11.12.2009

Un certain état d’esprit

Une coupure ou un rétablissement d’électricité, en plein Paris, exige trois intervenants.

Le premier agit, l’autre tient une pince tant il est vrai qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver. Le troisième constate ce qui est fait par les deux autres. L’histoire est vraie et date de la semaine dernière. Est-ce suffisant pour imaginer que tous les services de l’entreprise en question obéissent aux mêmes règles ? Répondre par l’affirmative nous ferait rejoindre cette tendance qui voudrait que chacun soit à l’égal de l’autre dans les grandes entreprises, les collectivités ou parmi les fonctionnaires. Or, cela est d’autant moins vrai qu’il y a là, comme ailleurs ceux qui sont surchargés de travail et les autres qui « se la coulent douce ». A la sortie, l’usager – ou le client je ne sais plus – met tout le monde dans la même lessiveuse. Cela finit par donner une seule - voire une sale - couleur au linge. C’est indéniable et il faut le redire, « les planqués » génèrent des coûts inutiles, un manque à gagner pour l’intérêt général et surtout « un certain état d’esprit ».

Parallèlement, la vie quotidienne est de plus en plus organisée à partir ou autour de certains événements sportifs ou artistiques. Il est vrai que l’intense activité de tous les médias génère une espèce de frénésie des loisirs indispensables à une existence qui se résume parfois à un « j’y étais » ou un « je l’ai vu ». Rapportons la récente confidence de ce jeune chirurgien à sa patiente : Il ouvre son agenda et impose une date pour une prochaine intervention en lui disant, sur un ton docte et le plus sérieusement du monde, « Madame, ce sera, avant ou après le tour de France car durant cette épreuve cycliste, je n’opère pas. Je ne peux pas manquer un tour de roue, ni un commentaire. Je m’y consacre complètement du matin au soir». Là aussi l’histoire est vraie mais vous pourriez penser que ce chirurgien prend ainsi son temps de vacances. En réalité, le tour de France, s’ajoute au reste. Les exemples de même nature peuvent se multiplier à l’infini tout en étant conscient qu’il serait injuste, là aussi, de ne s’arrêter qu’aux exceptions Au final, cela donne le sentiment d’un pays où chacun semble très occupé. Cela correspond aussi et surtout à un certain état d’esprit.

Cette saturation apparente est telle que l’année peut s’écouler sans qu’un moment ne soit trouvé pour fixer un rendez-vous à ce commercial qui souhaite présenter les produits ou services de son entreprise. L’année commence au 15 janvier car, avant cette date rien n’est possible. Février et Mars débutent à peine qu’ils sont déjà encombrés par les vacances de neige tandis que le mois d’avril arrive en plaçant Pâques et son concert de vacances étalées jusqu’en mai. Ne parlons pas de ce joli mois de Marie, amputé par de multiples fêtes, qui de son premier jour, jusqu’au fameux lundi de Pentecôte, casé début juin, laisse peu d’espoir à notre solliciteur. D’autant, qu’il faut savoir qu’avec l’arrivée de l’été, l’interlocuteur sensé le rencontrer conclura finalement par un fameux « on verra cela à la rentrée ». Par cette seule phrase, il raye d’un trait les mois léthargiques de Juillet et d’Août. On pourrait croire que Septembre et octobre vont enfin permettre de fixer la rencontre. Ce serait omettre l’exclamation et la réponse habituelle du Directeur des achats ou du marketing qui contredit la promesse et, d’un ton las et nerveux, justifie sa position par un surcroît de travail qui se résume par : « le plan de charges de la rentrée est complètement délirant. Aussi il serait préférable de voir cela en novembre. C’est promis, juré ». C’est à ce moment là que des événements extérieurs s’en mêlent : Novembre, mois de la grippe et période choisie par les syndicats pour organiser les premières ou les dernières grèves de l’année viendront ruiner l’engagement. Dés lors, il ne reste que Décembre, mais c’est déjà Noël. Période sacrée où la France s’arrête du 15 décembre au 15 janvier ! C’est le fameux mois des confiseurs ! Une description exagérée me direz-vous ? Bien sur que non car il faut y ajouter les RTT, les événements familiaux, et les pertes de temps invraisemblables. Celles liées aux attentes téléphoniques interminables, aux rendez-vous déplacés ou manqués, aux nécessaires périodes de formation etc… etc.. . Tout cela aussi révèle un certain état d’esprit, bien éloigné des exigences d’un travail constant, assidu et productif. Car, c’est chacun d’entre nous qui participe au résultat final. Quel dommage que d’oublier cette règle et de laisser notre pays se classer désormais, au niveau mondial, dans les derniers de la classe. Heureusement il nous reste le G7 et le G20… Pas pour longtemps.

04.12.2009

C’est pas nous

Régulièrement on leur dit que rien ne va s’arranger et qu’ils vont connaître des années noires.

A mon avis il n’y a rien de mieux à faire pour remonter le moral des jeunes. Leitmotiv : Ils ne disposent pas de marge de manœuvre. Il leur difficile de trouver un emploi stable et lorsqu’ils travaillent ils se voient contraints de payer pour leurs parents et de cotiser pour une retraite qu’ils n’auront pas. Je résume à grands traits, puisque je ne tiens pas compte de toutes les autres contraintes imposées par la génération précédente. A bien entendre ce qui se dit un peut partout, nous, les enfants nés après la guerre, - les baby-boomers - sommes responsables de tous les maux de la terre ! Nous avons vécu dans l’insouciance, les « trente glorieuses », ces années 60 à 90 où toutes les richesses ont été mises à sac. A noter que je mets dans le même sac, les baby-boomers et « les soixante huitards ». Ces derniers ne sont qu’un échantillon de farfelus, dangereux idéalistes. Dans tous cas, accuser cette génération dans son ensemble consiste à faire abstraction de l’héritage laissé par les parents – les prédécesseurs des baby-boomers – et de l’évolution sociologique des dernières décennies. Il est vrai que chaque génération peut se contenter de maudire la précédente pour justifier de ses difficultés. Je ne crois pas que ce soit la solution. Cela étant, les baby-boomeurs sont en droit de rappeler qu’ils n’y sont pour rien, puisqu’ils ont trouvé la situation en l’état. Qui avait décidé, pour eux, de la retraite par répartition ? Qui leur a imposé sans qu’ils puissent choisir la capitalisation ? Qui a créé la sécurité sociale ? Qui a mis en place et organisé les syndicats tels qu’ils le sont encore aujourd’hui ? Qui s’est mathématiquement trompé en payant une retraite, dés sa mise en place à ceux qui n’avaient jamais cotisé, laissant déjà le poids de cette dette aux générations suivantes ?

Ce sont ceux qui sont nés - et qui ont survécus – à la guerre qui ont imaginé tous les mécanismes sociaux, politiques, économiques dans lequel s’est glissée la génération suivante qui, selon une expression à la mode n’a vécu que sur le « je pense qu’à moi » sans se préoccuper de la suite. Le reproche que l’on peut adresser aux babyboomers tient plus d’une connivence idéologique plutôt qu’a une participation réelle à une situation politique qu’ils ne maitrisaient pas dans les années 70. Ils n’avaient que 20 ans en 68 ! Ils ont passivement adhérés aux idées parentales en mettant Miterrand aux pouvoir, vieux cheval de retour de la VIème République ! Que la situation soit claire : Il est à mon sens aussi injuste d’accuser la génération de la guerre que de vouloir absolument tomber sur ceux nés après la débâcle. Cette référence à l’histoire n’est pas neutre. Elle est indispensable pour comprendre la volonté de ceux qui ont voulu construire un système nouveau dans un horizon qui était pour le moins, bouché de tous cotés. L’épopée communiste était en plein développement tandis qu’il convenait de repousser les assauts de l’oncle Sam qui mettait son poids dans la balance.
Dans le même temps la guerre froide tonnait aux portes de la plupart des pays d’Europe qui parallèlement essayaient de démêler l’écheveau dit « colonial ». L’Inde, le Congo, l’Indochine, l’Algérie, l’Angola et d’autres nations émergentes réclamaient leur indépendance, ruinaient l’économie chancelante des nations qui avaient connu la guerre, amputaient la jeunesse et les espoirs de cette génération nés avant la guerre et qui voulait la paix à tous prix. Des moments de troubles dans une période trouble. Il fallait vite, répondre aux difficultés intérieures et aux exigences des peuples. Les parents des babys-boomers ont-ils bien fait en agissant de la sorte, imposant une nouvelle organisation sociale et dilapidant les conquêtes ?

Dans le temps, l’histoire répondra à la question. Les reproches, les regrets ou les remords ne changeront rien à leurs agissements. Dés lors, les babys-boomers se sont vus infligés des diktats qui n’étaient pas les leurs. Les aménagements dont ils ont passivement hérités sont venus, insidieusement, se heurter à la mondialisation. Arrêtons la mise en œuvre des guerres inter-générationelle et reconnaissons simplement que chaque génération doit relever ses propres défis, reprenant ainsi les propos du Premier Ministre, François Fillon. C’est d’ailleurs ce que fait la génération d’aujourd’hui – ceux qui ont entre 25 et 40 ans - en sauvegardant, envers et contre tout, une certaine croissance, la culture de leurs ancêtres, l’environnement, construisant l’Europe dans un monde en mouvement. Il est sur que la jeunesse est actuellement confrontée aux difficultés de l’emploi, à la dette, à des obligations qui demanderont des efforts et des économies d’échelle. Mais il n’en est pas moins vrai que ce n’est pas en conservant des structures désuètes et en multipliant les lamentations, les doutes voire les constats d’échecs de la génération précédente qu’on leur donnera le courage et la volonté de se défendre. Qu’on le veuille ou non, la génération qui va laisser les commandes a bâti une société de paix entre les peuples – et ce n’est pas négligeable – pour le bien de ceux qui allaient les suivre. Donnons aux jeunes une image positive de l’avenir et pour ce faire il nous appartient de leur faire confiance. Ainsi, à son tour, « la nouvelle géné », fera naître des lendemains d’espérance.