19.02.2010

A cheval sur l'étiquette

L’étiquette est déterminante de la chaîne alimentaire, vestimentaire ou autre.

C’est à partir de l’étiquetage que se détermine l’achat d’un bien plutôt que d’un autre. Les fabricants savent depuis longtemps que la forme, la couleur, l’aspect général du produit, sont tributaires de ce petit bout de papier, de carton ou de la gravure sur l’emballage. Les spécialistes du marketing déploient des trésors d’imagination pour nous informer ou tromper notre vigilance. Il faudrait lire, avec attention, les lignes écrites en fins caractères qui disent toute la vérité. On apprendrait des choses fabuleuses en prenant connaissance des indications portées sur un paquet de biscuits. On peut, par exemple, y découvrir que des madeleines sont fabriquées sans œuf… C’est très fort, de présenter un biscuit sans œuf ! On ne sait pas vraiment par quel produit chimique les œufs sont remplacés. En prenant la boite sur l’étalage on ne fait attention à rien ou presque, sauf…. au prix. Prix qui est lui-même l’objet d’une étiquette qu’il faut savoir lire !

Sans étiquette le produit est sans intérêt pour le consommateur, incapable de discerner l’usage d’une boite de conserve ou d’apprécier, par avance, le contenu d’une bouteille de vin. Il y a tant dire sur l’étiquetage des bouteilles de vin... Un tonneau d’écritures n’y suffirait pas. Il y a maintenant une contre-étiquette – placée au dos de la bouteille – qui, parait-il, nous permet de mieux comprendre ce que l’on veut nous faire boire. Et pourtant, sans étiquette, le produit est nu. Cela est tellement vrai que la tendance veut que tout soit étiqueté pour être identifié, y compris les individus. Cela nous donne la joie de voir à la sortie d’une réunion professionnelle des congressistes qui, ayant oublié d’ôter leurs badges ressemblent aux bestiaux d’un concours agricole, eux-mêmes tributaires d’un collier passé autour du cou… Il arrive même que des hommes politiques soient « sans étiquette », donc sans indentification bien claire sur leurs opinions. Tout un programme !

Les spécialistes de la conception de l’étiquetage ont également le don de nous agacer quelque peu. Pas seulement par leur créativité ou leurs images incitatives à l’achat mais aussi et surtout par la manière d’utiliser l’étiquette comme un moyen lutte contre le coulage. Le processus est toujours le même : Tous les consommateurs paient pour quelques malveillants. Dans cet esprit, qui n’a pas pesté contre ces étiquettes impossibles à décoller, apposés sur un verre ? Sans compter qu’il y a aussi les étiquettes placées en plusieurs morceaux qui ne veulent jamais se laisser complètement gratter pour disparaître. Les moins pugnaces d’entre nous finissent par mettre sur la table une bouteille qui comporte encore les restes du puzzle de prix et des souillures de colle. L’objectif de ces colles est de faire obstacles aux petits malins qui auraient décollé un prix inférieur pour le coller sur un produit de qualité supérieure. Il y a aussi cette étiquette magnétique que le vendeur d’un grand magasin omet de démagnétiser et qui vous donne le plaisir d’être pris en défaut par le vigile à la sortie. Le rouge vous monte aux joues et vous êtes contraint de justifier votre achat, ticket à l’appui, au milieu de badauds qui vous prennent déjà pour un voleur. L’achat d’un vêtement génère aussi de grands moments de confrontation avec les étiquettes. Il y a en partout. Celle de la taille dans le cou, celle des modes de lavage sur le coté intérieur, la marque, agrafée sur une manche et pour faire bon poids, le prix qui se trouve enfoui dans une liste de chiffres et références qui pendouillent au bout d’un petit bout de carton accroché à un bouton de veste ou de pantalon. A noter que les références à usage interne permettent au vendeur averti de tout savoir y compris le prix d’achat du vêtement, ce qui lui permet de calculer éventuellement la remise qu’il peut vous accorder immédiatement…. Ou non ! Ajoutons à tout cela l’étiquette rouge et blanche « solde »…

L’étiquette est par ailleurs indispensable au voyageur qui, par principe pourra identifier ses bagages au milieu des autres ou en cas de perte. Cela étant, l’étiquette de bagage qui précise bien sûr votre identité et votre adresse donne de précieuses indications à certains aigrefins qui vous repèrent dans la file d’attente d’un aéroport lorsque vous êtes en partance pour les Canaries. Ils savent ainsi qu’ils disposent d’une bonne semaine pour visiter votre appartement. La prudence exige que les coordonnées soient simplement protégées de la vue des indiscrets, sauf à inscrire l’adresse de votre fille ou du commissariat le plus proche de vote domicile.

L’étiquette est devenue aussi un moyen de traçabilité du produit et du consommateur d’où les fameux codes-barre qui depuis quelques années évoluent vers ce qu’il est d’usage de dénommer des « étiquettes intelligentes » qui, à partir d’une technologie de radio-identification se comportent comme de véritables « espions » de nos habitudes de vie ;

Au milieu de toutes ces étiquettes j’allais oublier la plus importante, celle qui guide nos pas au quotidien et qui font que chacun d’entre nous est respectueux du cérémonial, de l’ordre des préséances et de manière générale tout ce qui peut choquer ceux qui ne sont pas respectueux du protocole. Comme on peut le remarquer de plus en plus souvent nous vivons dans un mode qui est très attentif en ce domaine. Chacun d’entre nous est de plus en plus « A cheval sur l’étiquette »

05.02.2010

Ne pas vendre

« Ne pas vendre… »

Un « Nounours » minaudé par une épouse en direction de son conjoint permet d’apprécier l’importance que revêt le plantigrade dans notre quotidien.

 

En se tournant vers le « Nounours » en question on peut se trouver face à un individu qui rappelle ce frêle esquif qu’un simple zéphyr pourrait emporter ou au contraire se voir confronté à une espèce de brute, taillée à la hache, susceptible d’effrayer un ours, un vrai. Cette qualification indicible témoigne de l’influence de l’animal dans le subconscient collectif. Il est vrai que nous sommes entourés par des ours depuis nos premiers pas. En feutre, en mohair ou en nylon la bête est présente, depuis plus d’un siècle, dans la plupart des chaumières qui , d’Amérique ou d’Allemagne, se disputent la paternité de la peluche. Du coffre à jouets ou du lit de jeune fille « Nounours » passe dans la chambre à coucher et finit souvent, assis sur l’arrière train, au beau milieu du lit conjugal. Blanc ou marron, avec sa bouche cousue, ses yeux en boutons de bottines plusieurs fois raccommodés, ses coutures sur le ventre et au cou, il trône et confirme à d’éventuels protagonistes qu’il convient de ne pas ouvrir les hostilités ou à l’inverse de profiter de la couche. Il décide des ébats et débats et fait autorité. Il sait qu’il peut être pris à témoin ou qu’on peut même lui demander conseil comme à l’époque où on lui parlait des premières amours. Merci d’essuyer vos larmes.

Cet inconscient collectif à l’égard de l’ours est savamment entretenu par une multitude d’intervenants mercantiles. Il y eut le fameux « Bonsoir les enfants » entouré de Pimprenelle et Nicolas (C’était déjà un prénom célèbre dans les années 70) puis « Paddington » avec son chapeau et sa valise qui ont assuré les relations publiques de ce petit monde enchanté. Un arbre de Noël se doit d’être présenté avec son ours. D’une façon ou d’une autre, ils nous accompagnent partout. Et maintenant il y a les ours des Pyrénées qui, malheureux, n’ont pas de chance. S’agit-il encore de bêtes ? Difficile de répondre à cette question envers des animaux de la nature – c’est politiquement plus correct que de les dénommer « bêtes sauvages, » non ? – qui sont suivis à la trace, équipés d’une puce électronique dans l’abdomen et d’un collier pour le radio guidage. Pour répondre aux appels que pourraient leur lancer des promeneurs, désireux de faire copain-copain, ils ont même un prénom. Un parrain et une marraine viennent compléter la panoplie. Pourquoi ne pas prévoir aussi une fête pour leur mariage avec invitations des personnalités aux copulations ? Moi, je serais à la place des ours, je commencerais à en avoir assez qu’on ne me laisse pas rouler ma bosse. Heureusement, les ours ne sont pas fous, à la différence du chevreuil qui a récemment tenu en haleine toute une contrée, par ses frasques et attaques répétées envers ses voisins, les humains.

Certes, ce ne doit pas être agréable de se retrouver avec un trou de balle dans le pied, comme ce « pauvre Balou », mais tout de même, est-ce que nous n’en avons pas un peu trop fait ? S’il y a lieu de défendre la faune en général et les ours en particulier, fallait-il pour autant ameuter le pays tout entier, reportage télé à la clé ? Il me semble que l’on a dépassé les limites de la décence.

L’ours blessé n’a pu être localisé qu’après plusieurs semaines de recherches… ce qui paraît normal compte tenu du raffut qui se déroulait sur son territoire. L’animal n’a sûrement eu qu’une seule envie, celle de se tirer, en tous cas de se terrer, quitte à souffrir en silence. Vingt cinq personnes aux trousses dont deux vétérinaires et la presse qui en fait une affaire d’Etat, lui ont fait croire que le temps où l’on en voulait à sa graisse était revenu.

Dés que la nouvelle fut divulguée par le chasseur qui s’est immédiatement rendu à la gendarmerie, « le tranquille village de Prades prend aussitôt des allures de place forte. Les voitures de gendarmerie investissent l'unique rue, la mairie est ouverte, un cordon de sécurité empêche les curieux de se rendre sur la piste qui mène au « lieu du crime », le préfet, Jean-François Valette arrive sur place, le ballet des voitures entre office de la chasse, office de la forêt et comité de suivi est incessant… » (La Dépêche du 8 Septembre 2008). Et si l’on parlait aussi de « lieu du crime » pour tous ces enfants qui meurent de faim dans le monde ? Sans compter qu’indépendamment de la blessure il y a sûrement un pretium doloris sur lequel personne ne s’est encore penché à ce jour. Pourquoi ne pas prévoir une pension d’invalidité ? Il y a aussi cette vexation suprême : le « tir d’instinct » de ce chasseur qui l’a confondu avec un vulgaire sanglier… Moi, un cochon ? dit-il partout. Balou ne se remet pas de cette humiliation.

L’affaire en témoigne, l’ours habite au plus profond d’un certain nombre d’entre nous et ce ne sont pas les financiers qui pourront dire le contraire. Spécialisés dans la spéculation virtuelle ou pas, les hommes de finance sont, aujourd’hui plus que jamais, confrontés au dicton qui conseille utilement de, « Ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué »