristes ? Les tristes exemples de Madrid et Londres sont là pour démontrer qu’il y aurait lieu de surveiller de façon identique, les gares, les cinémas, les fêtes foraines etc…

 

Assurément, les vérifications effectuées à l’entrée des avions sont  nécessaires et utiles. Simplement, elles deviennent stupides, dans leurs excès. Ces exagérations sont nuisibles à la bonne marche des aéroports et à l’industrie de la coutellerie, privée de ses ventes de canifs ou de ciseaux de voyage. Cette démesure du contrôle se présente comme un « alibi de société » qui permet de faire croire à une sécurité qui est en réalité très relative si l’on tient compte du périmètre d’une zone aéroportuaire. De plus, pourquoi les entreprises chargées de ces missions ne prendraient-elles pas le temps d’apprendre à leurs employés les rudiments de la courtoisie et du discernement ?

24.04.2008

Avis de teuf

Les hommes ont toujours aimé « faire la fête »… Certains prétendent que ce sont les femmes qui ont inventé la fête. Ils ont raison, car ce sont sûrement pour elles que la fête fut organisée par les hommes. Devant la grotte ou le campement, les individus réunis autour du feu se sont probablement mis à gesticuler autour du foyer pour manifester leurs sentiments et leurs différences.

 

 

Il s’agissait peut-être de la première mise en scène permettant de faire valoir ses attraits au sexe opposé. Certaines peuplades poursuivent cette tradition festive ancestrale pour affirmer l’existence de leur communauté. Dans d’autres points du globe, la fête, moment fort, ciment entre les hommes, a évolué au cours des temps. Son expression suit le cheminement du polissage social. La fête s’est ritualisée, sacralisée, puis démocratisée. Elle est actuellement, dans nos sociétés occidentales,   banalisée.

 

 

Des crues du Nil où flottèrent les premiers rubans d’offrandes en l’honneur d’Isis et Pharaon, en passant par les fêtes grecques, romaines, druidiques, les hommes de ces époques ont su marquer leur temps. C’est vers l’an mil environ  que le sens de la fête coïncida, dans l’emploi du mot, avec la célébration d’un jour consacré par un contexte religieux. Les réjouissances prévues ce jour là se doivent de rompre avec les obligations quotidiennes et toutes les activités sont tournées vers le saint honoré. Le compagnonnage,  étroitement lié à l’univers spirituel,  a valorisé ses patrons, au point que de nos jours on trouve encore de-ci, de-là des reliquats de ces traditions. Par exemple, en l’honneur de Saint Joseph, à la fois patron de la Sainte famille et des charpentiers. Le concept s’est laïcisé à la révolution et l’on garda l’esprit tout en se tournant vers l’événement. Ce fut la fête de la Fédération. La dernière décade du XXème siècle a multiplié les occasions et fit de la fête un sujet intemporel. La fête de la bière, de la courge, du cassoulet, de la musique etc… Simplifiée et banalisée, la fête n’est plus un événement exceptionnel. Elle appartient au quotidien. Tout en est prétexte.

 

 

Des corps qui se déhanchent et une musique de « ouf », ajoutez une rasade de whisky, de gin ou de tequila et vous êtes au cœur de la fête du quartier ou organisée à tout bout de champ, entre copains. Les ingrédients sont déterminants de l’ambiance au point que quelques pastilles ou sucre en poudre se substituent parfois aux canapés dans le subreptice espoir que les choses se passeront mieux sur les sofas. Peu importe les raisons, le lieu, ou la saison qui motivent  ces rassemblements de toutes sortes. Ils sont empreints du même modèle social. « Faire la fête », c’est principalement se retrouver serrés les uns aux autres, dans une cave, au fond d’une cour ou sous une tente, éclairés par des lumières psychédéliques et assommés par une déferlante de décibels. C’est à un moment donné,  l’endroit censé favoriser des contacts avec d’autres personnes, sans que rien ne puisse permettre la communication,  puisque les individus se voient à peine et ne s’entendent pas. Un monde où la félicité conjugue l’heureux isolement de chacun  dans  un ensemble de joies mouvantes, car plus ça bouge, plus c’est bon, plus « on oublie ». On oublie, quoi ? Tout. Ce qui contrarie ou ce qui  est cause de stress ou de peines dans la vie quotidienne. On peut même en oublier les raisons qui ont généré la présence ou l’organisation de « la fête ». Ainsi se justifient les « gay parades » ou les fêtes du divorce ! Que mon mariage se soit soldé par un échec me permet de réunir et de compter mes amis, ma famille, parfois mon ex, autour d’un pot festif où je pourrai enfin m’éclater ! Une manière, parait-il,  de vivre plus intensément. Il y a même des entreprises spécialisées qui se spécialisent dans l’organisation des « fêtes du divorce » comme pour les mariages. On pourrait envisager des cartons d’invitations qui porteraient  la mention  « Prudence, la  biche à chasser sera cachée, pour le plus grand plaisir des invités  dans la grande forêt des turpitudes de la vie ». En texto cela donne « y a de la caille come to get ». Quel dommage que la fête en soit réduite à cette dernière extrémité ! Car, faire « n’importe quoi » de la fête c’est en quelque sorte la « tuer ». La fête doit retrouver sa splendeur. N’en faisons plus simplement un «  avis de  teuf ». La joie et le bonheur ne se commandent pas.

 

21.04.2008

Du ton à l'ouïe

Le bâtisseur des relations humaines est le son de la voix. Grave ou aiguë, cassée  ou chevrotante la voix peut être alarmiste, chaude ou glaciale. Elle peut séduire, envoûter ou troubler. Elle assure l’immédiat transport des émotions. Elle peut être triste,  heureuse, trompeuse.

 

Du murmure au cri, la  tessiture rassemble les couleurs de la vie. Elle donne un sens aux paroles. Dés lors, le son de la voix ne peut être séparé du ton. Le ton est doucereux, coléreux, ambiguë. Il est violent, modulé, adapté à l’environnement. Selon le lieu, l’interlocuteur, ou  le message que l’on veut transmettre, le choix du ton doit être le bon. Nos propos quotidiens tiennent-ils compte des subtilités offertes par cette fabuleuse palette, don de la nature ? Les professionnels abusent-ils du ton pour faire passer leur message ? De façon générale, l’émetteur et le récepteur de sons échangent des sentiments.

 

Selon le ton employé dans une conversation entre deux individus assis à la même table, la suite des événements sera vécue différemment pour l’un, l’autre ou les deux ensembles, Si les mots ont leur importance, le ton, emballage des expressions est déterminant. A lui seul le timbre témoignera de la lassitude, laissera découvrir l’envie, l’amertume ou  la joie. Un clignement de paupière, ou tout autre geste, volera peut-être au secours du mauvais ton. La situation est modifiée si cette même discussion se déroule par téléphone. Le ton utilisé ne peut plus envisager de se faire aider par la gestuelle. La voix seule sera le maître de l’échange téléphonique, pour aimer, convaincre, aider. Enfin, si la rencontre se déroule entre plusieurs personnes en un même lieu, le ton jouera sur un autre registre. La visite d’une Eglise se fait à voix basse, à la fois par habitude et par respect. Un repas au restaurant donne rapidement naissance à un brouhaha qui entérine une certitude : Personne n’écoute personne puisque la plupart des convives parlent en même temps. C’est, parait-il ce qui détermine aujourd’hui une rencontre festive. Ici, le ton de la voix apporte un autre témoignage : Il permet aux individus rassemblés d’exprimer leur personnalité. La timidité, l’aspect chaleureux, l’accent, la voie forte ou faible signeront l’existence de chacun à l’égard de tous.

 

Comment, en toutes circonstances, transmettre un message juste à son interlocuteur et par là même employer le bon ton ? Comment envoyer des sons qui ne seraient pas susceptibles d’une interprétation par celui qui les reçoit ? Répondre à cette demande impose une discipline à toute épreuve qui,  incontestablement,  passe par une écoute attentive qui ne déclencherait pas le besoin de répondre avant d’avoir fini d’entendre. Ce serait avoir pris conscience que celui qui émet ne se contente pas d’expulser l’air de ses poumons pour frapper son larynx, mais que le son de la voix est bien une suite de vibrations qui concerne l’individu dans son ensemble. Les professionnels, eux, ont bien compris le mécanisme sauf peut-être  les artistes de variétés qui, depuis quelques décennies doivent à l’inventeur du micro la puissance d’un organe dont ils ne disposent pas souvent.

 

Au théâtre et à l’opéra les spectateurs sont à l’écoute des acteurs ou chanteurs chargés d’exprimer, avec précision,  les sentiments de leur rôle. Par principe,  les interprètes répondent  aux attentes de ceux qui se sont déplacés pour les entendre. Les acteurs, les chanteurs et les spectateurs ont accompli une action volontaire avec un objectif commun : Découvrir, entendre, revoir une œuvre connue. Cette démarche ne peut être comparée à celle qui consiste à appuyer machinalement ou systématiquement sur le bouton de son auto-radio, généralement pré-réglé.  Une habitude qui nous fait accéder à une chaîne de radio - certaines sont spécialisées -  qui viendra déverser dans nos oreilles ses bonnes paroles, pré-machées, répétées avec force, appuyées par les consonnes. Le ton employé, les méthodes mises en œuvres, l’usage de la phonométrie,  sont étudiés pour que l’auditeur soit automatiquement et uniquement récepteur. Tout doit rendre notre cerveau incapable de négocier, immédiatement, une discussion avec ce qu’il reçoit. Nous sommes emportés par le déversement du gobe-infos comme dans d’autres par le gobe-mouches.

 

Il est, je crois, grand temps d’être circonspects et attentifs à ce que ces organes – télé ou radio – veulent nous inculquer de manière constante. Y veiller, c’est prendre conscience de notre existence pour éviter que ce soient ces médias qui, à partir de leurs techniques de communication des sons, trompent notre ouïe pour nous tremper dans  une huile qui n’est pas la nôtre.

18.04.2008

Prête moi ta plume...

Il y a quelque temps, j’ai côtoyé une autre époque par la découverte de lettres et de livres de comptes qui comportaient des « écritures à la main ». Fines ou grasses, serrées ou lâches toutes concernaient la récente histoire d’une famille. Les derniers plis dataient des années 1950 et certains étaient vieux de deux siècles. A un moment donné, j’ai renoncé au contenu de ces récits qui insistaient sur la gravité d’événements passés, laissaient percer une situation cocasse, adoucissaient les peines d’un frère ou d’un ami.

 

Je me suis contenté de caresser du regard la calligraphie. Dieu, que ces écritures étaient belles et difficiles à déchiffrer pour des yeux habitués aux caractères imposés par les machines !

 

J’ai imaginé que nos écrits d’aujourd’hui seraient décryptés à leur tour et, qu’ainsi ce qui était actuel serait, demain, des textes « anciens ». Avec quelle aisance pourront-ils se lire ? Quelques vaniteux n’hésiteront pas à répondre que l’ordinateur ayant définitivement fixé les règles de la communication écrite d’un bout à l’autre de la planète, tout est organisé à jamais. En admettant que des outils finissent par équiper le monde entier, les signes eux seront différents de ce qu’ils sont maintenant. La forme de l’écriture est obligatoirement adaptée au présent. « Les smileys », « binettes » ou « émoticons » ces réducteurs d’écriture employés par les ordinateurs, sont là pour signifier cette évolution. Dés lors, l’homme qui découvre les signes tracés avant lui sera toujours contraint de retrouver le sens des conventions du moment et devra tenir compte des dispositifs et supports qui ont servi à coucher par écrit des épopées, des faits quotidiens ou des sentiments.

 

Nos écoliers n’ont aucune idée de ce qui a été vécu par leurs aînés, il y a peu, durant leur scolarité. C’était l’époque – vers 1960 – où l’usage de « la pointe bic » en plein essor commercial, était interdit. Se servir d’un « stylo à bille » valait une sanction. L’encre « violette » était reine. On la puisait avec « un porte plume » dans cet encrier de faïence blanche, incrusté sur le pupitre. A ce moment là les buvards – ceux qui comportaient de « la réclame » se collectionnaient – étaient indispensables pour limiter la catastrophe, « le pâté ». Les gommes au double corps étaient tolérées : le côté rose servait à effacer le « crayon à papier » tandis que le bleu était censé faire disparaître les traces d’encre. Quelquefois, on finissait par faire un trou à l’endroit qui devait être corrigé ! L’effaceur n’était pas encore né et si l’on voulait que « le cahier soit propre » il fallait avoir recours au fameux « Corrector » qui imposait de déposer délicatement une goutte de liquide rouge et d’ajouter ensuite une larme de liquide blanc sur la tâche ou la rature, pour qu’un miracle se produise éventuellement. Régulièrement, les lignes et carreaux imprimés en avaient pris un coup. Les « stylos à encre » qui se rempliront avec une pompe arriveront plus tard, tandis que « les cartouches » n’étaient pas encore nées. Certains se souviennent de ces premières cartouches, qui furent d’abord en verre avant d’être en plastiques : On s’en mettait plein les doigts et l’on maculait ses poches…Et puis, il y avait ce débat institutionnel - et sans intérêt - qui est finalement resté dans l’encrier : Fallait-il écrire droit ou penché ? Evoquer cette période ne peut se faire sans référence à la « Sergent Major » dont l’imagerie des boites a fait rêver des générations qui, dans le même temps, « suçaient la plume » lors des premiers usages pour « la faire » et lui permettre de courir sur la feuille.

 

On pourrait ainsi remonter aux peintures rupestres, aux rouleaux de la Mésopotamie , à l’Egypte ancienne, aux Chinois et aux arabes, rendre hommage aux copistes et à la plume d’oie, saluer l’imprimerie - cette complice de la Liberté - pour constater que dans différentes régions du monde, depuis un peu moins de 6000 ans, en écrivant de gauche à droite ou à l’inverse ou de haut en bas, les hommes ont mis en place des codes de reconnaissance destinés à sceller ensemble la parole et l’âme en une multitude de signes de vie. Une façon pour ceux qui accèdent à cet art de la pensée, d’affirmer leur existence ou de donner une consistance à leurs actes. Est-ce le sens de ces « tags » qui salissent nos murs ? Peut-être.

 

En tous cas, l’ère de l’ordinateur et du texto ne peuvent qu’intensifier le processus scriptural et favoriser, hélas, sa standardisation. Désormais les hommes sont à la merci d’une écriture dépersonnalisée et banalisée. A chacun d’entre nous d’éviter le piège de la normalisation et de continuer à chanter et à écrire comme le poète, « Au clair de la lune, Mon ami Pierrot, prête moi ta plume pour écrire un mot… »

 

15.04.2008

"Tirez, Tirez, ils ont pissé partout"

Le sujet est scabreux. Il appartient pourtant à notre ordinaire. Est-ce un reste de pudeur qui fait obstacle à son évocation en société ? On en parle subrepticement, discrètement et si j‘ose dire, du bout des lèvres. Cela permet d’assister parfois à des scènes cocasses.

 

Celle-ci par exemple : Dans un brasserie ou autre lieu public vous cherchez l’endroit des yeux et votre quête reste vaine. Vous vous rapprochez tout naturellement du garçon de café et vous lui murmurez une demande qui concerne quelque chose dont la dénomination doit, pour vous, se prononcer à voix basse. Et c’est là que votre interlocuteur vous répond de manière tonitruante au point que tous les convives se retournent. Vous cherchez « les toilettes » ? dit-il à la cantonade.  « C’est là ». Parfois, pour  appuyer sa déclaration il  reformule la demande,  articule fortement le mot interdit,  et  donne la direction, d’un doigt moqueur. La dessus, vous rougissez et vous décampez sans demander votre reste.

 

Dès notre plus jeune âge, l’endroit en question est affublé de nombreux diminutifs ou de noms de pacotille. Seule une question récurrente résume l’ambigüité de la demande et de la fonction. L’incontournable « veux-tu aller au petit coin ? » prononcé avec un air contrit et un sourire en coin appartient au rituel de l’enfance. Conséquence directe : Le lieu d’aisance demeure un sujet tabou, vu du petit côté de la lunette.

 

Il semblerait que le lieu mérite  la considération sociale et qu’il  soit  en pleine évolution puisqu’il trône désormais en librairie. Différents ouvrages lui sont consacrés. Le dernier né est le « wc-book » (Editions Daniel Petiot). Diffusé à la fin de l’année il s’arrache sur les rayons comme un best-seller.  L’ouvrage contient des digressions de toutes sortes,  des infos insolites ou  people, des mots croisés et sudokus,  horoscopes etc… Bref, un almanach qui vous donne envie de traîner dans la place. Un vrai livre de cabinets pourrait-on dire lorsque  cette appellation vise l’endroit où l’on place et expose des objets de curiosité ou d’étude. Cette valorisation de la garde-robe, des waters, water-closet, pipi-room et autres désignations, - vous faisant grâce de la vulgarité des autres dénominations -  est un pas intéressant sur le plan sociologique.

 

La reconnaissance, passe aujourd’hui également  par Internet et à cet égard, je ne résiste pas à vous envoyer vers un site exceptionnel et pour le moins  original.  Sa seule vocation est de mondialiser la présentation et les prestations des toilettes publiques et privées en donnant des détails croustillants, communiqués par les utilisateurs qui peuvent télécharger leurs avis de passage. Sur http://www.baignade-interdite.com/ vous trouverez tout ce qui attrait aux toilettes des hôtels, des restaurants, des cafés, des musées, des théâtres, des gares, des entreprises et de tous autres lieux publics.  Tout est très facilement accessible par ville et forme un guide détaillé. La somme des toilettes du monde. Parfois une photo – en nombre insuffisant – vient confirmer les dires.  Un classement étoilé est établi. Le cinq étoiles étant bien sûr  le nec plus ultra. Ne manquez surtout pas de lire les commentaires. Certains sont significatifs d’un endroit qui ne vaut pas le déplacement ou qu’il ne faut jamais visiter ! Une façon de lever le couvercle, sur ce qui était récemment encore protégé par une chape de plomb. Indéniablement,  cette petite encyclopédie spécialisée est déterminante de notre mode de vie, de notre modèle social, de notre prise en considération de l’hygiène. Trop souvent, les toilettes ne sont pas à la hauteur de la réputation d’un pays, d’une famille, d’une entreprise ou d’un  établissement.  Notre pays n’est pas des mieux placés en ce domaine.

 

Sans compter les débordements que connaissent nos villes et nos villages, infestés par ceux qui soulagent leur vessie en tous lieux. Comment lutter contre ce phénomène ? Les collectivités imaginent des solutions. La mise en œuvre de grandes campagnes de sensibilisation telles celles qui visent à faire front aux déjections canines, l’accès gratuit aux toilettes placées sur la voie publique, la prochaine installation de « tôle ondulée » sur les parois murales afin de salir les chaussures et pantalons des indélicats, seront-elles suffisantes pour mettre un terme à ce fléau urbain qui transforme en pissotière les moindres recoins, les parkings, les escaliers, les abords des gares ?   Quels sont leurs auteurs ? Leur éducation seule est-elle en cause ou s’agit-il pour eux d’un jeu ou d’une habitude ? Doit-on y voir le refus du respect de l’organisation sociale ? Faut-il sanctionner plus régulièrement les actes de ces individus de tous âges ? A noter que, privilège des hommes, les femmes sont de plus en plus souvent  dans la course, entre deux voitures en stationnement. Peu importe, la cause, le sexe ou l’âge des contrevenants, le résultat se fait durablement sentir. C’est scandaleux !  Il est vrai que l’affaire est plaidée depuis longtemps  puisque Petit Jean dans Les plaideurs de Racine disait  déjà  «  Tirez, tirez, ils ont pissé partout ».

12.04.2008

Lobby par ci, lobby par là

Puisque les cigarettes sont à l’origine de tant de maux, pourquoi sont-elles encore vendues dans des bureaux de tabac, agréés par l’Etat ? Si, rouler au-delà d’une certaine vitesse entraîne tant d’accidents mortels, pourquoi laisser fabriquer des automobiles qui se comportent comme des bolides ? S’il est exact que transporter du liquide dans ses bagages peut favoriser un mélange explosif, pourquoi autoriser le transport aérien de 100 ml par passager alors même que plusieurs personnes, dans un même avion, peuvent additionner les contenus et provoquer une catastrophe ?

 

 

Dans la crainte de ce même terrorisme des airs, pourquoi continuer à laisser libre accès à des bouteilles en verre, armes potentielles, dans des boutiques situées au-delà des contrôles aériens ? Pourquoi servir de l’alcool, nocif pour la santé, dans les réceptions offertes par les préfectures, mairies ou autres administrations ainsi que dans les avions et navires battant pavillons nationaux ? La liste de ces questions aux réponses incohérentes est sans fin.

 

Au nom des grands principes, notre pays est placé sous la férule de plus en plus contraignante de groupes de pression, émanant d’horizons divers, qui viennent régulièrement dicter leurs lois à nos gouvernants, de tous bords, qui sont incités à faire régner l’ordre au nom de la démocratie et de la liberté. Peu importe que le mécanisme soit pernicieux. Drapé dans un long manteau pourpre, l’Etat se sert de ces excuses sociales pour frapper tout écart du contrevenant. Il est vrai qu’il est tellement facile à contraindre, à punir et à traire ce contribuable, que ce serait dommage de s’en priver. L’égalité justifie la logique du système, parfois même - et de plus en plus souvent semble-t-il – avec dureté. Tout le monde est logé à la même enseigne. Sauf à s’inscrire en faux, diront certains car cet égalitarisme est bafoué par les plus habiles. Que me dites-vous là ? Bien sûr il y a cet automobiliste qui vous a doublé ce matin, comme un fou, pendant que vous respectiez la limitation de vitesse. Il se fera prendre par le prochain radar s’il poursuit de la sorte, à moins qu’il ne roule avec les points de sa grand-mère, muni d’un anti radar, avec un matricule falsifié ou étranger etc… Peu importe son sort. Pour les lobbys de tous acabits, ce qui compte c’est le nombre de moutons parqués dans le même champ. Tant pis pour les exceptions, qui sortent de la nasse. La manne est dans la grande hotte internationale des laboratoires, des fabricants, des entreprises de service ou dans ces « grands mouvements » qui trouvent un intérêt à l’endroit même ou le citoyen, le client, le consommateur, passif par la force des choses subira les avatars d’une spirale infernale.

 

Par ailleurs, pour influencer les citoyens, rien de mieux que d’aller les chatouiller dans leur intimité, de les apitoyer ou de leur faire peur, en leur donnant l’illusion que le Droit est de leur côté. Le Droit, sans aucune contre partie bien sûr. Il est un formidable ciment qui permet de lisser tous les individus en un même bloc, tout en donnant à chacun la possibilité de se plaindre à l’envie. Il permet même aux animaux d’avoir une âme ! Il n’est pas envisagé d’établir la liste des devoirs que devraient respecter les humains à l’égard des animaux, mais il suffit d’indiquer sur une grande banderole, comme celle installée il y a quelques jours sur les Champs Elysées, que « Les animaux ont des Droits » pour faire comprendre que l’on est à la tête d’une juste cause.

 

Pour arriver à bonne fin et justifier l’existence de leurs associations et manèges en tous genres, ces groupes de pression recourent régulièrement à l’existence de la souffrance nationale ou internationale – cf le Tsunami et les conséquences navrantes de la grande quête – et à faire naître une certaine anxiété ou répulsion face à une situation. Aujourd’hui par exemple, il y a cette nouvelle « liste noire » des produits dangereux. Il n’est plus possible de vivre sans la crainte permanente que représentent, subitement, ces substances dans nos maisons.

 

Toutes les actions de ces « faiseurs d’illusions » sont organisées derrière un grand rideau de fumée où le nombre d’or se confondrait avec le « risque zéro » pour tout et pour tous. Ce qui est, ils le savent bien, utopique. Le citoyen se croit protégé. Il n’en est rien. Naïf, Il participe même activement au développement de ces groupes de pression qui partout dans le monde encaissent les bénéfices économiques, politiques, sociaux ou religieux de leurs influences. Ils font feu de tout bois et plantent leurs banderilles dans le sang de la corrida ou dans celui répandu par les chasseurs, puisqu’ils défendent un fonds de commerce qui fait obstacle à la mort, Car, pour eux, c’est bien connu, la mort, c’est comme la solitude, ça n’existe pas.

 

09.04.2008

Emballé sans histoire

L’emballage demeure le fer de lance de la vente pour les uns et constitue un phénomène de société regrettable pour les autres. Il y a quelques années à peine, la question ne se posait pas. C’était l’époque « du papier journal », des cornets, des corbeilles en osier. Les bouteilles de vin ou d’eau minérale étaient « consignées »

 

A ce moment là, l’important se trouvait  dans le contenu. L’habillage était accessoire. Peu à peu « le carton standard » puis la  « matière plastique » ont tout balayé sur leur passage. Ces dernières décennies sont apparus des emballages nés du croisement des formes, des couleurs et des matières. Tout cela pour influer directement sur la consommation. Les fabricants ont de plus en plus fait preuve d’ingéniosité. Ils ont, par exemple,  imaginé des emballages translucides «en plastique dur » pour leurs objets afin des les présenter sur des suspentes dans les rayonnages des grandes surfaces. Les barquettes fabriquées dans des matières dérivées ont accueilli les produits alimentaires. Le  « papier cellophane »  est devenu le maître du royaume du rêve. Je vois, donc j’achète. Parallèlement, les citoyens ont appris à contester l’autorité de l’homme politique à partir de ses seules apparences.

 

L’aspect positif du « conditionnement » tient dans les règles d’hygiène qui, tout au long de la fabrication et jusqu’à l’emballage,  nous protégent indéniablement de bacilles, microbes et autres staphylocoques. Par contre, ces « emballages de vente » n’ont pas fait obstacle à la prolifération des « emballages de transport » d’où la diffusion en masse de ces fameux sacs actuellement décriés pour leurs nuisances écologiques. Reste que le cocasse tient dans la lutte sévère que le consommateur engage régulièrement avec l’objet acquis qui fait de la résistance au moment de son utilisation. Qui n’a pas croisé le fer, avec ongles, et dents, pour se débarrasser de ce fameux « film » qui entoure un CD, une brosse à dents, « un pack » de lames de rasoir ? Il est vrai que dans cette courte lutte c’est toujours l’utilisateur qui gagne. Cependant, il est parfois contraint d’y mettre les moyens s’il veut arriver à ses fins. Il lui faudra utiliser successivement une paire de ciseaux, un tournevis, ou ce fameux « cutter » qu’il aura eu déjà tant de mal, à déloger de son habitacle d’origine. Reconnaissons ainsi que la plupart du temps, rien n’est dit sur la manière d’arriver aisément à la saisie finale de l’objet convoité. Quelquefois,  des dessins et croquis cherchent à aider le possesseur de la boite de vis, du flacon de détachant ou de ce jouet acheté sous la pression du besoin ou d’un événement. Rendons hommage à ces fabricants illustrateurs bien que leur volonté explicative ne coïncide pas toujours avec la logique de l’utilisateur, sauf à ce que celui-ci ait fait de solides  études de signes, croquis et modèles en tout genre. Notons pour mémoire, que l’achat  se fait habituellement dans le brouhaha environnant, couvert par cette horrible musique de fond, emballage sonore de la galerie marchande. 

 

Sur le plan éducatif, le maillon faible du système tient dans le fait que « la chose emballée » est trop souvent détachée de son contexte, c'est-à-dire de son histoire. Si cela s’avère peu important pour les objets courants ou présentant un caractère technique, il peut être dommageable lorsqu’il s’agit de la chaîne alimentaire. Les explications relatives à la production sont totalement absentes. Comment faire le lien entre cette bouteille de lait achetée au rayon frais et une vache dans son étable  ou dans un pré ? Qui se préoccupe  d’indiquer que c’est l’allaitement des veaux qui est à l’origine de la diffusion du lait ? La même idée doit être avancée pour ces différents morceaux de viande étalés dans des barquettes molles recouvertes de cellophane où seule l’indication de « veau » ou « bœuf » les distingue de « porc » et « agneau ». Rien ne doit laisser imaginer l’abattoir. Généralement la présentation se fait sans sang ! Tout doit être propre et coquet. Dans ces conditions, comment imaginer que les poulets aient eu des plumes « avant » le frigo ?

 

En tous domaines, la plupart des citoyens sont souvent confrontés aux mêmes ignorances. Méconnaissant  « ce qui s’est passé dans le temps » quelques uns  réagissent de manière négative face à une situation qu’ils ne peuvent imaginer puisqu’ils ignorent tout - ou à peu près - des institutions qui les gouvernent et des mécanismes juridiques qui les lient à leurs obligations. Dés lors, ils adoptent une attitude comparable à celle de ces consommateurs confrontés  aux emballages. Ils emploient la violence. Souhaitons que pour l’avenir, il  soit tenu compte de la nécessité d’enseigner et d’éduquer en profondeur pour éviter les erreurs de jugement et les errements de certains. Dans l’intérêt général il convient que ce soit le fond qui prime et non l’emballage ou l’apparence médiatique.

 

06.04.2008

Apprendre les modes d’emploi

Prendre conscience du temps qui s’écoule pour réaliser un acte, quel qu’il soit, tout comme savoir que la vie est bornée par la naissance et la mort, distingue l’homme de l’animal. Après une longue période dédiée à l’observation des astres et des étoiles, les individus se sont évertués à mesurer le temps.

 

De la pendule à eau, aux montres électroniques, en passant par les cadrans solaires, l’objectif est resté le même : Dater l’événement puis attribuer une valeur virtuelle aux agissements des uns ou des autres dans des circonstances déterminées. Dans cet esprit le temps accordé au travail, aux loisirs ou à la pratique de sa religion, fut évalué depuis quelques siècles. Nous sommes amenés à constater l’accélération du phénomène depuis ces dernières décennies. C’est fou ce que l’on peut faire en quelques secondes. Que dis-je, en quelques dizaines, centaines ou millièmes de secondes. On peut désormais être le plus fort, le meilleur, le plus grand de tous les temps. Jusqu’au meilleur temps suivant ! L’Américan cup qui se déroule sur plusieurs  semaines a été gagnée à une seconde près par l’équipe Suisse. Bravo ! Cela étant, l’écart en question donne le vertige. C’est le temps qui donne toute sa valeur aux faits. De même le temps de travail suivi d’un temps de repos à été aménagé, contracté, adapté à la nécessité de gagner contre la montre. La machine industrielle compte la sortie des pièces à la seconde. Le coût est traité à la minute. Le temps du travail humain se doit d’être le plus court possible pour permettre d’accéder rapidement à un temps de loisirs qui doit être de plus en plus long. Force est de constater que ce temps là est également découpé en plages courtes pour accéder au maximum d’activités. La messe du dimanche n’échappe pas au mécanisme. Une heure d’horloge fait l’affaire dans toutes les églises du monde. Nous sommes loin des envolées de Bossuet qui ne comptait pas son temps, ni celui de ses ouailles ! Toute l’organisation sociale tend à donner plus d’importance au temps plutôt qu’à l’événement. Les constructeurs de matériels et ceux qui mettent en place des mécanismes de communication semblent constamment motivés par une volonté d’optimisation du temps. Est-ce que cela  rend  la vie quotidienne plus agréable, plus simple ou plus facile ?

 

Prenons des exemples au hasard : Il fut un temps où pour téléphoner il suffisait de savoir se servir du combiné. Aujourd’hui, il faut d’abord apprendre à « monter » le poste présenté dans son coffret. Ouvrir la boîte demande déjà l’usage d’un mode d’emploi ! Il faut ensuite comprendre les différentes fonctionnalités offertes. Grâce au mémento (qui est parfois en anglais) vous saurez écouter les messages laissés en votre absence, les lire à distance, rappeler un interlocuteur occupé au moment où il est appelé, connaître ou non le numéro de l’appelant, mettre en mémoire votre répertoire. (A cet endroit là vous devrez lire au moins deux fois le fameux guide de l’utilisateur). Tous les différents choix proposés visent à favoriser l’utilisation de « temps morts ». C'est-à-dire qu’ils vous  incitent  à un gain de temps afin de faire autre chose que de « perdre du temps ». A noter que ce schéma classique de téléphonie est déjà obsolète. Le téléphone portable accomplit bien plus d’opérations que ce combiné de domicile et, outre la communication il est possible d’accéder aux e-mails, à la télévision et de manière banale à la photographie. A condition d’avoir une notion de fonctionnement du « matos ». Bien sûr les photos ne seront  pas de la qualité que vous pourriez obtenir avec un numérique. Sauf que pour le numérique en question il faudra bientôt suivre plusieurs jours de cours intensifs.  Il est vrai qu’à l’issue de la formation vous aurez la possibilité de modifier vos prises de vues sur votre ordinateur. Ce dernier vous permet d’ailleurs d’être en relation avec le monde entier.  A condition que vous ayez un minimum de connaissances pour relever le défi d’un plantage ! Tout peut y passer. L’écoute de la musique sur un CD, la zapette de la télévision, l’automobile etc…  Nous sommes bien forcés d’observer que, très souvent, nous ne  pouvons plus faire face à des exigences techniques contraignantes et multiples qui, à l’origine, sont destinées à nous simplifier la vie voire même à nous faire profiter du temps qui passe… Est-ce une question de génération ? Pas sûr, car les jeunes qui sont nés et qui baignent apparemment avec l’évolution d’une certaine technologie sont vite dépassés puisque l’objectif constant est de gagner du  temps sur le temps. Pour qui ? Pourquoi ? Pour avoir le temps d’apprendre les modes d’emploi qui demain, seront démodés puisque la technologie aura encore « avancé » !

 

03.04.2008

Les Mains chaudes

Il y a une communication non verbale qui s’installe tous les jours un peu plus dans notre société sans que l’on y prête attention. Ce n’est pas grave mais significatif d’un état d’esprit  qui témoigne d’une certaine inconséquence face aux événements. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais aujourd’hui, on applaudit partout et pour n’importe quoi. Les bravos sont à la mode.

 

On les emploie pour tous. Pour  le taureau qui déboule dans l’arène ou le chien qui fait le beau lors d’un concours animalier. Quelles raisons motivent ces démonstrations de claques à tout va ?
 
A chaque coin de rue, il faut battre des mains. Cela est désormais intégré au rituel des baptêmes et communions. Ils assurent peut-être la fusion entre le paganisme et l’acclamation. Idem à l’issue de la visite d’un monument ou d’un château. Le guide a droit à une petite rasade de clap-clap. C’est moins coûteux qu’un pourboire. Le cinéma n’échappe pas toujours au ridicule. La télé fait partie de la distribution. Il y a d’abord celui qui, seul ou en famille, applaudit son récepteur imaginant que son interlocuteur est concerné par sa réaction. A noter que le téléspectateur accompagne fréquemment son geste d’une expression verbale qui va du « C’est bien dit » au « Pauvre type ». Parfois les formules visent la gueule ou une partie plus charnue du concerné à l’écran.

 

Il faut dire, aussi, que la télévision donne l’exemple de la soumission au rite. On peut même se demander si, insidieusement, ce ne sont pas les images répétées des applaudissements télévisés qui gouvernent de plus en plus nos réactions quotidiennes en ce domaine. Car les applaudissements télévisés sont habituellement organisés comme à la à la belle époque. A ce moment là, on embauchait des spectateurs « bidons » destinés à applaudir. Rien n’a changé à l’heure des jeux, débats et autres réalisations débiles. Tous ceux qui ont participé à une émission de ce genre savent qu’au moment où ils sont filmés – ce qui leur permettra d’être vus par Papa-Maman et Tati – un homme de la régie lève un grand panneau devant l’estrade, sur lequel est écrit un énorme « Applaudissements ». Les conditionnés - pardon les participants - « réagissent » aux instructions du régisseur qui prendra soin d’expliquer la règle du jeu avant le début de l’émission. De la vraie spontanéité garantie sur commande !

 

Les hommes politiques ou les grands leaders publics n’envisagent pas une réunion sans applaudissements. Leur profession de foi, se doit d’être interrompue, ponctuée, poussée  par des salves continues et répétées d’applaudissements qui selon l’expression qu’ils emploient régulièrement « signent une victoire historique ». En ce sens, les applaudissements prennent une couleur « citoyenne ». Ils sont le leurre d’une  démocratie active qui est véritablement participative au point qu’il y a un échange de bonheur entre l’orateur et les participants. Du haut de sa tribune, il « chauffe la salle »  emploie les mots justes, recherchent les effets  pour se faire applaudir et les citoyens applaudissent à tout rompre chaque souffle. Lui et eux sont venus pour cela. C’est la fête à neu-neu, tout le monde est content.

 

Les applaudissements se font remarquer également par leur qualification spécifique. Ainsi ils sont encourageants, nourris, chaleureux et parfois même à la fin de certains concerts pop ou rap, « frénétiques ». Les plus beaux quand même restent ceux qui actuellement nous viennent d’Amérique. Dans ce cas l’acteur ou le chanteur a fait « un standing ovation ». Applaudir debout, cela change tout pour la circulation du sang, quand on est resté assis trop longtemps. Une mode stupide, qui nous ferait presque oublier que les applaudissements se confondent sûrement avec l’aube de l’humanité. Pendant longtemps, ils ont servi à encourager, remercier, féliciter une prestation publique. Aujourd’hui ils sont galvaudés, employés à tous bouts de champ, incongrus, incohérents. Quel dommage, qu’ils ne permettent plus de distinguer le vrai du faux puisque tout est applaudi de manière identique. Les génies comme les nuls. Une égalité reptilienne qui permet de s’exprimer en groupe. Nos cousins les gorilles communiquent, parait-il, en tapant dans les mains. Tout comme nous, ils se font plaisir en ayant, pour un moment, les mains chaudes.

01.04.2008

Les règles du trop

J’espère ne pas m’attirer les foudres des associations protectrices des animaux et plus particulièrement des colombophiles si, en traitant d’un sujet délicat, dans toute l’acception du terme, j’en viens à évoquer cette vérité que certains jugent opportun de chuchoter alors qu’il conviendrait , au contraire, de l’alléguer au grand jour : Les pigeons, nuisent à la beauté de nos monuments et finissent par déparer nos villes.

 

La situation concerne d’ailleurs la plupart des pays d’Europe. La France et l’Espagne, dont on parle beaucoup en ce moment pour d’autres raisons, à la fois historiques et religieuses,  sont aux premières loges. Sur les côtes de la Méditerranée , en péninsule Ibérique comme dans nos régions, des populations entières vivent en colonies dans les moindres anfractuosités du littoral. Ce qui nous amène à voir apparaître en nombre et, de plus en plus souvent, le pigeon domestique dit « biset », puisque c’est de lui qu’il s’agit, dans le plus petit village côtier. Réflexe normal de ce migrant qui, depuis quelques années s’est vu chassé des villes, que de se réfugier dans les bourgs alentours. Poussé par les événements ou les contraintes du développement, il habite à l’endroit où le vent le mène. Dans les Alpes, le Massif Central ou la côte Normande. Que la situation soit claire : Je n’ai rien contre le pigeon, animal domestique. Je ne suis pas colombophobe. De même, je me refuse à le qualifier, comme certains,  de  « nuisible » ou de « rat volant ». Cela est injuste. Il semble plus judicieux de vivre en bonne intelligence tout en  limitant d’une manière ou d’une autre,  la prolifération de l’espèce. Proscrire son existence reviendrait à refuser une partie de notre histoire. Ce serait oublier qu’il a intégré notre vocabulaire et notre vie quotidienne.

 

Le roucoulement par exemple, fait partie des bruissements de nos balcons et terrasses et il n’est pas rare que quelques uns d’entre nous, profitent  pleinement de la rondeur de ses sons sourds et graves, leur sérénade,  offerte sous nos fenêtres. A noter que c’est le mâle qui « caracoule  ou jabote »  manifestant ainsi ses velléités face à une femelle. Je ne sais si vous avez eu l’occasion de le voir à l’œuvre, mais  son manège est vraiment ensorcelant, Il ne se contente pas de se faire entendre, il insiste par bien des aspects. Il  dandine du chef, s’appuie d’une patte sur l’autre, avance à petits pas et surtout, il met sa queue en éventail. C’est, chez lui, déterminant de sa volonté, sa réputation de reproducteur faisant le reste. Il faut dire qu’à raison de deux ou trois portées par an, il a de quoi pavoiser notre ramier et ne veut, en aucun cas, se faire « pigeonner » par la concurrence. Il a en tête l’air de ses camarades de jeu et, voulant arriver à ses fins, il est décidé à aller jusqu’au bout : « Alouette,  je te plumerai, Alouette ». (Air connu dans les années 60) Il est d’autant plus pressé d’agir ici aujourd’hui, qu’il sera demain ailleurs. Il est un peu « pigeon voyageur ». Chez lui, c’est génétique. De plus,  il se sait combattu par ceux là mêmes qui disposent de ces machineries et armements qui font obstacle à ses projets dans le temps. Notons que si « un pigeon se lève tous les matins »  les nôtres sont de plus en plus aguerris contre les moyens mis en œuvre pour les faire «déménager » de site à coup de canon. Il est bien connu que les bombardements ne les inquiètent plus. Ils nous signifient ainsi qu’on s’habitue à tout, aux bruits et aux pollutions des villes. Ils craignent encore le « tir au pigeon ». Mais en  réalité, ils savent qu’il s’agit de calembredaines réservées aux fanatiques de la gâchette, catégorie bien particulière d’individus qui, depuis longtemps,  préfère tirer sur un pigeon d’argile, une assiette. Les chasseurs pourraient également nourrir leurs angoisses. Mais, ceux-là aussi  obéissent à des règles définies d’avance. Par  surcroit, ils ne s’intéressent pas vraiment à leur plumage gris, piètre trophée, maigre pitance. Tout ceci intéresse à peine quelques gazetiers de colombiers qui se gaussent souvent du fameux  « pigeon vole », jeu  qui retient encore l’attention, mais pas pour longtemps,  de quelques enfants d’un autre monde.

 

Il n’en demeure pas moins que le pigeon « commun » salit notre environnement et que la société standardisée vers laquelle nous nous dirigeons vit mal cette cohabitation obligée avec celui là même qui, pour l’heure, habite sans retenue nos clochers, nos places et édifices. Je suis même étonné que les écologistes demeurent silencieux à son  égard, car il est un pur produit de croisements qui l’ont éloigné de la typologie et de la morphologie de sa noble race d’origine : le biset n’est plus qu’un lointain cousin qui veut encore nous faire croire qu’il s’agit d’un pigeon. Pour autant, cela ne mérite pas de le faire disparaître de notre paysage habituel car on peut se demander si certaines de nos rues et quartiers pourraient se passer de leurs battements d’ailes. Dés lors, le problème n’est pas simple à résoudre car il faut garder la raison entre notre monde et le leur, veiller à l’équilibre. Rude tâche que celle qui consiste à énoncer avec tolérance les règles du « Trop de pigeons nuit à la santé ».  Je parle des pigeons posés sur leurs  pattes, pas des pigeons rôtis.

 

Toutes les notes