30.04.2008
Le couteau comme alibi
J’ai entendu dire que le « couteau Suisse » n’était plus ce qu’il était… Ce ne sont là que des ragots de la plus mauvaise espèce. Le couteau Suisse reste ce qu’il est depuis longtemps, à l’emblème de ce doux pays protégé par ses montagnes, son « fendant » et sa bise. Non, ce qui nuit actuellement à cet outil universel comme à ses congénères français ou d’ailleurs, vient d’un coup monté en bas pour, parait-il, nous protéger en haut. Et c’est là que le bât blesse, si j’ose dire.
Les crapules du 11 septembre ont mené à bien leur funeste entreprise en vol, cutter à la main. Une des conséquences de ces événements fut de donner naissance à des emplois réservés dans les aéroports. Discrets dans un premier temps, ces contrôleurs aériens d’un nouveau genre, se sont rapidement fait entendre via des mouvements de pression de toutes sortes. Dés lors, ce qui à l’origine n’était qu’une simple porte de verre à franchir s’est transformée en un hall hautement sophistiqué où bourdonne un nombre d’abeilles impressionnant.
Avant d’arriver au fameux portique électronique l’usager est contraint de suivre un parcours du « passager combattant ». Souvent, un premier contrôle est effectué en amont de la file, pour vérifier que vous êtes bien porteur de votre billet, tandis que le même examen est répété à l’orée du sas de sécurité. Là se trouve un gardien qui donne accès au portique et qui, en même temps, doit distribuer des caissettes permettant de déposer vêtements et objets. Bien entendu, l’officiant ne peut vous sourire ou vous aider à installer vos affaires dans la boîte car il est, sans doute, trop préoccupé par la difficulté de sa tâche. Mais le pire est à venir. Alors que vous vous êtes débarrassé de votre manteau et de votre veste contenant clés, monnaie, téléphone, voire de votre montre, de vos lunettes, boucles d’oreille et de votre médaille de première communion, vous déclenchez un spectacle de sons et lumières en passant sous le portail magique. Tout le monde est prévenu à l’entour que vous êtes porteur d’une chose défendue. Un haut le cœur vous tétanise, le rose vous monte aux joues. Vous n’avez pas le temps de faire l’inventaire de ce que vous avez bien pu laisser dans votre poche de pantalon ou votre calicot que vous subissez immédiatement le regard suspicieux d’un planton qui sollicite une fouille tactile tandis que son collègue vous passe le long du corps, un détecteur de métaux ! Tout cela dans un brouhaha invraisemblable qui vous fait découvrir cette merveilleuse ambiance de la « zone de sécurité », un avant goût du voyage et de l’aventure ! Vous pouvez enfin connaître, de par sa discussion avec sa voisine, la marque de couches-culottes habituellement utilisées par cette « contrôleuse » fréquemment vautrée derrière un écran et qui laisse défiler des images auxquelles elle n’accorde apparemment aucun intérêt. Parallèlement on discute à voix haute et on s’interpelle fort sur le dernier film télé ou sur les horaires de travail et leur folle cadence. Tout cela comme si vous n’existiez pas !
Avant que la parade ne s’achève par la fouille manuelle de votre sac ou de votre bagage à mains, sous l’œil malicieux du passager suivant, les opérations de contrôle connaissent des variantes. Ainsi l’ordre vous est intimé, du doigt, de repasser sous le portique. Généralement ça sonne de plus belle ! Une boucle de ceinture, une bague, un bracelet ou toute autre bimbeloterie est à l’origine du trouble que, tel le chercheur d’or qui exhibe sa pépite, le contrôleur désignera avec l’air du vainqueur de l’Annapurna ! Mais l’histoire n’est pas finie car il peut vous être demandé de repasser sous le portique autant de fois que de besoin. Ainsi, ai-je assisté récemment, sur un vol intérieur au départ de Roissy, à une noria qui s’achevait par la demande faite aux passagers de se déchausser. Le plus triste - et le plus long - concerna des femmes de tous âges, contraintes d’ôter leurs bottes ! Sincèrement les voir se rechausser en public et, pressées par le temps, s’emmêlant dans leurs tiges, sans la moindre chaise salvatrice à portée m’est apparu intolérable. Dans le même esprit, que penser des vidéos qui dans les halls d’attente donnent la liste des objets interdits en avion, tel un révolver ? Qui peut sérieusement imaginer que ces images, contrôles et exigences font obstacles aux intentions belliqueuses ou à l’imagination des terroristes ? Les tristes exemples de Madrid et Londres sont là pour démontrer qu’il y aurait lieu de surveiller de façon identique, les gares, les cinémas, les fêtes foraines etc…
Assurément, les vérifications effectuées à l’entrée des avions sont nécessaires et utiles. Simplement, elles deviennent stupides, dans leurs excès. Ces exagérations sont nuisibles à la bonne marche des aéroports et à l’industrie de la coutellerie, privée de ses ventes de canifs ou de ciseaux de voyage. Cette démesure du contrôle se présente comme un « alibi de société » qui permet de faire croire à une sécurité qui est en réalité très relative si l’on tient compte du périmètre d’une zone aéroportuaire. De plus, pourquoi les entreprises chargées de ces missions ne prendraient-elles pas le temps d’apprendre à leurs employés les rudiments de la courtoisie et du discernement ?
18:33 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, parano, avion, couteau


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Commentaires
La liste des objets interdits du récit me fait penser à mon unique vol direction les USA, à titre professionnel. A l'arrivée à l'aeroport il fallait choisir sa file , l'une d'elles était pour les étrangers avec un objet interdit non déclaré :-) !!!
Ecrit par : Tritonear | 30.04.2008
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