13.05.2009

Alarmistes et manipulés

De longue date, les grands déballages judicaires exaltent, les foules et les médias.

De l’affaire « Calas » au « j’accuse » de Zola les témoins jalonnent l’histoire des pamphlétaires et des journaux. Mais c’est depuis l’affaire de Bruay en Artois et la révélation des méandres de l’instruction du juge Pascal, que les gazetiers s’en donnent à cœur joie. Ils retiennent en haleine un public de plus en plus demandeur de détails, d’élucubrations ou de prédictions journalistiques. Certaines affaires s’étiolent dans le temps et les plus friands des affionados en perdent le fil. Il en fut ainsi dans l’affaire Elf par exemple. Plus tard, Papon a redonné un grand coup de brillantine aux thèmes vengeurs, historiques et à rebondissements. Récemment l’affaire dite «d’Outreau » a également revitalisé la matière. A noter que, par principe, le sujet ne doit pas être trop technique. Par ailleurs il est impératif que parallèlement un suspens malsain participe à la fête. Les récents procès de Toulouse viennent d’apporter la preuve de ces exigences. Tandis que le procès AZF s’est enlisé dans des batailles d’experts qui n’intéressent plus grand monde, la mise en accusation de Jacques Viguier a rameuté la foule des grands jours. Du pain béni pour les chroniqueurs que de pouvoir gloser sur un professeur de droit accusé sans preuve du meurtre de son épouse, Tout cela sans préjudice du malheur des victimes d’AZF, de la pudeur et de la douleur d’un père de famille ou de la souffrance d’enfants qui prendront fait et cause pour celui qui en définitive, sera acquitté. Heureusement que pour répondre aux nécessités du spectacle de nouveaux procès se profilent en appel. Cela étant, le fait judiciaire a ses limites et ne peut intéresser au mieux que ceux que l’on peut, par des écritures partisanes, rendre intentionnellement méchants, avides de vengeance ou de sang selon les circonstances ou des prises de positions nébuleuses. Finalement, pour la grande presse, le thème reste local.

Or les « grands reporters » souhaitent toucher affectivement le plus grand nombre d’entre nous : Un gros lot est attribué aux champions « des nouvelles » qui déchaîneront le monde entier. Les sports, apportent de l’eau au moulin des compétiteurs Cela étant, mis à part quelques incidents majeurs, une fraude cycliste, un mort de temps en temps, un peu de cocaïne par ci par là, les sports ne passionnent que les passionnés. Finalement les disciplines du sport apparaissent bien insuffisantes aux broyeurs de dépêches.

En dehors de quelques opportunités, tels les attentats du 11 septembre 2001 ou le tsunami de décembre 2005, il est nécessaire de trouver, entre temps, les solutions les mieux adaptées au marché quotidien des « bulletins d’informations ». Le sang contaminé par exemple avait, à l’époque, fait l’affaire. Mais cela ne dure qu’un temps. Certes on avait eu de quoi faire pleurer dans les chaumières - plaindre les victimes, aujourd’hui en pleine désuétude - mais cela n’est rien en comparaison de l’émotion que peuvent faire naître des dossiers à résonance mondiale. La vache folle, la tremblante du mouton, la grippe aviaire, voilà de l’info et utile au bon peuple qui a besoin de savoir. Tant pis pour les milliers de petits éleveurs qui à l’occasion de cette grande flambée médiatique perdaient tout leur capital sur l’autel des gros tirages ou de l’audimat. Tous ces événements sont régulièrement entrecoupés de mini cataclysmes ou de constats désastreux. Très à la mode actuellement les patrons voyous (pourquoi parler des bons puisque seuls les pourris sont intéressants) La disparition prochaine des abeilles ou l’introduction des OGM sont des sujets directement liés à l’écologie qui, comme tout le monde le sait, est un thème porteur. Du solaire à l’éolienne en passant par le tri sélectif des déchets, tout ce qui est vert nourrit les oiseaux de mauvais augures qui ne manquent pas de nous rappeler que la Planète est en danger. Finalement, et c’est là l’essentiel, leurs contraintes et mises en garde sont proférées à grands coups de peurs mondiales.

Il semble que certains journalistes ne se contentent plus de leur statut et se croient obligés de se transformer en « alarmistes professionnels ». Et comme les pouvoirs publics de la plupart des pays ne veulent pas être en reste et craignent de ne pas être suffisamment prévoyants, bonne suite est donnée à un certain nombre de prophéties vaseuses : Une pandémie nous guette, c’est demain, vous verrez… Dés lors, des machines de guerre démesurées sont mises en place pour le plus grand profit de quelques grandes industries ou services qui se frottent les mains. Ceux là, agitent assidûment des pantins craintifs qui en rajoutent une couche tous les jours sans se préoccuper de la réalité. Combien de millions de masques et de vaccins anti-grippe fabriqués et vendus depuis quelques semaines grâce aux chevaliers de l’Apocalypse ? Quel Etat envisagerait aujourd’hui de laisser des passagers prendre l’avion sans passer par les filtres anti-terroristes, qui occupent de plus en plus de salariés spécialisés ? Quel Directeur de musée prendrait le risque de laisser des visiteurs entrer dans les lieux avec des parapluies, des objets pointus ou des bouteilles ? Finalement, à quelque chose près, malheur est bon.

Cela étant à force de crier « au loup » les pourfendeurs du catastrophisme imminent pourraient voir rapidement le piège se refermer sur eux-mêmes : le paysage médiatique est déjà en cours de mutation. Finalement, c’est – peut-être – une bonne chose.

13.04.2009

L'illusion

Actuellement, la saison aidant, toute femme se doit de porter des bottes.

Celles-ci fleurissent dans les vitrines des chausseurs où, « en bottes serrées » elles attendent, posées sur leur tige, un prochain pied à enfermer et un mollet à séquestrer. Hautes, basses, montantes, avec ou sans lacet, telle l’écume sans cesse renouvelée, une vague déverse dans nos rues des bottillons, des bottines, brodequins, voire même des cuissardes. A la sortie d’une bouche de métro, en remontant un escalier, en baissant votre regard, vous apercevez tel un long ruban noir, une horde gainée, dont seuls des bouts pointus ou quelques boucles perdues tentent de créer une différence dans l’uniforme. Elles s’adaptent à toutes les tenues, jeans, jupes, voire même en soirée. Et, pour « faire très tendance », elles se portent avec des shorts ou des « pantacourts ». Il faut dire, comme me l’a signalé ma voisine, que « vu le prix que j‘y ai mis, il faut absolument qu’on les voit ! ». Le phénomène est symptomatique. La mode ne peut être seule en cause. Et, s’il s’agissait d’un symbole ? Ce n’est là qu’une suggestion « un coup de pied à la lune » proposé bien sûr, au débotté.

Pour les besoins de la cause il conviendra de chausser « des bottes de sept lieues » celles-là même qui permettent de traverser l’histoire à grandes enjambées en partant des Romains qui ne connaissaient pas ce type de chaussure - telle que nous le voyons aujourd’hui - pour nous retrouver sur les champs d’honneur, à l’endroit même où « y laisser ses bottes » voulait dire - à la fin du XVl ème siècle - « y être tué ». Tout comme un siècle plus tard, l’expression « graisser ses bottes » visait à se préparer à partir ou à mourir. C’est finalement au vocabulaire du manège que nous devons le fameux « serrer la botte » ou « aller à la botte » qui dériva rapidement vers la formule triviale qui, au figuré, consiste à « lécher les bottes » d’un tiers. Une position qui, quelque part, place l’intervenant « sous la botte ou à la botte » du dominateur. On comprend très bien que l’oppressé ait jugé rapidement la situation intenable et qu’il en ait eu rapidement « plein les bottes ». Il n’est pas question de fermer ce petit glossaire sans évoquer « la botte secrète » du duelliste, attaque imparable qui laisse à terre l’adversaire pris au dépourvu par une manière particulière de porter un coup d’épée. Militaire, cavalier, bretteur ou ferrailleur, ce chaussant était avant tout l’apanage de l’homme, qui devait par principe et par éducation « se tenir droit dans ses bottes ».

Depuis quelques décennies - et plus spécialement cette année - les femmes se sont emparées de l’accessoire laissant tomber « le chapeau melon pour les bottes de cuir » ! Femmes conquérantes ? Sans doute et tant mieux. Quels hommes se plaindraient de nos jours - en nos contrées surtout - de ce partage des tâches, des plus subalternes ou plus hautes fonctions, entre les hommes et les femmes ? Non, la question n’est pas là. Elle se résume dans l’illusion que peut donner une apparence. L’illusion tient de la fausse croyance, d’une opinion erronée. C’est elle qui abuse l’esprit par son caractère séduisant. Les chimères, les mirages et les visions sont attachés à l’illusion. Ce ne sont pas les bottes qui permettent aux femmes de se comporter comme des hommes.

Ce ne sont pas les promesses désabusées, les mots inutiles, les formules banales ou standardisées qui déterminent les qualités d’un individu ou qui lui donnent le droit d’être pris en considération. L’illusion se confond avec l’art de la prestidigitation qui navigue de conserve avec les artifices et les trucages. La compétence, l’aptitude, la connaissance d’une matière ne relèvent pas du sexe. Ainsi, celle qui s’égare sur des chemins de traverses illusoires pour le pays, ne doit pas être mieux appréciée sous le simple prétexte de son appartenance à la gente féminine.

« L’habit ne fait pas le moine », disaient avec sagesse, les anciens qui ne s’attachaient pas plus aux chausses qu’aux corsages sauf à « proposer la botte » à une coquette. Mais cela est une autre histoire qui se conjugue aujourd’hui par un simple « elle me botte bien ». Un sujet bien éloigné de la politique, n’est-ce pas ?