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29.03.2008

La tyrannie des maigres

C’est un constat, notre société fait moralement souffrir « ceux qui font un certain poids ». L’assaut est donné par ces magazines remplis de madones aux fessiers et aux seins de fée chargées de faire rêver les plus libidineux et de rendre jaloux tous les damnés de la taille.

 

Une manière d’affirmer aux corpulents qu’ils n’ont plus qu’à refuser de bien se tenir à table s’ils veulent approcher ce monde affriolant du galbe léger. Heureusement pour eux, replet ne rime pas avec frustré. Leur bout de gras est bien défendu en la matière. Plus provocante, l’agression vient de la société qui leur « fait les gros yeux ». Car après les fumeurs ce sont ceux qui ont un bon coup de fourchette qu’il faut dégraisser du paysage.

 

Bien entendu tout un chacun dira qu’il convient d’être raisonnable et qu’il ne faut pas dépasser les bornes, en ce domaine comme en d’autres. Puisque le doute s’instaure de plus en plus quant à la raison, certains protecteurs de nos vies, prévoient la mise en place de mesures qui n’en sont encore qu’aux balbutiements. Dans cet esprit, les mentions obligatoires vont se multiplier sur les emballages alimentaires, à l’image de ce qui fut fait pour le tabac. On rappellera régulièrement le bouloteur à l’ordre. Des instructions telles que manger trop gras, trop sucré, trop salé, etc.. seront consignées comme préjudiciables à la santé. Il en sera de même si vous décidez de grignoter ! Il y a fort à craindre que cela ne changera pas grand-chose, sauf à complexer encore plus fort, les forts. Sans compter qu’il conviendra de prévoir à court terme un accompagnement psychologique à la fois pour les grignoteurs qui voudraient arrêter et pour l’entourage qui ne pourra plus supporter la nervosité des gros en manque de gras. A y bien réfléchir cette règlementation outrancière n’est-elle pas plus nuisible que les bienfaits qu’elle souhaite véhiculer ? Certainement, car c’est la société toute entière qui sera bientôt abêtie. Les individus n’auront bientôt plus les moyens de discerner quoi que ce soit et devront se fier aux conseils, obligations et instructions qui leur seront imposés par d’autres, apparemment plus malins et détenteurs de la bonne conduite à suivre. Sûrement dans l’intérêt des organismes sociaux qui, au cours des temps, deviendront les suprêmes dominateurs d’une société en mal de vivre. Une protection sociale qui se doit de nous faire tous mourir en bonne santé pour que perdure une sécurité sociale malade !

 

Il est urgent de rester éveiller en vue de défendre un tant soi peu, nos libertés individuelles, tous les jours un peu plus boulotées, par tous ceux qui nous veulent du bien. L’interdiction de fumer dans les lieux publics est logique, sauf qu’elle aurait dû naître naturellement du comportement de chaque fumeur. De même, le téléphone portable utilisé sans aucune considération de voisinage, justifie l’actuelle volonté de quelques députés qui souhaitent en réduire l’usage dans ces mêmes lieux publics ainsi qu’aux piétons. C’est simplement obéir à la logique. Si l’individu est plus attaché à sa conversation téléphonique qu’à la présence de ses semblables, il faut l’empêcher de renverser d’autres piétons qui eux, ne téléphonent pas, à ce moment là…Par ailleurs, l’interdiction du téléphone portable dans les écoles et collèges durant les cours est incontestablement fondée sur le respect dû à l’enseignant. Faudra-t-il prévoir un texte visant à inciter les parents à ne communiquer avec leur progéniture qu’à l’issue de chaque cours ? Les recommandations alimentaires relèvent de la même veine. Quelle tristesse que de voir de plus en plus souvent un panneau d’interdiction de manger – ou de sucer une glace - apposé sur les vitrines des magasins. Cela découle du bon sens, non ? En son lieu et place, on a souvent le sentiment, alors même que tout s’organise autour du virtuel, que seul l’écrit impose un bon ordonnancement. N’est-ce pas un peu l’esprit de cette démocratie participative qui doit prévoir les droits de tous et chacun, qui par définition ne peuvent qu’être contradictoires ?

 

Je me demande d’ailleurs si j’ai le droit, d’évoquer tout de go, les gros, sans risquer d’être taxer de discrimination voire de me faire rentrer dans le lard. Je dis cela sans le penser vraiment car de longue date les gros sont connus pour leur bonne nature. Ne dit - on pas d’ailleurs « un bon gros » ? C’est le signe même de la sympathie qu’ils savent dégager autour d’eux. On peut leur faire confiance, ils ne se laisseront rien imposer par la tyrannie des maigres.

 

27.03.2008

La personnalité des anonymes

Du constructeur de cathédrales aux tisserands, en passant par les forgerons, les bijoutiers, ou les ébénistes, la multitude des hommes « à la tache » sur le fil des siècles restent anonymes. A travers l’histoire, ils demeurent dans l’ombre, sauf pour un cercle d’initiés.

 

Peu d’entre eux, quelques architectes, auteurs, maîtres ou compagnons concernés par la reconstitution historique qu’est la culture d’Etat vivent une résurrection médiatique tandis que la plupart des participants au labeur ont, pour toujours, enfoui leurs cendres dans l’œuvre accomplie. Peu importe que leurs signatures soient ou non gravées sur les pierres qu’ils ont polies. Globalement, ils restent tous des anonymes qui ont fait leur temps. Ils ont agi selon leurs moyens, subi leurs  rites, fait « œuvre de bien » selon qu’ils étaient talentueux, inspirés ou soucieux d’une participation à la perfection de la société.

 

Ces hommes d’hier qui accèdent post mortem à une certaine notoriété n’éprouvaient pas forcément,  à leur époque, cette ambition de reconnaissance sociale. Leurs actions étaient principalement tournées vers un monde intellectuellement riche mais géographiquement limité. La première révolution médiatique, l’imprimerie, développée à grande échelle, est venue modifier la donne : la connaissance se répand et n’a plus de frontières. Le tout début de la révolution mondialiste et Internet aidant, modifie de nouveau la situation et accentue le phénomène de  vedettariat créé par la radio et la télévision. Ce n’est plus la connaissance sans limite, mais « l’information » (dans son sens le moins neutre du terme) qui devient tout azimut. De plus, il semble bien qu’un petit groupe d’individus de par le monde veut, à tout prix,  laisser trace de son passage, sans attendre la  légitimation de leurs pairs. Ces gouverneurs de pensées, qui se prétendent artistes, intellectuels, philosophes, chercheurs, veulent être adulés par le plus grand nombre de leurs semblables. Rien ne semble assouvir leur soif d’être reconnus comme étant les plus grands hommes du siècle. Aveuglés par le péché d’orgueil, ils oublient leur condition précaire et leur pauvre existence, bornée par le présent.

 

Les anonymes d’aujourd’hui continuent  leur petit bonhomme de chemin et subissent le joug de ces « stars » qui, du haut de l’affiche conduisent « la masse ». Ce sont eux, par l’entremise de lobby puissants au service du dieu Money qui décident d’habiller, de faire travailler, ou d’amuser ce bon peuple. Pour ce faire ils font feu de tout bois. Ils utilisent même les hommes du passé pour « transmettre un message » sans hésiter parfois à nous culpabiliser. Ainsi, nous nous devons  de penser comme Rousseau, Voltaire ou Marx selon la météo du moment. Par ailleurs, les règles sont créées ou imposées sur « le modèle » de telle ou telle étoile de la mode, de la bêtise, de la chanson etc. Les forts en gueule, les chefs de file nous en donnent l’ordre. Bien entendu,  tout cela est formulé dans notre intérêt. De plus, les hommes, dont certains dans l’ombre,  qui disposent de ce pouvoir illusoire mettent en place des  mécanismes sophistiqués de vérification concernant tous nos agissements. Et ce, pour que nous soyons toujours plus près de leurs bottes. Bientôt, la puce de notre unique « carte de vie »  contiendra  toutes informations utiles qui permettront aux dirigeants, tant sur le plan économique que politique, de connaître nos choix, nos envies, nos besoins. Un monde segmenté nous attend. Tout sera réglé, organisé et planifié  par avance, non plus pour le bien des citoyens, mais pour le bonheur précaire « des unités de consommation ».

 

En réalité, cette spirale infernale peut prendre fin : Chacun d’entre nous a un rôle déterminant à jouer au sein des rouages sociaux. Ce sont nos gestes, nos actions quotidiennes, qui permettent la réussite des « déterministes ». C’est par notre personnalité, notre espérance et notre foi en l’existence que seront troublées les statistiques et les résultats des sondages. Les consommateurs et les électeurs demeureront des individus à part entière, s’ils ne perdent pas leur âme dans de simples  imitations ou singeries montées en épingle par ceux qui se croient « les grands de ce monde ». A ce stade, une prise de conscience, un respect de soi et de son environnement immédiat, seront à l’origine d’une profonde  « personnalité nouvelle» qui s’opposera à cette culture de la « dépersonnalisation » que l’on veut nous inculquer en force.

Et tu verras Montmartre

Comme l’information est de taille je ne résiste pas à vous la communiquer : Le pouvoir d’achat est l’objet d’une baisse sans précédent. Il m’a paru important de vous le dire, craignant que vous ne le sachiez pas encore ! Et si la cause tenait à la guerre qui gronde entre les fabricants alimentaires et les grandes chaines de  distribution ?

Chacun des prétendants a, pendant longtemps, campé sur ses positions. Puis, quelques escarmouches, émaillées par la publication de pleines pages de publicité, sont venues nous avertir que les uns et les autres étaient en train de fourbir leurs armes. Subitement, la situation est apparue dans toute sa gravité : « Rien ne va plus » se sont mis à brailler les adversaires. Analyser les raisons de ce coup de chaud dans les cuisines et déterminer si l’augmentation des prix du pétrole ou du blé, une future intervention du gouvernement,  le redéploiement des grandes surfaces sont les causes réelles ou des excuses d’opérettes relève d’une mission délicate pour un citoyen non averti. Cela exigerait aussi de connaître la stratégie de ces groupes de pression. Or, nous ne disposons pas de toutes les données qui nous permettraient d’accéder à une juste appréciation.

 

En tous cas,  ce conflit qui oppose les grosses légumes industrielles - qui essaient dans le même temps de  faire  sortir du jeu les fabricants de faibles tailles - et les marchands, ont mis en scène un grand barnum avec prise d’otages. Ce sont les consommateurs pris entre leurs feux croisés qui doivent arbitrer, combattre à leurs côtés, bref se sentir concernés. Une prise  en otage-spectacle qui politiquement arrive au bon moment. Une manipulation simple à utiliser puisqu’ils savent bien que le pouvoir d’achat est à la fois complexe et magique. Leurs salades sont de nature à rendre malade, à coup sûr, l’opinion. On touche au portefeuille de chacun en nous faisant savoir de manière répétitive que maintenant «  on n’en a moins qu’avant » parce que « ça coûte plus cher ». Un procédé qui, l’Euro invectivé en sus, est garanti dans ses effets. Quelles sont les raisons de cette affirmation ? Parce que le pouvoir d’achat est une notion difficile à mesurer précisément puisqu’il fait entrer de nombreux critères et biens de consommation dans sa considération et qu’il dépend des habitudes, voire de l’éducation et des réels besoins de chacun. Parce que ce pouvoir d’achat, est sans aucun doute en baisse en matière de dépenses alimentaires et exclusivement en ce domaine. Et ce depuis plusieurs décennies. C’est bien ce qui chagrine nos belligérants. Ils aimeraient bien que les consommateurs pensent continuellement à leur panse plutôt que de se préoccuper de plus en plus souvent de leur santé, de leur  confort, ou de leurs loisirs.

Les frères ennemis de la grande bouffe font monter la mayonnaise et nous mettent sous le nez la première conséquence de l’histoire : les pauvres auront de moins en moins dans leurs assiettes et les riches vont continuer de s’empiffrer. Il est à craindre que bientôt, peut-être, les maigres ou mal nourris vont s’en prendre aux gros ou aux ventrus. On approche de la disette. Les boulangers ne vont plus pouvoir fournir. Rappelez-vous, en 1789, c’était déjà comme ça ! Tous les moyens sont utilisés en ce sens. On multiplie les communiqués de toutes sortes ou on laisse se déployer des mouvements qui in fine  servent la bonne cause et la soupe chaude. Récemment on a pu en voir, l’illustration : Etalés un peu partout on pouvait trouver l’analyse du  contenu d’une poubelle émanant d’une famille aux revenus modestes et la poubelle d’une famille aisée !  Décor de bas étage destiné à engendrer la jalousie comme gouvernail. De mémoire, il y a longtemps que les consommateurs n’avaient pas été ainsi pris à partie. Sérieusement, qui peut croire que les uns comme les autres sont préoccupés à ce point par notre pouvoir d’achat ? En voilà une grande révélation. Tout d’un coup, ces gens là font appel à nous et veulent nous démontrer qu’ils pensent à notre portefeuille. Pourquoi ne pas imaginer aussi que demain ils viendront nous remercier de les avoir aidés à retrouver leur marge bénéficiaire ? Car au final, c’est bien cela qui concerne cette fameuse augmentation des prix pour laquelle les groupes en présence sont peu diserts. Dans quelle poche est allée la faramineuse augmentation ?

 

On peut toujours rêver et imaginer que les multinationales de l’industrie alimentaire et les distributeurs décideront prochainement d’une réelle éthique à notre égard. Ils nous cajoleront et nous feront « des prix imbattables » par respect envers nous et pour donner bonne suite aux beaux  principes déployés actuellement envers ce pouvoir  d’achat pour lequel ils aimeraient bien que nous les aidions encore et toujours plus. « Monte la dessus, et tu verras Montmartre » dit l’expression populaire à ceux qui par trop, sont naïfs.

26.03.2008

Le pied, c’est le pied

A la différence du bambin qui découvre progressivement que pour avancer il faut mettre un pied devant l’autre, nous adultes, nous ne prêtons plus attention à cette démarche qui est pourtant fondamentale. Certes, me direz-vous la tête est aussi importante et il vaut mieux, à première vue, perdre pied que perdre la tête. En réalité tout est lié. L’une ne peut  aller nulle part sans que l’autre suive. Et pourtant on garde la tête sur les épaules sans toujours trop savoir où l’on met les pieds. A cet égard le pied prend toute son importance. On peut mettre les pieds un peu partout en ayant la tête ailleurs. Ainsi, nos pieds marquent la différence puisqu’ils laissent une empreinte, la trace de notre passage, y compris quand on la tête dans les étoiles. C’est un pied devant l’autre que l’on avance dans le long cheminement de la vie. Sauf pour ceux qui marchent en mettant les deux pieds dans le même sabot. C’est semble-t-il, ce qu’ont fait un grand nombre d’électeurs, lors des dernières élections municipales. Sans vouloir mettre les pieds dans le plat, ils ont laissé sécher sur pied des édiles qui durant leur mandat, avaient souvent fait des pieds et des mains pour valoriser leur ville. C’est dommage de les avoir ainsi remerciés par un simple « c’est bien fait pour leurs pieds » voire par un « ça leur fera les pieds ». Attitude d’autant plus regrettable qu’un certains nombre de sortants avaient encore bon pied, bon œil pour continuer leurs missions. Certes, un certain nombre de ces élus avaient les pieds au chaud. Mais était-ce une raison suffisante pour avoir organisé cette grande mise à pieds ?

 

Il faut dire que les candidats-maires des grandes villes, aujourd’hui élus, se sont engagés d’un même pas ou si vous préférez sont partis d’un même pied – le gauche –en battant la campagne pied à pied. Ils nous ont montré qu’avant d’être des hommes de tête, ils étaient avant tout des hommes de pieds. Elus, ces maires, tout comme leurs prédécesseurs, s’enfermeront dans leurs bureaux sans que l’on ne les voit plus jamais déambuler comme ils l’ont fait sur les marchés et autres lieux publics. Ils se sont tapés moult marches à pied avant de rouler en voiture – avec chauffeur –  tout le reste de leur mandat. Remarquons que lors de leurs randonnées pédestres ils ont pratiqué le croche-pied, une grande spécialité des pieds nickelés. Certains n’ont pas hésité – en tous cas on a vu des candidats verts le faire – à couper l’herbe sous le pied de ceux qui, sans vergogne étaient prêts à lever le pied avec  des partisans qui, au pied levé,  se  disaient de leur côté. Dans le même, esprit d’autres marchaient sur les pieds de ceux qui étaient perchés sur un pied,  ou qui  faisaient le pied  de grue.

 

Est-ce à dire que les autres candidats, ceux qui n’ont pas pu retomber sur leurs pieds, étaient tous des candidats aux petits pieds ? Sûrement pas. Peut-on imaginer que ces candidats malheureux n’étaient pas sur  un pied d’égalité avec leurs rivaux ?  Les battus, on le sait maintenant, n’ont pas toujours su sur quel pied  danser face à leurs électeurs. Parmi eux ils y avaient ceux qu’ils connaissaient bien comme les gens de pieds, les pieds noirs ou les pieds plats et les pieds bauds mais, ils ne se sont pas assez méfiés des pieds de biche. Pire encore, ils n’ont pas vu que d’autres candidats étaient habillés de pied en cap, en pied de poule.

 

Quoi qu’il en soit ceux d’hier sont descendus de leur piédestal pour toucher du pied le fond et laisser ainsi les nouveaux élus prendre leurs pieds. Car c’est bien de cela qu’il s’agit finalement. Mais, les réjouissances d’adoubement achevées les nouveaux élus seront bien obligés de se jeter aux pieds de ces électeurs versatiles qui ne manqueront pas de leur casser les pieds avec leurs demandes répétées. Ces quémandeurs de tous ordres qui estimeront avoir mis le pied à l’étrier de leurs élus formuleront des exigences de plus en plus contraignantes.. C’est à ce moment que « ceux d’avant »  leur diront que c’est au pied de l’arbre que l’on juge la cognée et que malgré leurs efforts de rester pieds et poings liés à leur fauteuil, ils se verront, un jour ou l’autre, mettre un coup pied aux fesses. Ils le savent eux les battus d’hier, que pour un élu ce n’est pas toujours le pied.

25.03.2008

Il n’y a pas de fumée sans feu

Il est admis sans discussion possible que la pomme de terre, le beaujolais ou l’art puissent être qualifiés de « nouveau » sans que cela ne crée de schisme entre citoyens. C’est même ce qualificatif qui donne un goût croustillant à l’une, une robe ambrée à l’autre et nous fait trouver du génie et du charme, au cœur de l’œuvre.

 

La nouveauté est signe de modernisme  et  de jeunesse. De manière générale notre pays va de l’avant et s’inscrit dans l’air du temps. C’est un bienfait. Avec cette remarque de taille : l’accouchement se fait rarement sans douleur. La simple idée que ceci remplacera désormais cela est dans le meilleur des cas, source de contrariétés. De manière générale, la manifestation sert d’étendard au mécontentement.  Pour autant l’approbation d’une innovation ne génère pas de grandes effusions. Avouons-le d’un trait, les français s’adaptent avec plus ou moins de grogne aux nouveautés proposées dans différents domaines.

 

Ce qui est sûr, c’est qu’Ils n’aiment pas qu’on touche aux droits. Surtout pas aux droits acquis.  Ce qui est écrit est un dû auquel il ne faut jamais renoncer. Quand bien même la situation d’origine ne serait plus la même ou ne correspondrait pas à la réalité. La prime de neige est prévue par les textes. Peu importe que l’on se trouve aux Antilles. Rien ne doit modifier l’ordre établi. Affirmer que cette vocation est inscrite dans les gênes serait exagéré. Toutefois il est à remarquer que le sport de l’habitude se pratique très jeune. L’école est un creuset bien connu. La situation se poursuit  au collège où il est de coutume de profiter de l’expérience des ainées pour dénommer les professeurs de tous les noms d’oiseaux en brossant leurs traits de caractères faisant des profs de mathématiques ou d’anglais, des monstres aux  grands pieds. Ils étaient ainsi catalogués par les anciens, ils le resteront pour les nouveaux arrivés. « Le bizuth » des grandes écoles, ce benêt au courant de rien se doit d’apprendre aussi rapidement que possible les règles de la maison et les respecter. Au temps du service militaire, « les bleus » devaient se conformer aux usages sans venir contrarier ce qui se faisait ainsi depuis des lustres. En un mot, comme en cent, nous sommes, des conservateurs. Cela étant il convient de ne surtout pas le dire, et de ne jamais le reconnaître publiquement. Cet état de fait n’est pas sans conséquence en matière politique. Ici la situation est ambigüe. Par certains cotés, les citoyens veulent que « les choses changent » et sont prêts à faire au quotidien « la révolution » souhaitant derechef que « tout soit comme avant ».

 

Les citoyens sont régulièrement enclins à mettre en place aux plus hautes fonctions institutionnelles – et les dernières élections présidentielles en sont un exemple – des hommes nouveaux. Mais, attention, ceux-ci ne doivent rien faire de novateur sous peine d’être sanctionnés par les uns ou par les autres. L’impératif tient dans ce fameux dicton qui consiste à « faire du neuf avec du vieux ». La plupart des politiciens d’antan s’étaient spécialisés dans cette démarche extrêmement délicate qui consistait à pédaler pour faire concomitamment du « sur place, marche avant, marche arrière ». Certains auraient mérité, il y a quelques mois encore, de concourir parmi les plus grands prestidigitateurs. D’autres, nous faisait admettre certains changements tout en nous laissant croire que rien ne serait modifié dans l’avenir. Ce système a montré ses limites pour le temps de travail. Parallèlement, quelques dirigeants guidés par leur seule volonté de demeurer aux commandes ont préféré abdiquer. Les retraites, la sécurité sociale, la justice, l’enseignement  etc… en sont les exemples les plus significatifs. Ils se sont congratulés pour laisser la situation en l’état : Les successeurs assureront la suite. A noter que les successeurs sont maintenant dans la cabine de pilotage et qu’il leur appartient de décider de manière urgente de nouvelles normes, provoquant des vagues de protestation par secteur professionnel concerné.

 

Pour faire obstacle aux innovations nous avons un secret que les autres nations nous envient, un petit rien qui change tout. Une dose mini, que l’on appelle aussi un soupçon,  suffit à faire monter la mayonnaise sur « les conséquences dramatiques » des nouvelles mesures mises en œuvre. Le soupçon permet à lui seul de semer cette graine magique qui pousse en toute saison, le doute. Il apparait aux coins des rues,  relayé par les médias qui assurent la pérennité de leurs fonds de commerce. Pour cela ils s’appuient sur la compagne du soupçon. Méchante,  nourrie par la jalousie, l’ambition et la malveillance, la rumeur permet de faire accoucher la montagne d’une souris et assure parfois l’infortune du bon sens. Il est vrai que le soupçon et la rumeur obtiennent raison  auprès de tous ceux qui connaissent la suite, par avance. Pour eux, « il n’y a pas de fumée, sans feu » !

 

23.03.2008

La couche du bonheur

Il y a très longtemps que je voulais vous parler de la couche. Que la votre et la mienne soient différentes c’est possible. Mais d’une manière ou d’une autre, nous en avons tous une, au plus près de nous. On vit avec et je dirai même que l’on ne peut pas vivre sans elle, aujourd’hui et sous nos latitudes.

 

A y bien réfléchir l’histoire est très ancienne. C’était déjà comme ça il y des lustres et quel que soit l’endroit. Chacun a connu sa couche. La différence entre les couches peut paraître insignifiante pour certains. Elle est pourtant déterminante de la vie à deux. Au risque de vous choquer je vous dirai que l’air de la couche change tout. Cela peut être source de polémique car la couche laisse finalement peu de possibilité, dans la forme, aux hommes et aux femmes qui veulent vivre ensemble. Une couche sous le même toit implique un choix.

 

Laissons de côté le luxe offert par les temps anciens qui permettaient d’envisager des chambres séparées et cet usage « très tendance » qui envisage la vie en couple à condition de vivre chacun chez soi, pour constater que seuls sont à notre disposition le lit double ou les lits jumeaux. Pour dormir, se reposer ou faire des galipettes nous sommes condamnés à passer un peu plus de deux jours par semaine - le tiers de notre vie - sous la même couette, ou en couette isolée. Certes il faudrait aussi envisager les lits superposés mais cette hypothèse reste simplement une présentation étagée de la séparation des corps, sans autre fantaisie qu’un « bonsoir chérie » dit du haut d’une échelle. Je ne l’ai jamais vécu mais j’imagine que c’est à cet endroit que le sport et la poésie se mettent en ménage. De même ne seront pas évoqués ici le lit qui permet la guérison du malade ou autour duquel se tient la dernière réunion de famille.

 

Les professionnelles qui se penchent régulièrement sur la chose – je veux dire toutes les bonnes maisons hôtelières – ont un représentant qui vous pose rituellement cette question qui conditionne l’aménagement de la chambre : C’est la fameuse demande connue sous le nom de, « Avec un grand lit ? » Parfois l’interlocuteur est gêné et susurre la phrase les yeux baissés. Dans d’autres cas, les sous-entendus contenus dans son chuchotement méritent d’inscrire la formule au panthéon de l’hypocrisie ou de la convoitise. Généralement sa religion est faite sur votre avenir. Selon l’âge, les charmes ou la volonté de l’accompagnant(e), le sourire en coin de l’hôtelier est significatif d’une situation qu’il imagine riche de chaudes aventures. A tort ou à raison, car il ne sait pas quels drames peuvent se nouer à partir d’une indisponibilité dans une forme ou dans une autre.

 

Imaginez un peu ceux qui, par habitude, sont séparés et qui pour cette nuit là se retrouvent réunis sous les mêmes voiles. On peut craindre le pire. Dés le début, cela tire de tous côtés. Aucun des deux ne veut abandonner une once de son territoire. Chacun s’installe comme il le fait ordinairement dans « son lit à une personne ». Chacun tire la couverture à soi. La lutte peut être rude et durer toute la nuit. Elle peut être ponctuée par des « j’ai chaud, j’ai froid » ou des « donne m’en un peu » et « arrête de bouger comme ça ». Il peut y avoir aussi des « tu prends toute la place ». A tel point qu’au matin chaque belligérant désireux de rester maître de son bout de drap se sente moulu, coincé dos à dos ou au bas du dos de l’autre, sans avoir fermé l’œil alors que l’autre ronflait comme un sonneur. Ce qui est, parait-il, insupportable. Bref, une histoire à dormir debout. De tout cela l’hôtelier ne saura rien.

 

Ce ne sera pas le cas de ceux qui communément dorment ensembles et qui cette nuit là sont esseulés. Ceux là, laissent souvent des traces derrière eux. Car, la première chose qu’ils font en arrivant dans la chambre est de rapprocher les deux lits ! Mais, ils sont loin d’être au bout de leurs peines. Les lits joints sont rapidement considérés comme une démarche insuffisante pour eux qui, selon leurs usages quotidiens, vivent du deux en un. Dés lors, l’un occupe le lit de l’autre au point qu’ils finissent par dormir à deux dans un lit à une place. Sans compter qu’ils ont essayé de faire la chose dans l’espace imparti et que cela a imposé des figures qui n’étaient pas loin de faire penser au radeau de la méduse. L’un était en haut quand l’autre était en bas. Les habitudes ont la vie dure et l’on ne change pas de couche comme de chemise.

 

Le dicton a raison quand il nous dit « comme on fait son lit on se couche » et finalement c’est à bon droit que l’on doit rechercher ce qui nous convient le mieux pour aménager sa niche et s’attribuer ainsi une couche de bonheur.

 

19.03.2008

Lutte d'influence

Ils viennent régulièrement visiter nos consciences. Ils appartiennent, à une imagerie simpliste. Ils sont deux. Ils sont frères ennemis depuis toujours ou tout au moins depuis longtemps. Ils sont rusés au point d’employer tous moyens pour nous convaincre. Il faut bien avouer qu’ils déploient, chacun à leur manière, une argumentation en béton. Bien entendu ils plaident chacun pour leur paroisse et ils ont des avis diamétralement opposés. Quand l’un fait appel à la logique, l’autre invoque le plaisir. Le premier est économe, l’autre est dépensier. L’un vous dit que c’est important, l’autre que c’est superflu. Ils font feu de tout bois, pour avoir raison. De qui s’agit-il ?

L’un est un petit diable tout habillé de rouge et l’autre cet ange tout de bleu vêtu. Pour la plupart d’entre nous ce sont eux qui sont consultés en premier, pour distinguer le bien du mal, l’important de l’accessoire. Ils ont un avis sur tout et pour tout. Est-ce qu’ils nous simplifient l’existence ? Pas sûr. A l’inverse, que ferions nous sans eux ? De plus il faut bien reconnaître que très souvent, nous ne leur simplifions pas la vie. Et par voie de conséquence nous compliquons la nôtre… Faut-il reconnaître pour autant que ceux qui n’ont  pas affaire à eux sont plus heureux ? Pour eux, la vie doit être difficile puisqu’ils ne peuvent faire acte de discernement et choisir l’avis du  rouge ou du bleu. C’est le discernement qui donne corps à toutes nos actions quotidiennes.

 

Le discernement est source de tolérance, de compréhension. Il fait obstacle à la flatterie, permet le pardon. Et contrairement aux bruits que certains font courir, discerner n’est pas privatif de liberté. Il favorise la liberté d’action. Sans contrainte. C’est à partir de ce discernement que l’on peut continuer à cohabiter avec l’être aimé, à se rendre à son bureau tous les matins, à accepter un emploi qui n’est pas tout à fait celui recherché, à aller visiter une parente éloignée, à ne pas adhérer à la première secte venue… Cela étant, l’avis du diablotin est très souvent séduisant. Demain tout sera peint en rose, c’est promis. Fieffé menteur ! Nous le savons pourtant que ses promesses doivent être combattues…  Nous le savons pourtant que ses conseils sont nuisibles à terme… En acceptant son avis nous nous laissons aller à la facilité  sans descendre au plus profond de notre âme pour démêler l’écheveau des possibilités offertes.

 

En réalité, ce n’est qu’après avoir fait le petit compte « des plus et des moins », que la décision doit être prise. Cela demande, incontestablement, une certaine formation culturelle et sociale. Il semble que la Société ne nous prépare pas vraiment aux questions que nous devons nous poser avant d’adhérer à une solution plutôt qu’à une autre. Il apparaît même que de l’extérieur nous soyons poussés vers cette solution facile qui, bien entendu, entraînera la réalisation du projet, de l’envie etc… Pour certains groupes de pressions, il n’y a pas de raison d’avoir des doutes sur la bonne voie à suivre. C’est la formule zéro effort qui doit être retenue, d’autant qu’elle est présentée par ceux qui pensent pour nous… et à la défense de leurs intérêts !

Partant du principe que le discernement fait aussi appel « au vécu » et plus exactement aux expériences vécues par chacun d’entre nous, ceux qui veulent influencer nos décisions anticipent sur l’avenir. Tous les statisticiens  le savent, la décision prise aujourd’hui n’est pas celle qui aurait été prise hier… Dés lors, c’est bien connu, puisque que rien n’est simple en ce domaine, il suffit d’influencer chacune de nos consciences pour avoir un résultat collectif !

 

Et pourquoi diantre faut-il que l’on ne nous laisse pas en paix  - et en toute liberté - décider et savoir ce qui est économiquement et politiquement bon pour nous ou pour notre pays. La plupart d’entre nous sait apprécier le meilleur et le pire, y compris dans le doute, et  même si comme l’a dit Jean La bruyère « Après l’esprit de discernement, ce qu’il y a au monde de plus rare, ce sont les brillants et les perles »

11.03.2008

Le tu, bas de gamme

Le « tutoiement » se développe intensément entre les individus de toutes sortes. Quelles sont les raisons qui déterminent cet usage ? Quelles sont les conséquences psychologiques et sociales de son emploi ? Comment organiser de saines relations avec le « vous » et le « tu » sans tomber dans le piège de l’excessivité ?

 

C’est à partir du modèle de vie anglo-saxon que nous calquons la plupart de nos habitudes alimentaires, sociales et culturelles en faisant fi de nos coutumes. Dans cet esprit la langue d’outre manche ne prévoyant pas de vouvoiement, il n’est pas question de faire désuet ou ringard et de se fourvoyer par l’emploi d’un « vous » d’un autre âge. Parallèlement, la plupart des utilisateurs « mode in States » refusent l’existence de subtiles nuances linguistiques qui en disent autant, si ce n’est plus, que notre « vous ». Par ailleurs, certains se croient obligés d’adhérer à l’énorme acquis social né à la révolution, mère de toutes les égalités. C’est cette époque qui a autorisé de dire « tu » à tous citoyens, quelle que soit son origine sociale, ses titres ou distinctions, Balivernes que tout cela. Mais comment l’expliquer à tous ceux qui croient encore que le « tu » est synonyme d’égalité ? Reste que parmi les causes de ce tutoiement à tous les étages de la société, il y a cette apparente simplicité semble procurer son usage à ses adeptes. C’est plus rapide, plus frais, plus jeune.

 

Mis à part ceux qui font coïncider « milieu social » et « vouvoiement » constatons que le développement intensif du « tutoiement » est lié à la génération de 68. Celle là même qui était sur les barricades et qui aujourd’hui emploie « le vouvoiement » comme pour se distinguer de ces jeunes blancs becs aux ambitions politiques insatiables ? Dés lors, « le vouvoiement » est-il une histoire de génération ou de vieux ? Notre exemple est là pour témoigner qu’il faut bien, selon la formule consacrée, que « jeunesse se passe » pour remarquer corrélativement que le temps aide au développement d’un certain respect envers ceux qui nous entourent. Celui-ci passe par l’usage du vouvoiement. Prendre un tel recul sur la situation éviterait à cette jeune stagiaire de se sentir « gauche » parce qu’elle vouvoie tous ses collègues de bureau en arrivant dans l’entreprise. Attitude qui ferait également obstacle à ce chef de service au jugement quelque peu expéditif envers cette jeune stagiaire , qui n’est pas « intégrée » puisqu’elle ne tutoie personne ! Ainsi, on ne peut que donner raison aux tenants du vouvoiement, comme principe d’éducation et de formation. Particulièrement sur le plan scolaire. Comment prévoir, comme l’a promis le candidat à la Présidence de la République , que les élèves se lèvent, lorsque le professeur entre dans la classe si la distinction n’est pas clairement établie entre le « tu » qui appartient au cercle d’intimité et le « vous » qui marque l’autorité et la considération mutuelle ? Il est indéniable que les nuances de notre langue permettent d’envoyer immédiatement le signe de l’attention respective et de l’estime que se doivent ceux qui évoluent dans un même univers. La déférence née du vouvoiement ne peut se confondre avec un signe d’inégalité entre les individus. Bien au contraire : Réserver l’emploi du « vouvoiement » à une caste, c’est reconnaître l’autorité de ce groupe d’individus sur les autres. Les tenants du « vous » dit avec condescendance le savent bien et vous le font sentir en insistant sur l’emploi du pronom. N’est-ce pas également le cas de ces enfants dans les familles recomposées ou le vouvoiement est volontairement employé à l’égard de la belle-mère ou du beau père ? Cela permet à l’enfant de « marquer ses repères » dit à ce sujet, le sociologue J. Le Goff.

 

Laissons le tutoiement à la promiscuité ou tout au moins à ceux qui se sont mutuellement autorisés à employer cette forme de communication. Est-ce toujours le cas du policier vis-à-vis du délinquant présumé ? Que penser également de l’attitude de certains médecins en milieu hospitalier qui tutoient leurs patients ? Que dire de ce tutoiement employé sans vergogne envers les étrangers ? La nocivité tient dans la systématisation du tutoiement. Il doit être « réservé » et « adapté » aux circonstances et ne pas être banalisé. Il faut en finir avec le tu, « bas de gamme » et le valoriser au contraire, en l’employant à bon escient, chaque fois que de besoin ou que les circonstances l’imposent dans une fréquentation. Avec Dieu, par exemple.

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